Label sécurité : les TO au pied d’une montagne

Transport

Le label modifiera les méthodes de travail prédit le Ceto.
Les spécialistes craignent les comportements des clients.
Incidence sur les prix et le pouvoir de négociation ?
Le projet de label sécurité présenté par Gilles de Robien vendredi dernier (voir notre édition d’hier) pourrait avoir de lourdes conséquences sur le métier de voyagiste. « C’est un travail long qui va demander de changer nos méthodes de travail, mais c’est une chance pour les TO », prévient René-Marc Chikli, président du Ceto. Derrière les bonnes intentions, nombre de voyagistes reconnaissent être dans le flou : « Il faut comprendre que nous n’avons pas encore toutes les réponses aux questions que les professionnels se posent », reconnaissait Mumtaz Teker, patron du groupe Teker et vice-président du Snav. Déjà, le ministre des Transports demande aux professionnels de réfléchir à la « possibilité d’intégrer parmi les conditions d’annulation du voyage, le refus éventuel du client de voyager sur une compagnie qui ne ferait pas partie des compagnies labellisées ». Du coup, certains TO évoquent la signature d’une décharge en cas de changement d’appareil. « Ce ne peut être qu’une porte de sortie », insiste Isabelle Petit, directrice production de Djos’Air, TO spécialiste de l’Egypte. Cette labellisation n’empêchera pas les modifications d’avant départ. « Quand c’est le cas, nous offrons quelque chose, c’est un geste commercial. Mais si on systématise cette pratique, on risque de voir apparaître des comportements opportunistes de la part des clients au moindre changement d’appareil ou de compagnie. Nous ne pourrons pas donner des cadeaux tout le temps. » Autre interrogation, le prix : « Les audits des avions, qui va les financer ? », se demandent les voyagistes. « Il est probable que nous soyons obligés de revoir nos tarifs à la hausse, vu les marges très faibles générées dans ce métier », prévient la directrice de Djos’Air. « Nous essaierons de ne pas modifier nos prix. Ce coût doit être pris en charge par la compagnie », estime Amin Salama, gérant de Tour Indicom. « Il n’est pas question d’assumer les responsabilités qui incombent aux professionnels de l’aérien. » Depuis la catastrophe, la nature du travail change : « Un tiers des clients me demande la marque et jusqu’à l’origine de l’appareil, glisse Amin Salama. Mais, je ne suis pas sûr que de savoir le nom de la compagnie soit vraiment utile au client. C’est une mesure psychologique, pour les rassurer. » « C’est de la poudre aux yeux, continue un responsable d’un autre TO spécialiste. Par contre, pour moi, les mesures annoncées vont me contraindre d’assurer ma programmation et de négocier quelques sièges à la semaine afin de garantir la compagnie aérienne. Vu la petite taille des TO, ces négociations seront plus difficiles, ce qui va se traduire par une hausse des tarifs de 20 à 25 %. Et comme je pourrais moins rentabiliser mes investissements, je vais diminuer mon offre. » Peut-être même verra-t-on le nombre d’acteurs diminuer soufflait-on à l’issue de la réunion ministérielle.

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