Ukraine : le réveil touristique d’un pays slave

Reportages

La destination peut « inquiéter » au regard des événements survenus en 2014 et de l’instabilité qui règne dans le Donbass. La situation est toutefois absolument sûre pour les touristes voyageant à l’Ouest, dans les trois villes majeures que sont Kiev, Lviv et Odessa. Une découverte passionnante dans trois cités différentes, au patrimoine historique et culturel remarquable. Avec Amslav, spécialiste de l’Europe de l’Est convaincu du potentiel du pays, nous avons pu voyager dans ce territoire au cœur de l’identité slave.

Kiev, hôtel Ukraine. Depuis la chambre de cet établissement massif à l’atmosphère soviétique, la vue embrase la place Maidan, épicentre du combat des Ukrainiens pour la démocratie et théâtre des affrontements de 2014 – des portraits à la mémoire des victimes témoignent de cette tragédie. La vaste agora encadrée d’immeubles imposants a retrouvé son calme, avec ses fontaines et ses allées prises d’assaut par les habitants. Ville tentaculaire, Kiev revit. Ses quartiers courent loin au-delà du Dniepr, ce fleuve puissant qui traverse la métropole et organise la cité, secteurs anciens en collines rive droite, banlieues interminables rive gauche. L’été, il sert d’espace récréatif et les jeunes se précipitent sur ses berges. Hydropark, la vaste aire de loisirs aménagée sur une île fluviale, prend alors des allures de station balnéaire avec ses plages de sable artificielles.
Mais visiter Kiev, c’est d’abord prendre le pouls de son gigantesque patrimoine religieux, de ses quartiers populaires ou opulents et de son énergie marchande, réservée aux nantis. Le Khreschatyk en témoigne. Champs-Elysées à la mode slave, bordée de boutiques « occidentales » et de cafés-terrasses animés, l’avenue est cernée d’édifices du XIXe siècle, dont beaucoup ont été magnifiquement restaurés.

La ferveur des croyants

Petchersk signe une autre forme de prospérité. Près du quartier de Lypky, abri des grandes fortunes et des diplomates, cette cité religieuse est le siège du patriarcat orthodoxe ukrainien. La « laure de Petchersk » bruit de la ferveur des croyants reconnaissables au ballet des femmes portant foulard sur la tête. Ailleurs, les églises ont retrouvé leur lustre. C’est le cas de la cathédrale Sainte-Sophie et de la splendide cathédrale Saint-Michel-au-Mont-d’Or, dont les coupoles dorées et la façade bleue irradient. Il faut se rendre aussi à Podil, quartier populaire des bords de Dniepr. Sur et autour de la grande place Kontraktova, la vie urbaine bat son plein entre marché couvert et tramways déglingués. On s’en échappe en grimpant la rue pavée Andreevski. Arty et bohème, elle a des faux airs de Montmartre et se hisse jusqu’à l’église-belvédère Saint-André, offrant un large panorama sur la ville. C’est dans cette rue que vécut Boulgakov, l’écrivain fondateur de la langue littéraire russe.

Lviv, un joyau méconnu

Gare centrale de Kiev. L’immense hall à la fourmilière humaine incessante est le point de ralliement obligé pour les départs vers les provinces ukrainiennes. Après cinq heures de train à travers une campagne plate, émaillée d’inévitables datchas à jardinets clos, voici Lviv, à l’ouest, la plus ukrainienne des cités. De son passé polonais, cosaque, russe et même suédois, nourrie par l’influence austro-hongroise, elle a hérité d’un patrimoine splendide, symbolisé par la place Rynok et ses édifices baroque, gothique et Renaissance. Voilà le joyau le plus méconnu d’Europe de l’Est. Les touristes polonais s’y précipitent parmi les 2,5 millions de visiteurs reçus par la ville en 2017. Aux beaux jours, l’ambiance jeune et festive, autour de cafés branchés ou souterrains (voir le curieux Kryjivka aménagé dans une cave), est communicative. Opéra « viennois », palais de Potocki,  Philarmonique, église arménienne, chapelle Boyim, église de la Transfiguration, cathédrale dominicaine, maisons historiques, marché des antiquaires, musée de la Pharmacie… de rues à restaurants en places secrètes animées, il faudrait un article entier pour parler de Lviv !

Des gouverneurs français à Odessa

Filons à Odessa, le troisième joyau urbain du pays. Depuis Kiev, on s’y rend facilement en avion, en une heure. Ce qui frappe dans cette cité portuaire des bords de la mer Noire, ce sont… les arbres. Oui, les arbres, florilège de platanes et d’acacias blancs ombrageant rues et avenues. Un verdissement qui renvoie à l’histoire d’Odessa, cité voulue par l’impératrice Catherine II à la fin du XVIIIe s. pour créer un accès portuaire. Le site est alors en « bout de steppe », aride et pauvre en eau. Pourtant, Odessa devient vite une cité prospère. Elle connaît son heure de gloire au XIXe, grâce à des gouverneurs… français. Natalia Bordzoune, guide érudit, explique: « En 1803, le duc de Richelieu, arrière-petit neveu du Cardinal, quitte la France à la Révolution. Il devient gouverneur d’Odessa. Pendant 13 ans, il fait appel à des architectes européens, plante des arbres, aménage des adductions d’eau. Son œuvre sera complétée par Alexandre de Longeron, nommé gouverneur militaire en 1815 ». Ce dernier fait d’Odessa un port franc. Il encourage l’aménagement du boulevard Primorskiy, aujourd’hui promenade ombragée favorite des Odessites.

L’escalier Potemkine

Les habitants n’ont pas oublié et restent nostalgiques du temps où Odessa attirait l’intelligentsia littéraire de Russie, parmi lesquels l’inévitable Boulgakov. La statue de Richelieu trône en haut du célébrissime escalier Potemkine, 192 marches dévalant vers le port, coupé de la ville par une colline. Le monument à la gloire de l’écrivain, lui, fait face à la mairie. Le visiteur doit absolument se perdre dans Odessa, ville de passage et d’exil, creuset multiculturel avec ses communautés religieuses orthodoxe, catholique, arménienne, grecque, allemande, juive, polonaise, tatar… Ici, les habitants sont d’abord d’Odessa, avant d’être Ukrainiens. La ville conserve son attrait côtier, avec la zone balnéaire festive d’Arcadia, ses plages, ses restaurants et ses cafés de bord de mer. L’image d’un pays pluriel, passionnant pour qui aime sortir des sentiers battus.

Coup de coeur

Le Passage, à Odessa
Il aurait pu porter un nom plus brillant, vu son éclat et son prestige. Mais non, c’est le Passage, simple terme pour illustrer cette somptueuse galerie marchande couverte d’une impeccable verrière en triangle, au cœur du centre ancien d’Odessa. Bordée de boutiques aux antiques devantures en bois, surmontées de deux niveaux de fenêtres en arcades et de statues baroques, ce passage a été construit en 1898 et 1899. La ville était alors au sommet de sa gloire, devenue le deuxième port de Russie après Saint-Pétersbourg. Nos galeries parisiennes pourraient rougir devant la magnificence de ce décor à moulures, sous lequel se maintiennent, vaille que vaille, des magasins traditionnels. Même si des boutiques de souvenirs ont aussi, inévitablement, investi la place. La galerie forme un L. Elle relie la grande artère piétonne Deribasovskaya, épicentre de la vie sociale odessite, à l’avenue Preobrazhenskaya, face à la cathédrale orthodoxe. Le bâtiment du Passage abrite aussi un hôtel au confort sommaire. Un lieu… de passage obligé pour tout visiteur à Odessa.

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