Zanzibar : une île exotique et poétique

Reportages

A une quarantaine de kilomètres de la côte tanzanienne, Zanzibar apparaît comme une terre marquée par ses racines africaines et les influences orientales et indiennes. Sa position géographique en a fait une étape incontournable des flux commerciaux au fil des siècles, et par conséquent un lieu de métissage, reflet des cultures de l’océan Indien. Aujourd’hui, ce territoire méconnu a rejoint la programmation de plusieurs tour-opérateurs français et pourrait bien séduire de nombreux voyageurs en recherche d’authenticité et de dépaysement.

Le seul nom de Zanzibar est une invitation au voyage. Il évoque un pays lointain, méconnu, un exotisme fantasmé, parfois même un lieu imaginaire. En réalité, Zanzibar, baptisé ainsi par les navigateurs perses du Moyen Age (littéralement Terre des Noirs), est un archipel composé de trois îles principales, Unguja, Pemba et Mafia, et quelques autres de taille modeste, des terres vertes ourlées de sable blanc prises dans une mer turquoise. Les deux premières, les plus connues, formaient le sultanat de Zanzibar, indépendant, avant d’être colonisé par la Grande-Bretagne puis rattaché à la Tanzanie.
Au carrefour de l’Afrique, de l’Arabie et de l’Inde, ce territoire a été successivement occupé par les Arabes, les Perses, les Portugais, les Omanais, puis les Anglais. «L’île aux épices» a longtemps été aussi celle du « bois d’ébène », autrement dit les esclaves, acheminés de force depuis le continent africain lors de l’occupation omanaise pour être vendus aux enchères sur le port de Stone Town, la capitale de l’île. Jusqu’en 1873, près de cinquante mille captifs étaient vendus chaque année à Zanzibar. Aujourd’hui, on peut encore visiter les sordides et étroits cachots où ils étaient retenus et affamés avant les ventes et l’église anglicane bâtie sur l’ancien marché aux esclaves.

Des allures de médina

L’influence omanaise est surtout visible dans l’architecture de cette cité de pierre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Les rues ont des allures de médina. Les vieux remparts sont rongés par le temps. Les minarets et les vêtements des Zanzibarites rappellent l’imprégnation musulmane. Les femmes se couvrent la tête d’un voile coloré. Les plus aisées le quittent à la nuit tombée pour des tenues plus modernes mais toujours bariolées. Les hommes arborent de longues tuniques blanches impeccablement repassées et d’élégants kofia, ces petits calots richement brodés. Les visiteurs sont priés de se vêtir correctement, eux aussi, surtout en ville.
En déambulant dans les rues de la vieille ville, le visiteur peut admirer de nombreuses portes de bois richement sculptées qui tranchent avec la vétusté des murs usés par les ans. En acajou, en teck ou en bois de manguier, ces portes se parent de motifs floraux, géométriques de style arabe ou se hérissent de pointes de métal à l’indienne. Le marché, coloré et odorant, permet de prendre le pouls de la ville, devant les étals de poissons dans les halles couvertes ou ceux de fruits, de légumes et d’épices à l’extérieur. Des vendeurs ambulants poussent des chariots bricolés où les pains fraîchement préparés attendent au chaud les clients.

Un paradis pour les plongeurs

La ville de Zanzibar a connu plusieurs périodes fastes, notamment au XIXe siècle. De luxueuses constructions, aujourd’hui très défraichies pour la plupart, en témoignent. Après le départ des Anglais et la révolution marxiste, en 1964, les habitations de la ville et les terres ont été réparties entre les habitants de l’île. Certains ont aujourd’hui bien du mal à entretenir les vénérables bâtisses. Le Palais des Merveilles, bâti en bord de mer sur commande d’un sultan en 1883, était la première demeure de l’île équipée de l’électricité et d’un ascenseur. Devenu emblématique pour les Zanzibarites, il avait été converti en musée de l’Histoire locale. Aujourd’hui, il est fermé pour rénovation pour une durée indéterminée. Face au port et au marché nocturne où les habitants se réunissent pour déguster des crêpes locales et des jus de fruits frais se dressent les ruines de Prison Island, connue pour sa plage et ses tortues géantes.
Zanzibar est naturellement tourné vers la mer. Sur les côtes, les pêcheurs partent dès l’aube sur leurs longues barques. A marée basse, les femmes ramassent les coquillages enfouis dans le sable. L’île compte des plages magnifiques, au sable blanc et fin, bordées de végétation. L’eau est translucide et turquoise. Un paradis pour les baigneurs et, plus au large, pour les plongeurs qui peuvent admirer la faune variée et colorée des fonds marins. A proximité de l’île de Mnemba, à quelques minutes en bateau de la côte, on croise des espèces locales comme le poisson trompette, le poisson-pierre habilement dissimulé dans le sable, des hippocampes, des étoiles de mer bleues ou des murènes. Immobile, avec la sensation de flotter dans un aquarium gigantesque, on se fait entourer et contourner par des bancs de poissons-chirurgien. Les plus chanceux peuvent croiser des dauphins.

Une terre où tout pousse

Sur terre, la végétation est dense, notamment sur le centre de l’île. Les averses, intenses mais passagères, permettent toutes sortes de cultures. Les fruits sont très présents : mangues, corossols, ananas juteux, durians ou fruits du jacquier hérissés de pics. Zanzibar est surtout connue pour sa production d’épices et notamment du clou de girofle cueilli à la main puis séché. Les fermes produisent également de la cannelle, des noix de cajou, du poivre, du gingembre et de la cardamome. Tout pousse sur cette terre rouge. Dans la forêt du parc national de Jozani, les amateurs de nature sauvage peuvent observer des familles entières de singes colobes rouges qui jouent, se cajolent et se nourrissent.
Zanzibar s’ouvre au tourisme français. Son authenticité, la beauté de ses paysages, sa lumière et la chaleur de ses habitants en font une possibilité intéressante face aux classiques de l’océan Indien. Les TO s’intéressent de très près à cette destination, comme TUI qui inaugure trois hôtels et un club dans l’île cette année. Avec ses routes cahoteuses, ses habitants le long des villages qui vous saluent en souriant, sa capitale de pierre tavelée, Zanzibar a aussi une saveur exotique presque nostalgique, poétique.

Coup de coeur

Une soirée dans le palais Mtoni
L’expérience est singulière. L’imposant édifice en ruine, avec de larges salles à ciel ouvert entourées de galeries et d’arches en arabesque, est posé sur les hauteurs de la ville de Zanzibar. Erigé par le sultan Sayyid Said en 1828 pour y loger femmes et enfants, le plus ancien palais de l’île devait avoir fière allure au temps de sa splendeur avec son jardin et sa terrasse sur la mer. Aujourd’hui, cet endroit ravagé par les ans accueille des dîners aux chandelles sous les étoiles avec spectacle musical traditionnel. Un orchestre et des chanteuses aux vêtements chamarrés interprètent des titres de taarab, la musique nationale aux accents africains, arabes et indiens. Des danseuses munies d’ombrelles multicolores s’avancent lentement en cercle au centre de la salle en entonnant un chant répétitif et envoûtant. Un groupe de très jeunes hommes et de garçons en tenue traditionnelle psalmodie en rythme, en ondulant peu à peu, proposant un air nostalgique et émouvant. Le spectateur se régale de petits plats locaux goûteux et de ces refrains lancinants dans la relative fraîcheur de la nuit.

Publié par Caroline Kervennic
Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *