Entretien avec Nathalie Stubler, PDG de Transavia France : « A l’été 2019 nous aurons encore une croissance à deux chiffres »

Transport

Après un exercice 2017 record, qui a vu Transavia France atteindre pour la première fois la rentabilité, la filiale low cost d’Air France poursuit sur sa lancée en 2018 et entend bien continuer en 2019. Plus d’avions, plus de lignes, une offre en forte croissance à Nantes: la patronne de la compagnie nous explique que Transavia suit sa feuille de route. La prochaine étape, à l’horizon 2020, passera forcément par une négociation avec les pilotes d’Air France pour pouvoir faire grimper la flotte au-delà de 40 appareils.

 

 

QDT : Sur l’exercice record de 2017, Transavia a atteint la rentabilité. Quid du premier semestre 2018 ?

Nathalie Stubler : Lors de la présentation des résultats du 2e trimestre du groupe Air France – KLM, il a été indiqué que les deux Transavia, France et Pays-Bas, ont réalisé un résultat d’exploitation positif, en évolution également positive par rapport à l’an dernier. Pour connaitre la prochaine étape, rendez-vous lors de la présentation des résultats du 3e trimestre … Néanmoins, ce que je peux dire, c’est qu’entre le 1er janvier et le 31 août 2018, Transavia France a mis sur le marché une offre en augmentation de 20% et a vu son coefficient de remplissage croître de 2 points. Nous avions dit que nous ferions une croissance importante, nous l’avons fait et même un peu plus que ce que nous avions prévu, et -c’est important- nous avons trouvé notre marché.

 

Et donc tout cela, c’est de la croissance rentable ?

Oui puisque les deux Transavia sont dans le vert au 2e trimestre et en évolution positive. Nous sommes vraiment dans le plan de marche que nous avions annoncé et nous sommes très contents de ce que nous avons réalisé. Pour revenir sur la période purement estivale, nous pouvons dire qu’elle s’est très bien passée.

 

En termes de destinations, quelles sont les gagnantes et les perdantes ?

Il n’y a pas de perdants ! Cela peut paraître un peu prétentieux, mais tout a très bien fonctionné. Nous avions décidé de faire plus de croissance sur certaines zones que sur d’autres, comme la Grèce et l’Italie: cela a très, très bien marché. Les trois nouvelles routes au départ de Paris (Alicante, Rabat, Olbia) ont enregistré de très bons coefficients de remplissage en juillet-août, au-delà des 95%… A Nantes nous avons également réalisé la croissance qui avait été annoncée. Nous avions dit 40%, cela a été fait entre avril et août. Nous sommes aussi très contents de l’interaction que nous avons eue avec nos clients, avec des retours très positifs sur les ouvertures de lignes et les vols « Coupe du monde », avec des animations à bord, des PNC et des pilotes engagés, avec maquillage de clients, annonces des résultats, chant de la Marseillaise…

 

L’arrivée d’Easyjet avec 3 avions basés à Nantes, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Nous avons un plan à Nantes. Un plan de croissance :  pour l’été 2019, nous annonçons +70% par rapport à l’été 2018 avec deux avions de plus, soit un passage à 5 avions basés et l’ouverture de destinations très intéressantes. Il y a d’autres acteurs mais nous, nous continuons à suivre notre feuille de route.

 

La bataille de Nantes va tout de même être intéressante à observer…

D’autres concurrents sont déjà présents à Nantes, sans y être basés. D’ailleurs en un sens, c’est assez valorisant qu’ils aient choisi de s’y implanter. Reste que le marché est ouvert et extrêmement concurrentiel, nous le répétons à chaque fois, donc il faut que nous y développions nos atouts pour pouvoir y croître.

 

Quels sont les premiers retours d’expérience du code-share avec Air France ?

« Cela fonctionne. D’un point de vue qualitatif, cela nous permet d’avoir un canal de vente supplémentaire. »

 

Justement, est-ce-que vos ventes en GDS ont augmenté ?

Les ventes sous code Air France sont souvent apportées par des agences de voyages. Ce partage de code a permis d’avoir un peu plus de ventes via ce canal, ce qui est aussi intéressant au départ des régions pour aider nos nouveautés à s’implanter. Par ailleurs, indépendamment du partage de code, l’offre Transavia est intégralement disponible sur le site Air France, qui est aussi un canal très intéressant.

 

Voilà pour le côté « rétroviseur ». Voyons donc ce qui se présente maintenant « devant » Transavia…

D’abord un très bel hiver 2018-2019. Un hiver avec une offre en croissance de plus de 20%. Nous allons à nouveau beaucoup nous développer à Nantes, avec une offre en siège-kilomètre-offert (SKO) en hausse de 76%, puisque nous maintenons le troisième avion basé l’été durant l’hiver. Nous n’oublions pas Lyon, avec plus de 30% de croissance. Les deux nouvelles routes d’ores et déjà annoncées sont Nantes–Tel-Aviv et Orly–Ténériffe.

