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› Le Cannes Airlines Forum se transforme pour grandir et devenir le World Air Transport Forum. C’est Pierre Jeanniot, l’ancien directeur général de l’Iata, qui présidera la manifestation en octobre 2007 avec l’environnement comme thème central. Cette année, le CAF devient le WAF et change de formule…
C’est une formule dont nous parlions depuis quelque temps déjà. Même si les compagnies aériennes sont importantes, si la distribution est importante, je crois que le transport aérien c’est quand même un tout. Un tout qui dépend des aéroports, des routes aériennes, de l’innovation des manufacturiers, des nouveautés dans la distribution des produits, de l’évolution du goût des passagers, de la réglementation mondiale. C’est un grand tout et je pense que cette industrie a besoin d’un grand forum où tout converge afin de comprendre à quel point toutes ces entités sont interdépendantes et forment un système global. C’est un secteur économique d’une très grande importance au niveau mondial, d’abord avec le tourisme qui en découle ainsi que les emplois. De 5 % à 10 % de l’économie mondiale sont directement affectés par ce secteur : soit il marche bien, soit il marche mal. Et s’il marche mal, c’est tout le circuit de l’économie mondiale qui en souffre. Alors je crois qu’il y a la place pour une rencontre de tous ces intérêts-là afin de faire une synthèse de leurs contributions et de voir jusqu’à quel point un échange d’informations permet à cette industrie de régler un certain nombre de problèmes afin d’avancer encore mieux.
L’environnement est le thème central du forum. N’y a-t-il pas en la matière un peu de récupération marketing, notamment de la part des compagnies aériennes ? On a parfois l’impression qu’elles ont découvert le sujet cette année…
Je peux vous dire que non. Chez Iata, j’avais un comité sur ce thème en 1992. C’est donc loin d’être nouveau. En revanche, l’intérêt qu’on lui porte est cyclique. Lorsque la crise économique est arrivée autour de l’année 2000, elle a pris le pas sur tous les autres sujets. Même avec les politiciens, on n’a pas évoqué l’environnement. On a plutôt parlé de terrorisme, évidemment. En fait, à l’époque, en terme d’environnement, ce qui était beaucoup plus important que le CO2, c’était le bruit…
Les émissions de gaz ne sont donc qu’une partie du problème ?
Les émissions de gaz ? C’est absolument ridicule. Le monde aérien produit environ 2 % du total mondial. C’est vrai que si nous ne faisons pas d’efforts et que notre croissance continue de la sorte, notre part va augmenter.
Comment expliquez-vous que l’avion soit toujours montré du doigt ?
Parce que le transport aérien est excitant, les gens adorent ça. Et puis, il faut bien reconnaître qu’il y a une forme de jalousie. Il suffit de voir la concentration de taxes qui pèsent sur notre secteur. En Angleterre, Gordon Brown vient d’en “coller” une nouvelle sur l’industrie qui est abominable et qui n’a absolument aucun sens…Mais il faut bien dire que notre industrie ne réussit pas à communiquer de façon suffisamment claire d’une part sur la réalité de notre contribution au problème et d’autre part sur l’impact économique et social de notre activité. Aujourd’hui, comme Brigitte Bardot se servait des bébés phoques, on se sert de nous pour monter certains problèmes en épingle et ça marche parce qu’on continue à avoir cette image de riches. Un milliard deux cents millions de passagers l’année dernière, et ce seraient tous des riches !
En tout cas, l’environnement est devenu un sujet de société, qui interpelle lesconsommateurs. Quelle est la réponse des compagnies ?
Je crois que les compagnies ont compris qu’à force d’essayer de prêcher qu’elles ne représentent que 2 % des émissions, elles n’allaient nulle part. Même si c’est minime, elles doivent admettre qu’elles font partie du problème… et, du coup, des solutions. Faire le contraire aurait un effet négatif.
Certains prédisent la mort de l’avion, du moins sur certaines distances…
Vous savez, moi, j’ai toujours été en faveur du train. Quand je me souviens des emportements à Cannes de Jean-Cyril Spinetta [le PDG d’Air France, NDLR] contre le TGV, j’ai envie de lui dire achetez-vous des trains et soyez complémentaires.
A-t-on une idée du temps qu’il va falloir pour obtenir des résultats en matière d’avions “verts” ?
Tout est relatif. Actuellement, les avions sont de plus en plus verts, sauf qu’à part Aer Lingus personne ne les peint comme ça (rires) ! Lorsque j’étais à la tête d’Air Canada, j’ai remplacé des Boeing B727 par des Airbus A320. J’ai alors diminué ma consommation par passager kilomètre transporté d’environ 40 %. C’est énorme. Aujourd’hui, avec par exemple le Boeing B787 conçu pour remplacer le B767, la différence entre les deux va être au moins de 25 à 30 %. Tous les 20 ans il y a des améliorations considérables qui sont réalisées par les constructeurs, sans compter celles liées aux motoristes ou encore à l’avionique.
Peut-on lister l’ensemble des domaines dans lesquels des améliorations sont encore possibles ?
Elles sont possibles dans tous les domaines. On travaille par exemple aujourd’hui sur de nouveaux moteurs qui verront le jour dans une dizaine d’années. On fera aussi des efforts dans le domaine du carburant – d’ailleurs, on a sérieusement manqué d’imagination en la matière. En termes de volonté politique également il y a des choses à faire. Ne serait-ce que du point de vue de l’optimisation des routes aériennes, qui nous permettrait de réaliser 15 % d’économie. C’est considérable. Cela représente au moins 3 ans de croissance. Quand on y pense, il est tout de même incroyable qu’en Europe les frontières aient été éliminées à terre et conservées dans les airs. Tout ça parce que chacun garde son petit pré carré. Ce qu’il faut comprendre c’est que chacun a voulu développer son logiciel, sa propre approche. Aujourd’hui, ce qu’il faut éviter ce sont des avions qui brûlent du carburant en attendant de pouvoir décoller ou atterrir.
Il y a donc des progrès facilement réalisables qui ne le sont pas pour des raisons politiques ?
C’est le reflet du changement. En plus, il faut savoir qu’au niveau mondial la plupart des contrôles aériens sont sous l’autorité des militaires qui ont leurs propres centres d’intérêts. Beaucoup de choses peuvent être faites. Et c’est d’ailleurs là que l’on comprend la nécessité de mélanger tous ces gens différents dans un même endroit afin d’effectuer une synthèse de tout ça.
Quelles sont les limites du problème ?
La question est de savoir jusqu’à quel point le consommateur est prêt à payer pour le CO2. Personnellement je crois que la plupart des gens sont prêts à le faire mais ils veulent être certains que l’argent qu’ils ont versé servira vraiment à faire quelque chose. On pourrait par exemple planter des forêts en périphérie du Sahara, les clients paieraient pour ça. Cela absorberait du CO2, contribuerait au changement du micro-climat et serait bénéfique pour les populations locales.
› Bio express
Pierre Jeanniot est diplômé en Administration des affaires de l’université McGill de Montréal et en Statistiques mathématiques de l’université de New York. Directeur général et chef de la direction de l’Association du transport aérien international (Iata) de janvier 1993 à juin 2002, il en est depuis directeur général émérite. De 1984 à 1990, il a été président-directeur général d’Air Canada. Président du conseil de Thales Canada le 1er mai 2003, il était alors à la tête d’une entreprise d’État, où il a été reconduit dans ses fonctions de PDG pour un nouveau mandat. |