Sumatra, Belitung : une autre Indonésie

Reportages

Face au succès touristique de Bali, malgré les attentats de 2002 et les dernières éruptions volcaniques, les autorités indonésiennes ont décidé de porter leurs efforts sur d’autres sites. Dans le cadre de ses “10 nouvelles destinations à promouvoir”, Sumatra et l’île de Belitung font partie des heureuses élues! Un choix qui a le mérite de dévoiler une autre facette de l’Indonésie.

Deuxième plus grande île indonésienne, Sumatra n’est pas forcément la plus connue des Français. Victime de plein fouet du tsunami en 2004, Sumatra est cette île volcanique verte plus tournée vers l’agriculture que la pêche. Gros producteur d’huile de palme, d’hévéa, de canne à sucre, de café, d’ananas, de cacao, ses paysages sont associés à ces immenses champs rectilignes qui vus du ciel quadrillent le territoire. Au coeur de Bukit Lawang, à quatre heures de route au nord de Medan (pour seulement 90 kilomètres) au beau milieu de la jungle se situe le dernier sanctuaire des orangs-outans. Il est à peine 6 h du matin à l’éco-lodge Bukit Lawang, l’heure de partir en trek avec un ranger dans le parc national de Gunny Leuser. Si tôt, le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles sont encore plus impressionnants. Après 30 minutes de marche, on devine un orang-outang assis sur une branche. Avec agilité, malgré son poids et sa taille (1,50 m), “l’homme des forêts” (en malais) ramasse un fruit donné par le ranger et repart aussi sec se percher sur un banyan centenaire. De l’autre côté de la rivière, une femelle pour protéger son bébé fait de grands gestes. Sitôt la forêt quittée, rendez-vous sur la rivière Landak où le réceptif Jungle Kayak s’est installé. Il propose aux touristes des kayaks flambant neufs pour partir une heure à la découverte des rivages de Bukit Lawang. Une offre bienvenue face à la chaleur moite de la forêt tropicale. A trois heures de voiture en direction du village de Tangkahan, la rencontre avec les pachydermes est inattendue. Le tour à dos d’éléphant n’est pas très original mais la séance “nettoyage” des éléphants avec des brosses ne manque pas de sel. Selon le responsable de l’association, c’est une façon de récolter des fonds pour une bonne cause : la protection des éléphants. Face à la déforestation grandissante en Indonésie, ils sont au fur et à mesure chassés des zones de cultures. L’association propose une solution touristique qui a le mérite de sauvegarder l’espèce.

La culture Batak

A 250 km de Medan, capitale de la province de Sumatra Nord, le musée Batak est une bonne introduction à six ethnies méconnues comptant plus de 6 millions d’individus. Pour en découvrir une, rien de tel qu’un petit tour du côté du lac Toba. Après une traversée de six heures (cela dépend du choix de la compagnie maritime), la presqu’île de Samosir apparaît dans la brume du soir. Les Batak Toba se sont implantés ici. Au fil du temps, ils ont su se faire remarquer pour leurs constructions en bois sculpté, leurs coutumes ancestrales et leurs tissages d’Ulos (une pièce d’étoffe sacrée racontant les grandes étapes de la vie). Évangélisée par des missionnaires néerlandais au milieu du XIXe siècle, Samosir est un havre de paix. Avant d’être un lac, Toba était un gigantesque volcan. Premier choc en arrivant: les temples protestants et le nombre d’édifices dédiés aux sépultures rencontrés sur le bord des routes…

Cela change des mosquées qui rythment les campagnes sur l’île de Sumatra. Chaque forme, chaque inscription et chaque décor des maisons aux toits en forme de selle de cheval ont un lien plus ou moins proche avec l’au-delà. Terre de légendes, le pays Batak est encore très attaché au culte des ancêtres. Sur le site d’Ambarita (Hutta Siallangan), partiellement habité, des pierres sculptées signalent la présence d’une cour de justice ombragée par un banyan, l’arbre sacré. Entre les plantations de cacao et les champs de poivriers, les balades sont nombreuses et depuis quelque temps déjà se développent des circuits à vélo le long de la montagne d’Ambarita. L’itinéraire se prolonge jusqu’au village de Simarindo où se déroulent des danses traditionnelles en forme de prière pour la fertilité des cultures. L’ambiance est bon enfant et les habitants du village se plient avec enthousiasme à cette démonstration folklorique.

Belitung, sauvage et protégée

A une heure de vol au sud-est de Djakarta (plus de 10 vols par jour alors qu’il n’y en avait qu’un il y a cinq ans), Belitung a le vent en poupe, surtout depuis le tournage d’un film culte indonésien, Laskar Pelangi, sur la plage de Tanjung Tinggi. Avec ses rochers en granit à fleur d’eau on se croirait aux Seychelles… Les Indonésiens en raffolent et viennent en pèlerinage sur la plage du film. Pourtant on est bien loin de l’afflux de touristes qui touche Bali. Les Indonésiens ont vingt-deux jours fériés et une semaine de congés par an. Sur l’île de Belitung il y a très peu d’hôtels aux normes internationales (le Fairfield by Marriott qui vient d’ouvrir et le Santika Premiere sont les seuls quatre étoiles récents), et les réceptifs ne courent pas les rues, encore moins francophones (cf encadré coup de coeur). Pourtant, l’archipel est à couper le souffle. Les fonds marins sont peu profonds et on aperçoit poissons et coraux à portée de main. Chaque îlot est signalé par la présence d’un ou plusieurs rochers en granit encadré de sable blanc. Sur Batu Berlayar, un rocher en forme de voile a donné son nom à l’île. Plus loin, sur l’île de Palau Burung c’est un profil d’oiseau, et ainsi de suite pour tous ces atolls aux surnoms poétiques. Chaque île est une invitation à la découverte. Il suffit de partir en kayak ou à bord d’un petit bateau de croisière traditionnel pour s’en rendre compte. La sortie en mer se termine généralement avec l’exploration de l’île Lengkuas et de son phare impressionnant. Pas moins de 313 marches pour atteindre le sommet! Le panorama plonge littéralement sur une mer cristalline ponctuée de coraux, de rochers et de bandes de sable blond… Magique!

Coup de coeur

Nature et solidaire !
Stéphane Villière est un Français engagé pour la défense de l’environnement sur l’archipel de Belitung. Avec sa femme, ils soutiennent les initiatives locales à travers ces associations de villageois née de la volonté gouvernementale visant à responsabiliser les populations dans la gestion de leur propre domaine forestier et agricole. Un pied de nez aux nombreuses compagnies minières d’étain et aux plantations de palmiers à huile qui ont ravagé l’intérieur de l’île! Stéphane propose, dans le cadre de son réceptif, des sorties nocturnes dans la forêt (suivies d’un barbecue) avec des guides locaux pour découvrir le tarsier (petit primate aux yeux surdimensionnés), des actions de reforestation, des visites de centre de protection des tortues sur l’île de Pasir et plein d’autres activités 100% durables ! www.gobelitung.com

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