L’Insee anticipe une faible croissance française en 2019

Tendances

Selon l’Insee, après un début d’année maussade (+0,2 % de croissance au premier comme au deuxième trimestre 2018), l’économie française s’est redressée cet été (+0,4 %). Cette hausse était attendue avec le retour à la normale de facteurs ponctuels qui avaient grevé l’activité au printemps comme les grèves dans les transports ferroviaires notamment. Pour 2019, l’incertitude demeure quant à l’impact des gilets jaunes sur l’activité économique du pays.

 

Dans le même temps, la zone euro dont l’activité s’était mieux portée qu’en France au premier semestre 2018, a montré des signes d’essoufflement au troisième trimestre (+0,2 %). En particulier, l’activité italienne a marqué le pas et l’économie allemande a calé. Certes, les difficultés d’adaptation de la production automobile allemande à la nouvelle norme antipollution entrée en vigueur en septembre sont pour beaucoup dans ce brutal coup de frein. Mais les climats des affaires, qui ne cessent de se dégrader depuis le début de l’année, suggèrent un affaiblissement de la croissance européenne qui ne se limiterait pas à des facteurs ponctuels.

 

L’activité américaine a, quant à elle, gardé une vigueur intacte, dopée par les réductions fiscales. Elle ralentirait toutefois un peu d’ici la mi-2019. Les États-Unis continuent par ailleurs de faire peser sur le commerce mondial la menace de nouveaux relèvements des tarifs douaniers.

Paradoxalement, cela contribuerait, fin 2018, à accélérer les échanges avec la Chine, en anticipation de nouvelles hausses qui commenceraient à faire sentir leurs effets début 2019. Les moteurs de la croissance chinoise semblent par ailleurs s’essouffler progressivement.

 

Le contexte international est également marqué par le resserrement monétaire engagé outre-Atlantique : certaines économies émergentes pourraient en pâtir. Le prix du pétrole, après avoir progressé quasi-continûment depuis la mi-2017, a, sous l’effet d’un marché excédentaire et de facteurs géopolitiques, brutalement chuté en octobre et novembre, ce qui pourrait limiter l’inflation future, s’il ne connaissait pas un nouveau retournement.

Le taux de change de l’euro face au dollar est quant à lui resté relativement stable depuis plusieurs mois.

 

Dans ce climat international voilé, l’Europe connaît également des problèmes internes, qu’il s’agisse des modalités du Brexit à venir, des incertitudes budgétaires italiennes ou des tensions sociales en France. L’analyse des cycles économiques au sein de la zone euro suggère par ailleurs que l’activité des principaux pays serait proche de son potentiel, c’est-à-dire que le dynamisme associé au rattrapage consécutif aux récessions passées serait en passe de s’estomper. Malgré les soutiens budgétaires dans quelques pays, l’activité de la zone euro poursuivrait donc son ralentissement, avec une croissance d’environ 0,3 % par trimestre d’ici la mi-2019.

 

À cet horizon, l’économie française progresserait à un rythme similaire (0,2 % fin 2018, 0,4 % au premier trimestre 2019 puis +0,3 % au deuxième). En moyenne annuelle, le PIB français augmenterait de 1,5 % en 2018, et son acquis de croissance pour 2019 serait de 1% à mi-année. L’emploi conserverait également un rythme modéré (64 000 créations nettes au premier semestre 2019, après 107 000 sur l’ensemble de l’année 2018) qui ne permettrait qu’une lente diminution du chômage (prévu à 9,0 % au printemps prochain).

 

Après d’importantes livraisons aéronautiques et navales fin 2018, la contribution du commerce extérieur à la croissance redeviendrait négative au premier semestre 2019. La progression de l’activité serait donc principalement portée par la demande intérieure : l’investissement des entreprises serait encore dynamique début 2019, en réponse aux tensions sur l’appareil productif, et soutenu par des conditions financières toujours accommodantes. L’investissement des ménages continuerait en revanche de se replier, comme l’indique l’évolution du nombre de permis de construire. Mais la consommation des ménages se redresserait, sous l’effet notamment des mesures de soutien au pouvoir d’achat, dont l’acquis de croissance annuelle s’élèverait déjà à 2,0 % mi-2019.

 

À côté des incertitudes internationales persistantes, le comportement de consommation des ménages français reste d’ailleurs un des aléas susceptibles d’affecter ce scénario, à la hausse comme à la baisse. La durée et les conséquences du mouvement social des gilets jaunes restent d’ailleurs très incertaines au moment de la finalisation de cette Note de conjoncture (13 décembre 2018).

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *