Madagascar : une île-continent unique !

Des animaux qui n’existent nulle part ailleurs, de nouvelles plantes rares découvertes chaque année, d’incroyables formations géologiques…
à Madagascar, l’île monde peuplée de 18 ethnies, le voyageur peut avoir l’impression de fouler le sol d’une autre planète, tant ses paysages, sa flore et sa faune sont uniques. Une brève incursion au pays des aye-aye entre « Tana » et Tamatave suffit déjà à séduire les amoureux de découvertes. Car c’est aussi sur cette zone qu’un légendaire Gascon, Jean Laborde, déploya tout son talent d’industriel au XIXe siècle…

Si le flot des touristes croisiéristes faisant escale à Madagascar augmente – ils ont été 15 000 en 2016 – c’est toujours principalement en avion que l’on rejoint la Grande Île pour un circuit d’en moyenne 12 jours, souvent suivi d’un séjour balnéaire de 4 jours. Quelque 278 000 touristes ont ainsi découvert ses multiples richesses l’an dernier. Des Français d’abord. « La métropole constitue en effet le premier marché avec 45 % des touristes, auxquels il faut ajouter 12 % de Réunionnais » avance Vola Raveloson, directrice exécutive de l’Office national du tourisme (ONTM). Seule
la capitale Antananarivo – plus simplement appelée Tana – est desservie en vol direct depuis Paris. À peine l’aéroport quitté, c’est un autre monde qui s’offre aux visiteurs, plutôt des « touristes matures qui cherchent à sortir des sentiers battus ». Partout des taxis-be, minibus où l’on s’entasse pour aller au travail, mais aussi des pousse-pousse et des charrettes pleines de victuailles remontant vers la ville de Tana à la simple force de l’homme… Bienvenue sur de hauts plateaux, à plus de 1 000 mètres d’altitude. Tana, ville de 3 millions d’habitants est ponctuée de collines bordées de rizières. Située à 21 km du cœur de la capitale et classée patrimoine de l’Unesco depuis 2001, la royale Ambohimanga, littéralement« la colline bleue » reste un sanctuaire.
Elle abritait en son sommet la grande case de palissandre noir du roi Andrianampoinimerina, la résidence d’été de la reine, leurs tombeaux et des lieux sacrés à l’instar de cette large pierre où l’on sacrifiait les zébus lors du famadihana, rituel d’exhumations des morts. Considérée comme le
berceau de l’unification du royaume des Mérina, le peuple des montagnes, elle demeure un lieu de culte et de pèlerinage. Idéal pour décrypter les croyances malgaches toujours vivaces. Pour l’essentiel convertis au catholicisme, les Malgaches perpétuent en effet le culte des ancêtres à qui ils rendent hommage en exhumant notamment leurs restes tous les trois à sept ans, un très traditionnel famadihana aux allures de grande fête familiale.

Un patrimoine réhabilité

Autre lieu d’histoire incontournable, dominant Tana du haut de ses 1 430 mètres d’altitude, la colline où fut érigé le fameux palais de la Reine, demeure officielle des souverains des hauts plateaux du XVIIe au XIXe siècle. Ce joyau du patrimoine culturel est parti en fumée le 6 novembre 1995, une véritable tragédie pour les Malgaches. Réhabilitée en 2009 et illuminée la nuit, la façade de pierres enveloppant depuis 1839 sa structure en bois précieux initiale se voit de loin. On doit sa construction en « dur » à Jean Laborde, naufragé français qui s’attira les grâces de la reine Ranavalona I. Un Gascon très entreprenant ! Il créa une véritable cité de production industrielle et agricole à Mantasoa, entre Tana et Tamatave, l’actuelle capitale économique du pays. Dans ce lieu qui regorge d’eau, de bois et de fer, les 20 000 esclaves que la reine lui avait fournis montèrent des usines, creusèrent des canaux, cultivèrent des rizières…

