Jean-Michel Vernhes, directeur de l’aéroport de Toulouse Blagnac

Transport

Alors que l’Airports Council International (ACI) vient de récompenser le travail mené à l’aéroport de Blagnac, Jean-Michel Vernhes,  directeur de la plate-forme, doit désormais assurer le passage d’un régime institutionnel à celui de structure privatiséeL’aéroport de Blagnac a été désigné en 2006 par l’Airports Council International “meilleur aéroport européen dans la catégorie 5 à 10 millions de passagers”, dites-nous en plus…

L’ACI, qui fédère près de 1 700 aéroports dans le monde, a le souci du développement des plates-formes aéroportuaires dans une certaine harmonie au sein de leur environnement et, pour la première fois, nous avons présenté un dossier aux “Awards” pour la zone Europe. Nous sommes flattés de nous retrouver parmi des lauréats tels que Francfort pour les plus de 25 millions de passagers.

Quels éléments de votre dossier ont joué ?

Nous avions mis en avant notre politique de développement d’une plate-forme régionale qui fait preuve de dynamisme dans ses investissements pour disposer d’installations autorisant un dimensionnement de porte d’entrée du sud-ouest de la France. De même, notre souci de l’environnement et particulièrement des riverains ainsi que notre préoccupation de développement durable ont été bien perçus.

Comment cela se traduit-il ?

Nous avons mis en place dès 2003 une démarche de management global à travers un pôle QSSE (Qualité Sécurité Sûreté Environnement) qui s’assure que tous nos projets prennent en compte ces quatre thèmes. Par ailleurs, nous avons obtenu une série de certifications : Iso 9001 pour la qualité du service client, Iso 14001 pour l’environnement et OHSAS 18001 pour l’aspect santé, sécurité et hygiène au travail. Nous sommes en attente de la certification de l’OACI pour la sûreté.

Pouvez-vous nous faire un point rapide des grands travaux en cours ou en projet ?

Nous avons lancé pour la période 2006-2009 une série de chantiers. Ainsi, nous avons déjà bien avancé dans la mise en place de l’IFBS (Inspection filtrage des bagages de soute) qui, automatique à 100 %, répond aux dernières exigences en matière de sûreté. Sa mise en service se fera début 2007 au Hall C puis au Hall B. C’est un investissement de14,8 ME. En cours également et devant être terminé en février 2007, l’espace commercial dans le Hall B qui passera de 400 à 650 m2 avec l’arrivée de nouvelles enseignes. Enfin, le futur Hall D, pour les vols nationaux et internationaux, qui portera notre capacité à 8,5 millions de passagers par an, a vu ses travaux démarrer en avril dernier pour une mise en service en mars 2009. Cela représente un investissement de 85 ME, et même de 118,5 ME si l’on tient compte des voiries et parkings avions supplémentaires.


Vous ne prévoyez pas de hall spécifique pour les compagnies low cost ?

Non, notre approche de ce type de compagnies n’a pas varié: nous les traitons comme les autres compagnies, c’est-à-dire avec la même qualité de service et aux mêmes conditions économiques. Par exemple, nous accordons des aides incitatives, dégressives sur trois ans, à toutes les compagnies qui créent une ligne nouvelle.


La part de trafic low cost reste stable à 12 %, l’activité charter baisse légèrement (perte notamment de 40 % des charters ski britanniques), cela vous préoccupe-t-il ?

La part des low cost est certes stable, mais les opérateurs en place tels qu’Easyjet et Germanwings ont de très bons résultats. En 2007, l’offre va s’élargir avec l’ouverture de Madrid par Easyjet et l’arrivée de Jet2.com. Quant aux charters britanniques, c’est la conjonction de difficultés de service (accès à l’Andorre perturbé par la météo) et de prix très bas pratiqués par l’aéroport de Gérone qui ont décidé les TO à changer. Mais nos résultats partiels au 30 septembre sont globalement satisfaisants puisque nous progressons de 2,3 % grâce à l’international régulier.

Une révolution est en train de se produire pour les aéroports français auxquels le législateur demande de changer de statut en s’ouvrant à des actionnaires privés ? Quid de Toulouse ?

La loi du 20 avril 2005 s’applique aux grands aéroports régionaux, dont Toulouse. Elle prévoit une ouverture du capital des aéroports, l’État restant majoritaire mais se désengageant à partir de 2013 tout en conservant une concession rallongée de 40 ans, un peu comme pour les autoroutes. Pour Blagnac, bien que notre concession coure jusqu’en 2008, nous avons décidé d’anticiper cette mutation car un appel d’offres international au dernier moment aurait été plus difficile à gérer et incertain. Nous avons donc travaillé dans un groupe de travail avec les autres aéroports à cette anticipation.

Concrètement, que va-t-il se passer et selon quel calendrier ?

La CCI, concessionnaire, va créer en novembre 2006 une société dont elle sera seule actionnaire, y apportera la concession en mars 2007 avant d’en ouvrir le capital à l’État et aux Collectivités territoriales par transformation en société anonyme à conseil de surveillance et directoire. La répartition se fera ainsi : 60 % pour l’État, la CCI conservant 25 % et les 15 % restants allant aux collectivités. Nous avons bon espoir, sous réserve d’un accord de la Commission européenne sur le montage début 2007, de boucler cette opération avant l’élection présidentielle.


Cette arrivée potentielle d’actionnaires 100 % privés va-t-elle changer la donne au plan du management économique au nom de la rentabilité ?

N’allez pas croire que jusqu’à maintenant nous ne faisons pas de bénéfices ! La rentabilité sera en effet une notion nouvelle mais aujourd’hui, ce n’est pas notre priorité et, en tout cas, elle ne passera pas par des efforts sur les seuls effectifs. Dans nos tarifs, nous serons autorisés à prévoir une part de rémunération du capital, ce qui était interdit jusqu’alors. Mais la loi a prévu des garde-fous afin d’éviter qu’au nom du profit, les investissements d’entretien des structures, les pistes par exemple, soient réduits ou négligés. Par ailleurs, la notion de marché et de concurrence demeure et le niveau des prix en reste largement tributaire.

De quels autres leviers jouerez-vous alors ?

Nous développerons la part extra-aéroportuaire de notre CA par l’augmentation des surfaces commerciales (parkings, commerces…). Nous venons d’ailleurs de restructurer notre service développement : tout en restant étroitement partenaires des agences de voyages, nous avons créé un poste de marketing touristique pour cerner l’évolution du marché et les nouveaux besoins.


Bio express

1950 : Naissance à Mazamet (Tarn) où il fait ses études secondaires.

1968/1974 : Prépa au lycée Fermat de Toulouse puis diplôme d’ingénieur (option électronique) à l’Enac (Ecole nationale d’aviation civile)

1982 : Débuts professionnels au Centre régional de la navigation aérienne
Sud-Ouest à Bordeaux Mérignac puis au Contrôle des installations radioélectriques de bord du Service technique de la navigation aérienne (STNA)

1986 : Chef du service de la navigation aérienne en Nouvelle-Calédonie

1993 : Chef du bureau des personnels techniques à la Direction de la navigation aérienne (DNA)

1995 : Adjoint au directeur de la navigation aérienne en charge des ressources humaines.

1999 : Directeur de l’aéroport de Toulouse Blagnac.

Depuis juin 2002 : DG de la CCI de Toulouse conservant la direction de l’aéroport..

Publié par Jean-Pierre Marinot
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