Production
Alain Capestan, DG du groupe Voyageurs du Monde
Le 14 juin dernier, Voyageurs du Monde (VDM) annonçait son intention d’entrer en Bourse sur Alternext d’Euronext Paris. Cette introduction devrait intervenir dans les prochains jours sous réserve de l’obtention du visa de l’Autorité des marchés financiers et en fonction des conditions de marché.

Mis à part le groupe Club Med et NF, via TUI, aucun opérateur français n’est coté en Bourse. Quelle est votre motivation ?

Elle est simple, nous avons besoin de fonds. Après l’augmentation de capital survenue en juillet 2000 et l’arrivée de la Société Générale via deux entités juridiques (elle détient 13 % du capital), nous avons construit et développé un réseau d’agences à notre image et nous avons aussi accentué notre croissance externe en rachetant notamment des hébergements de charme à l’étranger. Tout cela a nécessité des investissements lourds. Et aujourd’hui, il faut nous refinancer si nous voulons continuer.


Sensibles à tous les maux de la planète, les valeurs du tourisme sont souvent malmenées en Bourse. Est-ce une bonne idée pour VDM de s’y aventurer ?

Il existe en effet des facteurs risques  dans notre industrie (attentat, virus...), comme dans beaucoup d’autres secteurs. Cela n’empêche pas des groupes européens comme Kuoni, First Choice et même Holiday Break, spécialiste camping et aventure en Angleterre, d’être cotés et en bonne santé. Par ailleurs, selon des experts britanniques, le tourisme devrait connaître une croissance de 4 à 5 % par an dans les 20 prochaines années. C’est encourageant. Et puis il faudra aussi compter sur les seniors, de plus en plus actifs, mais aussi avec des prix de voyages, de plus en plus bas, et enfin sur des modes de consommation recentrés sur les notions de services et de bien-être. Le tourisme est loin d’être un secteur sinistré.


Certes, mais est-ce le bon moment, alors que des destinations stratégiques pour vous comme les USA et l’Egypte sont en toujours en souffrance ?

Aucune de ces destinations ne peut avoir d’impact majeur sur notre chiffre d’affaires, pour la bonne raison qu’elles ne représentent jamais plus de 6 % de notre volume d’activité. C’est le cas des États-Unis qui est pourtant notre première destination. Comprenez que notre portefeuille de pays est large et que nous réalisons plus de 100 000 e de ventes sur au moins 80 destinations.


Si elle a lieu, cette entrée en Bourse vous apportera de l’argent frais. Que comptez-vous en faire ?

Un, développer nos réseaux d’agences, deux, continuer à mettre en place des hébergements exclusifs, trois, accroître les ventes sur Internet et quatre intensifier notre stratégie d’intégration.  


Concrètement, VDM est propriétaire de quoi aujourd’hui ?

Outre deux structures réceptives que sont “Maroc sur mesure” et “Islandic Travel Company”, nous sommes propriétaires de la Villa Nomade, un riad de 12 chambres à Marrakech et nous exploitons en parallèle le Riad Aladin pour lequel nous avons signé un contrat de gestion de 5 ans. Nous possédons également le M/S Soudan, cette embarcation mythique qui vogue à l’année sur le Nil, ainsi que quatre campements de charme, trois sont localisés dans le grand sud marocain et le quatrième en Mauritanie. Nous avons par ailleurs depuis peu racheté, rénové et ouvert une Pousada du XVIIIe siècle à Salvador de Bahia au Brésil. Baptisée la Villa Baïa, cette maison offre 17 chambres et un spa. Nous avons dû créer une filiale brésilienne d’exploitation hôtelière pour gérer cette demeure… et peut-être aussi celles qui suivront.


Vous avez donc d’autres projets ?

Plusieurs. Certains sont imminents, comme à Rio où l’autorisation d’exploitation délivrée par la mairie devrait arriver bientôt. Et à Fès au Maroc, le rachat d’un magnifique riad situé au cœur de la médina devrait être signé cette semaine. De nombreux autres projets sont évidemment à l’étude. À Madagascar tout d’abord, où nous sommes propriétaires d’un terrain de 33 hectares mais où les choses vont très lentement et en Pays dogon au Mali où nous prévoyons l’installation d’un campement pour l’hiver prochain. En fait, nous avons défini une quinzaine de destinations où VDM est susceptible d’implanter des demeures de charme. Nous pensons à la Chine, au Caire et à l’oasis de Siwa en Egypte, à la Polynésie, l’Australie, l’Inde et à quelques pays d’Amérique latine.