Sur les traces de Jean Laborde

Méconnu en France, ce natif d’Auch reste un personnage de légende à Madagascar. «Mais on se bat peu ici pour l’honorer» regrette Christian Fayd’Herbe de Maudave, propriétaire du Domaine de l’Ermitage, sorte de gros chalet suisse élevé face au lac de Montasoa, non loin de la cité industrielle de Jean Laborde aujourd’hui en partie engloutie sous les eaux du barrage hydraulique créé en 1931. À 80 ans, ce baroudeur né d’une famille de « vasaha » (étrangers) qui fut la première à planter des vignes (42 ha) à Fianarantsoa, n’a pas son pareil pour conter autour d’un bon repas l’histoire du Gascon et de Madagascar ! Bien d’autres traces de l’histoire ponctuent la RN2 descendant des hauts plateaux jusqu’à la côte Est, à l’instar de ces maisons coloniales décrépies bordant à Manjakandriana la ligne de chemin de fer reliant autrefois Tana à Tamatave. Elle est aujourd’hui désaffectée. Dommage, car elle pourrait soulager le trafic (dense) de porte-containers et imposants poids lourds qui circulent sur cette RN2 !

Au pays des lémuriens

Mais c’est d’abord la campagne où le verdoiement des rizières, des forêts (primaires, pour certaines) et de la végétation contraste joliment avec le rouge-ocre des terres et des maisons en pisé ou en briques qui attire le regard du voyageur. La ribambelle d’enfants dans les bourgs ou l’effervescence autour des chalands installés au cœur des villages comme au bord des routes aussi… Descendre la RN2 est un voyage au cœur de Madagascar. L’arrêt dans les parcs nationaux et réserves naturelles proches s’impose bien sûr aussi. S’il faudra attendre la nuit pour découvrir les rares spécimens d’aye-aye encore vivants, bien d’autres lémuriens n’hésiteront pas à se percher sur la tête ou les épaules des visiteurs pour obtenir un morceau de banane amené par le guide accompagnateur. Près de 80 % des espèces qui peuplent la Grande Ile n’existent nulle part ailleurs. C’est dire la chance de venir les découvrir et de séjourner même à proximité dans les lodges bâtis tout à côté à l’instar du Vakôna Forest ou du Palmarium. Il est enfin un trésor à ne pas manquer avant de rejoindre Tamatave : le canal des Pangalanes, enfilade de lacs reliés au XIXe siècle pour faciliter le transport des épices et autres marchandises. Depuis huit mois, le nec plus ultra est de le parcourir sur le Reine Tina, bateau-hôtel ultraconfort pour huit personnes. Non, non… on ne veut plus descendre ! Mais il faut pourtant accoster avant Tamatave car à l’approche de la capitale économique, le canal, envahi de jacinthes d’eau, n’est plus praticable.

Coup de coeur

L’aye-aye, le mal aimé
Ses caractéristiques physiques ont bien failli être fatales à ce lémurien insectivore et frugivore. Avec ses incisives de rongeur, ses oreilles de chauve-souris, sa queue d’écureuil et surtout un troisième doigt de main très allongé, signe, disait-on, de pouvoirs de sorcellerie, il était considéré comme maléfique. S’il apparaissait aux abords des habitations, il était immédiatement tué et cloué sur la porte de la maison pour conjurer les mauvais esprits. Longtemps, on a cru l’espèce éteinte. Mais pour échapper à leur triste sort, quelques aye-aye ont pu se réfugier au plus profond de la forêt. Leur nombre reste très faible. C’est donc un privilège de pouvoir observer ce solitaire, discret et nocturne, dévorer une noix de coco grâce justement à son long doigt muni d’une griffe. Prudent il se construit six nids en hauteur et change de « domicile » chaque jour pour éviter d’être croqué par une fousse, sorte de puma bas sur patte qui le pourchasse. Maléfique, ce lémurien ? Inspirant sans doute… car il fait plus penser à une sorte d’E.T. ou de petit maître Jedi qu’au diable !

 

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