Nevada : l’Ouest aussi, en plus de Las Vegas

Reportages

A l’international, le septième plus vaste État américain peine à être identifié au-delà de « Las Vegas ». La capitale mondiale du jeu capte la majorité des visiteurs d’un territoire où les paysages et l’esprit Far-West ont pourtant une intensité comparable à celle d’autres Etats de l’Ouest. Le Nevada Governor’s Global Tourism Summit de Reno, en novembre, a une nouvelle fois martelé ce message aux TO étrangers : « les atouts de la région sont multiples ! ». La découverte du secteur Reno-Tahoe, au nord-ouest, a permis d’en apprécier quelques-uns des plus beaux aspects.

Dans la famille des États de l’Ouest américain, le Nevada est un cas d’école. Parmi les plus fréquentés, il est pourtant… l’un des moins connus. Un paradoxe ? A peine. Plus de 40 millions de touristes débarquent chaque année à Las Vegas, à l’extrême-sud de l’Etat. Une partie s’en échappe pour visiter à quelques miles de là Red Rock Canyon ou la Valley of Fire. Le reste ? Inconnu ou presque. Voilà le dilemme du Nevada, grand comme près de la moitié de la France : sa capitale du jeu cannibalise la clientèle. Ce qu’un intervenant du Nevada Governor’s Global Tourism Summit (salon du tourisme) de Reno résumera ainsi : « You go to the South but you are very nervous to go to the North ! ». Le travail de Travel Nevada, entité de promotion touristique, est donc délicat : valoriser un Etat dont l’image internationale se limite à « Vegas » et qui n’a pas la chance de posséder d’autres sites majeurs de l’ampleur de Yellowstone ou du Grand Canyon.
Pourtant, lors du voyage organisé à l’issue du salon du tourisme, nous avons découvert un pan méconnu du Nevada qu’on peut illustrer en trois mots : culture, nature et Far-West.

Reno, une ville pas si petite

A plus de 1 300 m d’altitude, Reno, troisième grande ville du Nevada, case ses 250 000 habitants sur un plateau quasi désertique, cerné de montagnes jaunies. Le ciel est azur et l’air, ultra-sec. La ville, liée comme Vegas à l’univers des jeux (tel le complexe The Row et ses trois hôtels-casinos), plaira aux fans d’ambiance rétro et de street art. Le long de rues en damier, de vieux motels livrent le charme désuet d’enseignes au néon et de coursives décaties. Dans le quartier Midtown, « The Biggest Little City in the World » (slogan de Reno) dévoile un parcours d’art mural coloré. La ville abrite aussi un riche musée de l’Automobile et le plus grand mur d’escalade au monde. Reno n’est pas une petite provinciale endormie : elle accueille depuis peu le meilleur de la technologie américaine. Son parc industriel Tahoe Reno Industrial Center, futur Silicon Valley des blockchains, héberge déjà Panasonic, Google et Tesla.

 

Au pied de la Sierra Nevada

Néanmoins, ce n’est pas en voiture électrique mais en gros SUV que les locaux sillonnent encore en majorité les routes de l’Etat, notamment dans la Carson Valley. Au sud de Reno, cette haute et large vallée avec ses immenses prairies blondes, piétinées par des vaches couleur d’ébène, est bordée par les versants pelés des Pine Nut Mountains, d’un côté, et ceux à peine plus boisés de la Sierra Nevada, de l’autre. Un sillon droit la traverse jalonné de ranchs et de petites villes au carré au parfum de conquête de l’Ouest, comme Carson City, capitale de l’Etat. L’histoire de cette vallée est expliquée au Museum & Culture Center, à Gardnerville. Dans une présentation un peu vieillotte, on découvre l’aventure minière des pionniers, l’immigration européenne (voir encadré Coup de Cœur), les premières implantations, la culture des Indiens Washoe, la faune omniprésente (mustangs, aigles, ours..). Le décor 100% nature de la Carson Valley attire les randonneurs, amateurs de trek et d’observation des oiseaux. Les vestiges du passé, tels le plus vieux saloon du Nevada, à Genoa, village fondé par des Mormons en 1861 ou le Dangberg Ranch et sa maison Heritage
(fin 19e siècle), séduiront les inconditionnels de l’esprit Western.
Par un col à 2 180  mètres dans la Sierra Nevada, la route quitte la Carson Valley pour plonger vers le lac Tahoe, frontalier avec la Californie. Autre ambiance !

