Pays de Galles : « l’inconnu » britannique

Reportages

Vue de France, cette nation à l’ouest du Royaume-Uni véhicule les clichés simplistes d’une terre de rugby à la langue insondable. Comme toujours, c’est en posant le pied sur le sol que ces poncifs se fondent dans une réalité plus dense. Terre marine autant que montagneuse, forgée par une histoire industrielle laborieuse, le Pays de Galles révèle des paysages forts, une flopée de châteaux et le dynamisme d’une ville rescapée du charbon, Cardiff. Bref, une destination à forte identité qui mérite une meilleure résonance sur le marché français.

En affaiblissant la livre sterling, le vote en faveur du Brexit a rendu le voyage en Grande-­Bretagne plus attractif. A-t-il pour autant doré le blason – un dragon ! – du Pays de Galles ? Rien n’est moins sûr. Car en dépit de l’avantage financier, les Français restent grégaires pour leurs choix de séjours outre-Manche : Londres, l’Ecosse, d’accord, le Pays de Galles, très rarement. C’est dommage. Car voilà une destination qui mérite mieux. Les raisons ? Elle est située à moins d’une heure trente de vol de Paris. Sa capitale, Cardiff, vibre d’un dynamisme réjouissant. Sa côte Sud enquille les ports et les sites spectaculaires, comme les magazines people enchaînent les unes sur le prochain mariage de Harry et Meghan. La nourriture est flatteuse (si, si !). Le pays intérieur est un remake de paysage irlandais – en moins vert – avec landes, moutons et pubs centenaires. Et le granit est roi, ce qui ne dépaysera guère les Bretons. Le climat ? Imprévisible, certes, comme partout en Grande-Bretagne. Mais nous sommes restés une semaine en avril : il y a fait aussi beau qu’à Marseille… Pour le plaisir – et pourquoi s’en priver ? –, il est possible d’aller au Pays de Galles en bateau. Pas directement, mais avec Brittany Ferries depuis Le Havre, Caen/Ouistreham, Cherbourg, Saint-Malo ou Roscoff, quelques heures de traversée confortable de jour ou de nuit suffisent à rallier Port­smouth. Reste à rouler à gauche sur 230 kilomètres (compter 3 heures) pour arriver à Cardiff.

Cardiff et le Millenium Stadium

Voici donc la capitale galloise. Le terme de capitale n’est pas exagéré car même rattaché à la couronne britannique, le Pays de Galles constitue une nation. Il faut d’emblée souligner cette identité qui distingue à jamais un Gallois d’un Anglais, la rude langue locale de celle de Shakespeare, le pays du poireau de celui de la rose… Vous voyez où l’on veut en venir. C’est ça : au rugby ! Ce sport est ici tellement national que le mythique stade Arms Park devenu Millenium Stadium – et désormais nommé « Principality Stadium » – est planté en plein centre-ville. Un peu comme si le Stade de France se trouvait place du Châtelet… Autant dire que les jours de matches, la ville entière vibre et s’enivre au rythme du ballon ovale. Elle pulse d’ailleurs, cette ville de Cardiff, même sans pack ni mêlée. Jeune, active, la fifteen minutes city (« ville de quinze minutes »), car on peut aller partout en un quart d’heure à pied, a ses rites. Boire une pinte dans un pub de Womanby Street en est un. Manger des chips à la sauce au curry sur Caroline Street ou du laverbread (sorte de galettes aux algues) au Cardiff Market, un autre. Déguster un welsh cake (petit gâteau aux raisins secs) at five o’clock après un shopping dans les boutiques sous arcades (Morgan, Royal…) aussi. Une fois le château et le National Museum visités et la baie de Cardiff parcourue en bateau depuis des docks joliment relookés en mode « archi », vous aurez mis en poche les trois sites majeurs de la ville (avec le stade !). Restera à dîner d’une cawl (soupe à l’agneau, plat national) en buvant un welsh cider (cidre gallois) avant d’aller dormir et d’entamer le périple à l’Ouest.

