Entretien avec Emmanuel Bourgeat, directeur général de Travelport France

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Emmanuel Bourgeat, directeur général de Travelport France

Plus qu’un simple GDS, Travelport se définit aujourd’hui comme une plate-forme de commerce de voyages. Il délivre de nombreux services aux agents de voyages. Au sein de l’entreprise depuis 15 ans, nommé directeur général en 2009, Emmanuel Bourgeat a pu observer durant de longues années l’évolution des contenus réservés par les vendeurs. Il nous parle ici des spécificités de Travelport et notamment de la version améliorée de l’outil Smartpoint, en démonstration sur le salon IFTM Top Resa.

 

QDT : Travelport ne se définit pas comme un GDS (Global Distribution System) mais comme une plate-forme de commerce de voyages ?

 

Emmanuel Bourgeat : Oui, l’appellation GDS appartient pour notre cas au vocable du 20e siècle. Depuis, le monde a évolué. Notre métier, c’est l’agrégation de contenus : aériens, hôteliers, location de voitures et tout autre contenu utile pour le marché français.

 

Sans oublier la Travel MarketPlace ?

 

EB : Absolument. C’est une plate-forme de téléchargement d’applications en ligne intégrée à l’espace de travail de l’agent de voyages Smartpoint. Elle permet à des développeurs tiers et fournisseurs de contenus de mettre à disposition des agences sur un marché donné, des produits et services de gestion de voyage. Nous avons, par exemple, récemment accueilli l’application TIBI développée par la société INBSYS International qui facilite en quelques clics la (re)vente de produits d’assurance comme ceux proposés par Présence Assurance.

 

Comment vous différenciez-vous de vos concurrents ?

 

EB : Contrairement à nos deux confrères qui possèdent un pied dans le hosting des compagnies aériennes et un autre dans le monde de la distribution [NDLR : Amadeus et Sabre], nous, nous n’avons qu’un seul business, celui de la distribution des contenus. Cela nous donne une extrême liberté sur la capacité à pouvoir traiter des contenus différents, notamment non normés. On le voit aujourd’hui, les compagnies aériennes sont dans une recherche de différenciation qui est déterminante pour leur survie. Des initiatives comme les NDC, pour New Distribution Capability [NDLR : les nouveaux standards technologiques de distribution à l’initiative de Iata], en sont l’illustration. Bref, à la différence de nos confrères, nous n’avons aucun débat interne « sans fin » entre nos activités. C’est un point déterminant qui explique que l’on soit capable d’agréger des contenus non normés et que nous les rendions accessibles à l’ensemble de nos clients depuis plus de deux ans.

 

Quelles sont les évolutions que vous avez perçues dans le comportement des agents de voyages ces dernières années ?

 

EB : Tout comme les voyageurs et les compagnies aériennes, nous les avons interrogés il y a quelques années. Ainsi les voyageurs ne comprenaient pas que lorsqu’ils s’adressaient à une agence de voyages, cette dernière ne puisse pas avoir accès aux mêmes informations que celles qui figurent sur les sites B2C des compagnies. Quand nous avons interrogé les agences de voyages, elles nous ont fait savoir qu’elles perdaient un temps considérable à aller chercher de l’information à l’extérieur de leur outil de production. Sur les GDS, elles ne disposent pas des éléments nécessaires pour remplir cette mission clé. D’ailleurs, une étude IATA réalisée il y a 18 mois montrait qu’au niveau européen un agent de voyages perd en moyenne une heure par jour, 1/8e de son temps, à récupérer de l’information sur les sites Internet, les help-desk des compagnies…

 

Enfin, les compagnies aériennes nous ont expliqué qu’elles avaient absolument besoin de se différencier, de mettre en avant les spécificités de leurs produits, la qualité de leurs services. Ces acteurs ont investi des centaines de millions de dollars dans les équipements de leurs flottes d’appareil, au sol dans les lounges et infrastructures pour améliorer l’expérience du voyageur. Et le seul endroit où le retour sur investissement était possible, c’était sur leur site web BtoC. Je rappelle qu’au niveau mondial deux tiers des billets d’avion sont vendus par les agences de voyages. Avec le conseil comme raison première d’exister. Les agences ont un rôle clé à jouer, à condition de disposer des bons outils…

 

Au regard de ces enseignements, quelle est la réponse de Travelport ?