Balnéaire et ski au lac Tahoe

Les montagnes forment toujours l’arrière-scène du décor mais elles entourent ici un lac de 495 km², parmi les plus purs et plus profonds des Etats-Unis. Un écosystème unique et un environnement de rêve pour le tourisme. North Lake Tahoe est le territoire des activités outdoor : randonnées littorales ou panoramiques et ski sont les plus pratiquées. On compte aussi ici douze stations de sports d’hiver. Deux sont établies du côté du Nevada : Diamond Peak Ski Resort (familiale) et Mount Rose (sportive). South Lake Tahoe penche plutôt vers le divertissement avec ses casinos et night-clubs. Au nord, les hôtels de luxe (Ritz-Carlton, Hyatt Regency…) attirent une clientèle aisée. Le lac, lui, se prête à la pêche sportive ou à la balade contemplative à bord d’un bateau de style Mississipi, le M.S. Dixie II.

A Virginia City bienvenue au Far West !

La région Reno-Tahoe abrite un lieu à visiter absolument : Virginia City. Dans un décor « alpin » – le Nevada est l’un des Etats les plus montagneux des Etats-Unis –, imaginez une rue unique bordée de maisons mitoyennes en bois et briques, de vieux trottoirs en planches sous des galeries couvertes, des boutiques de souvenirs et des saloons aux enseignes vintage. Voilà cette ex-cité minière de l’argent, mémoire vivante de la ruée vers l’Ouest. Au 19e siècle, elle compta jusqu’à 25 000 habitants, plus que Los Angeles à la même époque ! Difficile à croire aujourd’hui, avec seulement… 800 habitants. Mais Virginia City n’est pas une ville fantôme. Le week-end, des Américains nostalgiques s’y baladent nombreux en Stetson, pantalons à franges et santiags. Quelques locaux entretiennent la légende, façon sheriff ou notable avec chapeau haut de forme. Au Panderoo Saloon, on peut même visiter les vestiges d’une galerie de mine exploitée à une époque où l’eau coûtait plus cher que le mauvais whisky…
Le Nevada recense d’autres sites comme le parc national Great Basin et un (petit) bout de la vallée de la Mort, les Ruby Mountains, Elko et son histoire basque, des villes-fantômes (Rhyolite, Goldfield…), l’Indian Territory, la Zone 51 (réputée extraterrestre), la Highway 50, « the loneliest road in America »… Et l’improbable festival déjanté Burning Man, en plein désert. Une Amérique authentique, loin du bling-bling de Las Vegas.

Coup de coeur

Gardnerville, un coin de France au Nevada…
« Gros travailleurs,honnêtes, indépendants » : ainsi sont perçus au Nevada les descendants des Basques, installés ici depuis la fin du 19e siècle. C’est en tout cas ce que dit – en français ! – Marie-Louise Lekumberry, patronne du JT’s Basque Restaurant, à Gardnerville, dans la Carson Valley. Comme des centaines d’autres, son père est arrivé ici pour devenir berger, fuyant le village d’Osses et sa pénurie d’après-guerre afin de tenter l’aventure américaine. Ils formeront une communauté soudée qui, enrichie, investira dans l’hôtellerie et la restauration. Deux cents descendants de Basques vivent aujourd’hui à Gardnerville. Ils ont leur club, sont plutôt nationalistes, se marient entre eux et ne manquent pas, une année sur deux, de rentrer au pays dont certains ont appris la langue. D’autres, réinstallés au Pays basque après avoir réussi aux Etats-Unis, reviennent en pèlerinage. Au JT’s Basque Restaurant, des tableaux, des affiches à la gloire des fêtes de Bayonne ou de la pelote (et ses sportifs) ornent les murs. Une découverte chaleureuse.

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