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› Un an après le passage à la commission zéro, Jean-Pierre Mas dresse un premier bilan de ses conséquences sur l’activité des agences. Outre les moyens qu’elles doivent mettre en place pour s’adapter au nouveau modèle économique, il aborde également la question de l’avenir de la billetterie loisirs, de l’e-ticket et de la surcharge carburant dans le prix du billet. Quel bilan dressez-vous du passage à la commission zéro sur l'activité ?
Le montant net des billets émis par les agences physiques ou en ligne a reculé de 0,4% entre le 1er avril 2005 et le 31 mars 2006 alors qu'il avait progressé de 6,3% lors de la même période précédente. Dans le même temps, le nombre de billets émis a stagné (-0,1%) alors qu'il avait augmenté de 3,2% en 2004-2005. Et si l'on prend en compte uniquement les agences de voyages traditionnelles, le nombre de billets émis est en recul de 1%. Enfin, le prix moyen du billet a reculé de 0,3%.
Comment expliquez-vous cette baisse alors que les taxes carburant se sont multipliées ces derniers mois ?
Malgré la hausse tarifaire, malgré le basculement de l'essentiel des ventes de billets à basse contribution sur Internet, les prix ont effectivement baissé. Cela signifie que les agences ont veillé à ne pas prendre des frais trop élevés. Globalement, elles ont été solidaires de ceux qui les rémunèrent : avant c'était les compagnies, maintenant ce sont leurs clients.
Justement, la prise de frais par les agences a-t-elle été bien acceptée par les clients ?
Les premiers mois, les clients l'ont acceptée très facilement. Puis à la fin de l'année dernière, ils ont fait leurs comptes prenant conscience soudainement du surcoût que cela a représenté pour eux. Surtout que, dans le même temps, les prix des billets dans l'aérien ont augmenté en raison des hausses de prix du carburant. Résultat : aujourd'hui, de plus en plus de clients n'hésitent pas à faire des appels d'offres entre plusieurs agences afin de les obliger à baisser leurs frais.
Que peuvent faire les agences pour ne pas voir disparaître leur clientèle ?
Trois solutions se présentent à eux : la première consiste à démontrer sa valeur ajoutée en négociant avec les différents prestataires les meilleurs tarifs pour le compte du client. La deuxième solution est de réduire les frais, mais du même coup la richesse des distributeurs est diminuée. Enfin, la troisième solution consiste à gagner en productivité avec des outils d'auto-réservation (self-booking tools) afin de réduire les frais et les charges. Cela consiste à mettre par exemple à la disposition des clients des moyens techniques leur permettant d'effectuer une réservation de chez eux sur Internet. De son côté, l'agence valide la réservation, les règles tarifaires et le règlement.
Les agences indépendantes ont-elles encore leur place avec l'émergence de ce nouveau modèle économique ?
La rémunération d'une agence repose sur trois sources principales : le paiement du service rendu à la compagnie aérienne, la rétribution par le client et les remises annexes liées à des contrats, des volumes et des engagements qualitatifs. Or depuis le passage à la commission zéro, la première source de revenus a disparu ou presque. Et comme Air France donne une compensation financière en fonction du volume réalisé, la situation est plus difficile pour les agences indépendantes. Cependant, si je croyais, il y a un an, à une diminution importante du nombre d'agences dans les années à venir, je parie davantage aujourd'hui sur une concentration du secteur.
Quelle est la situation dans le réseau Afat ?
Je ne dispose pas encore de bilan définitif. Cependant, le réseau Afat étant très axé loisirs, la baisse de l'activité billetterie a été plus durement ressentie que dans l'ensemble des agences. Certaines agences ont baissé leur frais franchissant parfois leur seuil de rentabilité. Il faut savoir que l'émission d'un billet aller-retour coûte en moyenne 13 euros à une agence.
La billetterie de passage a-t-elle encore un avenir dans ce contexte ?
La billetterie dite "de passage", ou de loisirs, pour des vols intérieurs ou en moyen-courrier n'a pas beaucoup d'avenir, c'est un fait. Il y aura en revanche toujours de la place pour la vente de billets aux entreprises. Mais à condition de leur proposer un service global… et compétitif par rapport au prix que l'entreprise est prête à payer.
Espérez-vous obtenir d'Air France qu'elle inclut la surcharge carburant dans le prix du billet ?
Le prix d'un billet comprend le coût du transport, le surcoût engendré par la hausse du prix du kérosène, les redevances aéroportuaires et bientôt la taxe de solidarité. La commission Air du Snav se bat pour que cette surcharge soit incluse dans le prix du billet. Face aux réticences des compagnies qui croient qu'elles vont pouvoir leurrer encore longtemps leurs clients, nous tentons de mobiliser la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Sinon, rien ne bougera.
Quelle est votre position vis-à-vis de l'e-ticket ?
La commission Air du Snav soutient la politique des compagnies en faveur du billet électronique, car elle constitue un gain de productivité pour les agences. L'imprimante ATB qui permet aux agents de voyages d'émettre les billets va donc disparaître. C'est une bonne chose car elle leur coûte cher ! D'une façon générale, les agences n'ont pas d'autre choix aujourd'hui que de faire la course à tous les gains de productivité.
Enfin, estimez-vous que les compagnies low cost ont une place dans les agences ?
Les ventes de compagnies à bas prix seront pertinentes en agences quand elles seront totalement possibles via les GDS. Et quand des facilités de paiement existeront. Le réseau Afat est favorable à l'entrée d'Easyjet et de Ryanair au BSP. Des contacts commencent d'ailleurs à être pris en ce sens. Une chose est sûre, les compagnies low cost ne sont plus fermées à cette idée. Elles réalisent enfin que les agences sont en mesure de leur apporter de la clientèle supplémentaire. Propos recueillis par Raphaël Sallerin
Bio Express
1948 - Naissance à Toulouse le 6 septembre.
1985 - PDG de l'agence Voyages d'Oc-Asie Passion, spécialisée dans les programmes "incentive" destinés aux entreprises et les programmes sur mesure en Asie.
1990 : Directeur associé de Taxiway Manacom, société spécialisée dans le tourisme de découverte économique.
1993 : Président de l'Association française des agences de tourisme (Afat Voyages).
2000 - Administrateur de l'ASMT (Association pour le Salon mondial du tourisme).
2005 – Président de la commission Air du Snav.
Jean-Pierre Mas est également membre du Conseil national du tourisme au sein duquel il est président délégué de la section "Qualité, Accueil et Nouvelles Technologies". |