 

EB : Après un travail de synthèse consécutif à cette étude, nous avons créé la plate-forme Smartpoint qui répond aux enjeux majeurs des différents acteurs impliqués. C’est primordial car aujourd’hui la rentabilité d’une agence de voyages repose sur sa productivité. Notre plate-forme permet au vendeur d’exprimer sa valeur ajoutée à travers le conseil dans un environnement garant de sa productivité.

 

Parlez-nous des spécificités de votre plate-forme Smartpoint ?

 

EB : Smartpoint a été lancé en 2015. Nous l’avons depuis améliorée. En France, 90% des agences clientes de Travelport y accèdent. Nous avons environ 2 500 utilisateurs, et 450 points de ventes équipés. Smartpoint est facile d’utilisation via un mode interactif « Point&Clic ». L’application s’adresse en effet aux plus confirmés des experts comme aux débutants grâce à la combinaison des modes cryptiques et guidés sous forme graphique. Il fallait concilier le meilleur des deux mondes !

 

L’environnement des agences a considérablement évolué, en particulier celui qui entoure les tarifications des compagnies aériennes : ce que j’observe c’est qu’il y a 4 ou 5 ans, sous la pression des low cost et des compagnies long-courriers du Moyen-Orient, les compagnies européennes historiques ont « déshabillé » le prix du fauteuil pour remonter en première ligne dans les comparateurs. Les prestations annexes étant alors revendues au détail sous forme de ventes ancillaires (bagages, sièges…). Des prestations pas toujours simples à revendre via des émissions d’EMD* en particulier.

 

Depuis 2 à 3 ans, on assiste à une tendance lourde. Les compagnies, au lieu de vendre à l’unité leurs prestations annexes, re-packagent leurs offres pour satisfaire des besoins-voyageurs différents. Pour un même axe et une compagnie donnée, il existe désormais jusqu’à une dizaine de packages et donc de tarifs différents. Ce type d’offres, connu sous le nom de « branded fares », est en développement exponentiel. L’accès à la description de ce qui est inclus ou ne l’est pas dans un tarif est un enjeu majeur pour le conseiller voyages. C’est le challenge de cet enjeu que nous permettons à l’agent de relever via notre plate-forme !

 

Des progrès également ont été réalisés pour traduire en français les contenus ?

 

EB : Oui, nous donnons non seulement aux compagnies l’opportunité de pouvoir décrire les contenus compris dans chacun de leurs tarifs de manière synthétique mais également de communiquer ces informations dans la langue du marché. C’est une révolution ! Actuellement une vingtaine de compagnies dont Air France, Corsair, Aigle Azur, Emirates, Etihad, la TAP présentent leurs descriptifs en français.

 

Devant la complexité des offres tarifaires des compagnies aériennes, quel rôle la plateforme Smartpoint doit-elle jouer pour les vendeurs ?

 

EB : Avec Smartpoint, nous replaçons l’agent de voyages au centre de l’information. Grâce à cet outil, il a toutes les cartes en main pour bien conseiller ses clients. Il dispose d’outils de comparaison à lecture immédiate en sachant tout de suite quels sont les services inclus ou pas. C’est un outil unique, sans équivalent chez nos concurrents. Près de 250 compagnies alimentent quotidiennement notre plate-forme.