 

Normalement, après l’hiver, arrive l’été…

Eh oui, en matière de saisons aéronautiques, il n’y a pas de printemps… Pour nous l’été 2019, ce sera encore une croissance à deux chiffres, avec une offre en hausse de 17%, toujours en SKO, au global. A nouveau une forte croissance de 70% à Nantes, puisque nous allons y ajouter deux avions. 5 nouvelles routes seront ouvertes : Copenhague, Budapest, Mykonos, Santorin et Palerme. De jolies destinations qui devraient intéresser la clientèle du grand Ouest. A Lyon, l’offre devrait augmenter de l’ordre de 15%, avec notamment l’ouverture de Lyon–Beyrouth. Enfin au départ de Paris, il y aura 3 nouvelles routes : Brindisi (Italie), Mahon (Minorque) et Nador (Maroc). Et en parallèle de ces ouvertures, nous continuons d’augmenter nos fréquences sur certaines routes, avec par exemple le passage de 3 à 4 vols par jour l’été prochain entre Paris et Marrakech.

 

Avez-vous des projets d’ouverture de nouvelles bases ?

Nous n’en avons pas prévu pour l’été 2019. Notre réseau est cohérent avec notre taille. Pour le moment, l’idée est de monter en puissance à Nantes – 5 avions c’est important – mais nous continuons aussi à prendre des positions à Paris et à Lyon. C’est également important. Nous renforçons nos positions sur chacune de nos bases.

 

En termes de flotte, quelles sont les évolutions ?

Nous allons recevoir 5 avions à partir de décembre 2018, ce qui portera la flotte totale à 38 appareils en 2019.

Sachant que vous êtes limité à 40 appareils maximum…

Oui nous sommes limités par un accord. Nous le savons, il n’y a pas de changements par rapport au plan de marche à moyen terme que nous avions annoncé qui était de 40 appareils à l’horizon 2020. Des négociations devront avoir lieu pour passer au-dessus de 40.

 

De toute façon, dans le cas contraire, vous arriverez fatalement en butée en termes de développement…

Nous sommes actuellement en phase avec notre plan de marche.

Des nouveautés à venir en matière de produits ?

Il y en a en permanence sur le site, un peu « au fil de l’eau ». D’ailleurs les clients apprécient puisque les parts de nos ventes sur ce canal augmentent. Nous allons lancer un nouveau service disponible sur Google Home sur le marché français. Il a déjà été lancé sur le marché néerlandais. Ce service permet un nouveau mode d’interaction avec nos client, basé sur l’inspiration et la conversation, jusqu’à la réservation du voyage. Il y a une évolution de fond concernant les assistants vocaux. Nous participons aussi à cette évolution en proposant des nouveautés à nos clients.

 

Google Home, pour le moment c’est assez pointu… C’est le genre de chose qui colle avec votre typologie de clientèle ?

Etant donné que nous faisons 20% de croissance tous les ans, notre clientèle se diversifie. Nous avons une clientèle qui couvre toutes les tranches d’âge et qui est d’une grande variété en termes de catégories sociales et professionnelles.

 

Est-ce qu’en matière de politique bagage, vous avez prévu des évolutions ?

Non. Nous avons toujours notre tarif Basic sans bagage en soute et nos tarifs Plus et Max qui autorisent les bagages en soute. Indépendamment de ces tarifs, les clients peuvent aussi acheter des bagages en soute, à part. Et nous avons toujours une politique autorisant un seul bagage cabine, sauf pour les clients Max qui peuvent avoir un bagage cabine et un accessoire. A propos du bagage cabine, nous privilégions les clients qui arrivent tôt à l’embarquement.

 

Et en matière de revenus additionnels, avez-vous de nouveaux projets ?

Nos revenus additionnels augmentent, nous sommes plutôt toujours dans les classiques : bagages, choix du siège, ventes à bord… Des services qui fonctionnent bien. Cela correspond à une demande des clients, qui veulent d’abord le tarif le moins cher et y ajouter uniquement ce dont ils ont besoin.

 

Comment sont répartis vos appareils et comment s’équilibre le réseau ? 

L’été, jusqu’à aujourd’hui, c’était 3 avions à Nantes, 3 à Lyon et 27 à Paris. L’année prochaine, ce sera 5 à Nantes, 3 à Lyon et les autres basés à Paris. Ajoutons que nous pouvons faire de la croissance à Lyon sans forcément y baser plus d’avions. Concrètement, cela veut dire que l’année prochaine nous desservirons 60 villes et 21 pays. Au total, cela fera plus de 100 routes. Dans le détail, à l’été 2019, cela correspond à 19 destinations et 9 pays au départ de Lyon, 52 destinations et 19 pays au départ d’Orly et 24 destinations et 12 pays au départ de Nantes.

 

Comme évoluent vos relations avec les TO ?

Globalement, nous avons toujours cette clientèle tour-opérateur, qui pèse un peu moins de 10% de notre chiffre d’affaires, que ce soit en pur charter ou en allotement. Cette proportion est à analyser en tenant compte de notre forte croissance. Notre réseau s’est beaucoup développé, y compris sur des zones où il n’y a pas nécessairement une activité TO importante. Ce n’est donc pas que la clientèle B2B se soit retirée, ou que nous nous en soyons désintéressés, au contraire, mais plutôt que du fait de notre croissance, la part des TO s’est mécaniquement un peu diluée. C’est une activité qui demeure importante, et nous leur proposons des offres adaptées et un service, avec un service commercial qui se charge de la relation avec le tour operating et le B2B. Nous avons aussi des offres adaptées aux groupes. Etant donné que nous avons des avions avec de grosses capacités, nous les accueillons volontiers sur nos vols. Nous disposons de l’offre qui nous permet de répondre aux demandes des professionnels.

 

 

 

Publié par Mathieu Garcia

Journaliste - Rubrique Transport - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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