Si vous n’investissez que 20 % des bénéfices dans l’hôtellerie, vous en injectez 50 % dans vos agences. Où en êtes-vous dans ce domaine ?

Lundi dernier nous avons inauguré à Bordeaux notre neuvième Cité des Voyageurs, après Paris, Lyon, Toulouse, Marseille, Nice, Rennes, Lille et Grenoble. Les ouvertures de Nantes, Montpellier et Rouen sont déjà programmées pour la rentrée prochaine. À terme, nous voulons en avoir une petite trentaine et être présents dans les villes à fort potentiel, notamment en province où pour l’heure nous ne réalisons que 25 % de nos ventes, alors que le marché est, lui, plutôt à 78 %. Tout reste donc à faire en régions. Par ailleurs, sur le même principe que VDM, nous allons en parallèle créer une dizaine d’agences consacrées aux voyages d’aventure à travers les marques Comptoir et Nomade. La première vient d’ouvrir ses portes à Toulouse.


Un partenariat plus étroit avec les agences classiques de distribution est-il envisageable ?

Cette option n’est pas simple, vu le niveau d’informations qu’il faut donner pour nos produits, même si l’agent de voyages est excellent. Nos clients recherchent des conseils d’experts et, chez VDM, il y a presque autant de destinations que de conseillers originaires de ces pays. On pourrait éventuellement travailler avec le réseau sur les circuits accompagnés, mais ils ne représentent que 3 % de notre volume d’affaires contre 80 % générés par les voyages sur mesure et d’aventure.


Des envies d’exporter votre concept à l’étranger  ?

Oui, mais dans les pays francophones pour des raisons de logistique (traduction des brochures, du site...). Nous recherchons déjà très activement un local à Bruxelles où nous espérons pouvoir ouvrir une Cité des Voyageurs avant la fin de l’année. VDM est déjà connu en Belgique via la marque Terres d’Aventure qui est distribuée par les agences Vitamin Travel. La Suisse suivra logiquement et, plus tard, d’autres pays qui ont un peu la même culture que nous, je pense à l’Espagne et l’Italie. Il nous faudra alors créer des filiales locales par souci de fiscalité mais cela ne nous coûtera pas plus cher qu’en France.


Comment votre entrée en Bourse pourrait-elle avorter ?

Dans le cas où aucun investisseur ne serait intéressé par notre groupe et notre stratégie qui est porteuse de développement. Cependant, notre philosophie d’entreprise est unique en France, et nos résultats financiers sont en progression constante, en témoigne notre chiffre d’affaires qui a triplé en 7 ans pour atteindre 172 millions d’euros en 2005. Nous verrons bien ce qui se passera, mais quelles que soient les modalités de l’opération Jean-François Rial [PDG du groupe, NDLR] et moi-même en garderons le contrôle.


Bio express

1960 : Naissance. Étudie la finance à Dauphine avec un diplôme de gestion et une spécialisation en finances.
1986 : Débute une carrière au sein de la banque d’affaires Eurofin, aujourd’hui HSBC.
Il y reste pendant deux ans en tant que spécialiste des fusions et acquisitions. Il est ensuite mandaté pour restructurer le groupe Copernic (filiale d’une caisse de retraites) dont il devient le directeur financier.
1989-90 : Il entre chez Fininfo en qualité de directeur général et rencontre Jean-François Rial qui est vice-PDG.
Juin 96 : Les deux hommes s’associent pour reprendre Voyageurs du Monde
Janvier 1997 : Il quitte Fininfo pour développer VDM. Alain Capestan est aujourd’hui DG du groupe, mais aussi président du holding Avantage qui contrôle l’ensemble des marques. Marié et père de deux enfants, il trouve toujours un peu de temps pour se rendre en Asie, un continent qui le passionne, et pour faire du sport. Son hobby préféré: rencontrer au tennis Emmanuel Foiry, PDG de Kuoni France.
Sarah Douag