Rhossili Bay sous la brume

L’industrieuse Swansea n’a pas l’aura de Cardiff. Ou plutôt ne l’a plus, tant son port a rayonné sur le monde au XIXe siècle. On s’arrêtera donc au National Waterfront Museum, histoire d’assimiler l’incroyable aventure maritime et industrielle galloise (le charbon, le cuivre, l’acier). Elle a façonné les âmes avant d’en broyer certaines, après la fermeture définitive des mines sous les années Thatcher. La péninsule de Gower est noyée sous la brume. Tant mieux ! Avec les moutons gambadant au ras des falaises, les plages plongées dans la ouate et quelques intrépides Gallois en short et tee-shirt, Rhossili Bay est conforme
à l’idée que l’on se fait du Pays de Galles côtier.
Changement de décor à Tenby. Le franc soleil revenu donne à ce port rocheux aux maisons pastel un petit air du village italien de Cinque Terre. Pubs et restaurants à gogo, maisons chics victoriennes à bow-windows, ruines de château normand et plage enchâssée au bas de maisons de falaise, voilà pour le complément de décor. Pour les Anglais, cela ressemble vraiment à l’Italie, tant ils sont nombreux à venir couler ici de vieux jours heureux. Ambiance senior, d’accord, mais ambiance vacances, plus encore !

Cathédrale villageoise

La suite du parcours encense la nature galloise, à mesure que la péninsule du Pembrokeshire rétrécit. Voici St Govan’s, étonnante chapelle encastrée entre deux pans de falaise. Ici, les prairies grappillent les derniers arpents de terre avant l’ultime à-pic vers la Manche. De vigoureux grimpeurs s’efforcent de le gravir, puisqu’il est dit qu’au Cymru (Pays de Galles) le sport est un mode de vie. Passé Newgale et sa baie de prés salés façon Mont-Saint-Michel – plage immense percluse d’embruns – St David’s sonne le glas de l’immense isthme du sud-ouest gallois. Une vaste cathédrale a été bâtie dans ce petit village et l’on se demande bien pourquoi. La raison en est que si Patrick et Andrew sont les saints respectifs de l’Irlande et de l’Ecosse, David, lui, est le protecteur gallois. Hommage lui est donc logiquement rendu ici. Sans aller jusqu’au nord du Pays de Galles où triomphent les montagnes, l’incursion dans le Brecon Beacons National Park illustre la réalité de la vie galloise campagnarde. Des collines ondoyantes, des moutons (9 millions, pour 3 millions d’habitants !), de sévères églises anglicanes cernées de pierres tombales, des maisons basses chaulées, des haies de bocage, une distillerie de whisky… : on le répète, cette destination a un vrai potentiel.

Coup de coeur

Ramsey Island
L’église anglicane qui a longtemps possédé l’île de Ramsey n’a pas dû y convertir beaucoup d’âmes. A l’extrémité occidentale du Pays de Galles, au large de Saint David’s, l’île cernée par les courants croisés de la Manche et de la mer d’Irlande n’abrite – c’est là son intérêt – que des phoques gris, des guillemots, des petits pingouins (razorbills ou Alca torda) et des – plus rares – faucons pèlerins et craves à bec rouge (red-billed chough ou Pyrrhocorax). On s’y précipite en Zodiac, afin de franchir ces terribles courants qui la coupent de la péninsule. A moins d’être scientifique missionné par la Royal Society for the Protection of Birds, gestionnaire du site, pas question d’y descendre. C’est donc sur l’embarcation que l’on en effectue le tour. L’occasion d’observer de hautes falaises « tapissées » de guillemots, une crique marine colonisée par les phoques – une centaine à demeure et jusqu’à mille entre août et octobre, lors de la reproduction – et l’éventail de fantaisies que la mer a sculpté dans la roche. L’excursion à ne pas manquer.

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