 

Sur Smartpoint, il n’y a d’ailleurs pas que les compagnies aériennes…

 

EB : Effectivement, la location de voitures et l’hôtellerie représentent une autre part importante des contenus proposés. Savez-vous que la distribution de contenus hôteliers via le canal GDS ne représente que 4% au niveau mondial ? Autrement dit, 96% se font à l’extérieur, c’est dire le potentiel. Sur les 4%, la vaste majorité est produite par Travelport. Nous avons beaucoup travaillé sur la « lisibilité » et la richesse des contenus. Les hôtels par exemple bénéficient des commentaires de Tripadvisor.  J’ajoute que nous avons aussi accès à des hôtels de brokers, d’agrégateurs tels que Booking.

 

Donnez-vous également accès à vos contenus à des acteurs online ?

 

EB : Si les acteurs online n’ont pas accès à l’intégralité de l’offre, ils se coupent de l’offre. Dans tous les cas le consommateur ira la chercher ailleurs, sur le site des compagnies notamment. Raison pour laquelle nous sommes dans cet effort d’exhaustivité. Ce que nous rendons disponible offline est également accessible online via nos dernières générations d’API. Nous travaillons dans ce domaine depuis la fin de l’année dernière avec plusieurs acteurs comme Misterfly et d’autres. Ils souhaitent apporter à leurs clients l’offre la plus exhaustive possible, pour la meilleure expérience voyage possible et au sein du workflow le plus efficace possible.

 

Quelle est votre place sur le marché français ?

 

EB : Nous sommes le deuxième acteur bien devant Sabre. Grâce à nos avancées technologiques. Nos volumes ont progressé de plus de 20% ces deux dernières années.

 

Comment s’organise Travelport France ?

 

EB : Nous avons emménagé dans de nouveaux bureaux à Saint-Denis il y a 5 mois. Nous sommes 35 personnes : formateurs, commerciaux, marketing, administratif, fonction support… La France figure parmi les dix plus gros marchés de Travelport.

 

Qu’en est-il de votre présence à IFTM Top Resa ?

 

EB : Nous allons bien sûr présenter la dernière version de notre plate-forme aux agents de voyages et promouvoir nos nouvelles solutions, notamment en matière de mobilité. Des partenariats avec Emirates, Corsair et Aigle Azur permettront aux agents de gagner des vols et des lots, tout en expérimentant à travers les offres de ces partenaires le « pouvoir » de la plate-forme.

 

Comment jugez-vous les positions prises par les compagnies aériennes, à l’image de Lufthansa puis du groupe IAG, qui appliquent des frais sur les réservations qui transitent par les GDS ?

 

EB : Cela pénalise la distribution qui présente une vraie valeur ajoutée comme nous l’avons abordé. L’agence assure des fonctions essentielles de conseils basés sur la comparaison, d’échanges de données vers le voyageur quelle que soit la compagnie et les prestations terrestres proposées, et vers les entreprises via les flux de facturation et reportings. Ce que je retiens, c’est que Travelport poursuit activement son objectif principal consistant à aider les compagnies aériennes et autres prestataires de voyages à distribuer leur contenu de la meilleure façon possible. Tout ce qu’offre un lien « Direct Connect » peut être géré à travers notre plateforme au sein d’un même flux de travail.

 

Travelport est récemment devenu le premier GDS à obtenir l’accréditation « NDC Aggregator Level 1 » ainsi que le statut « NDC IT Provider Level 2 » octroyés par l’IATA dans le cadre de son programme de nouvelles capacités de distribution (NDC). Nous nous penchons maintenant sur la façon dont ce contenu sera affiché dans les points de vente de nos clients abonnés. [NDLR : NDC est une nouvelle norme technologique censée remettre les compagnies au cœur de la transaction avec l’agence de voyages. Le GDS distribue leur offre grâce à des applications en XML). Comme vous pouvez l’observer, notre volonté là aussi, demeure de réunir au sein de la même plate-forme l’agrégation de contenus et les informations permettant à l’agence de voyages de défendre sa valeur ajoutée, son conseil et sa productivité.

 

*EMD : Electronic Miscellaneous Document pour une carte d’abonnement, un excédent de bagage, le transport d’un animal, etc.

Publié par David Savary

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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