Skyteam veut demander l’immunité anti-trust pour tous ses membres

Objectif : coordonner les horaires et harmoniser les tarifs, mais il faut le feu vert des autorités US.
AF va demander avant fin 2004 la possibilité de faire des code-shares avec Continental et Northwest.
Outre Aeroflot et China Southern en 2005, l’entrée de compagnies associées est prévue dans 6 mois.
Si l’entrée hier de KLM, Northwest et Continental dans Skyteam se concrétise par la réciprocité des programmes de fidélisation et des salons aéroportuaires, l’alliance entend aller beaucoup plus loin dans le domaine commercial. Alors qu’aujourd’hui, Skyteam dispose de l’immunité anti-trust sur les lignes transpacifiques et transatlantiques, permettant notamment à ses membres d’harmoniser leurs tarifs et de coordonner leurs horaires, une extension de cette « facilité » aux nouveaux membres de l’alliance va être demandée aux autorités américaines, d’ici moins de deux ans selon Dominique Patry, directeur des alliances chez Air France. Reste à savoir comment réagiront les autorités anti-trust américaines, notamment sur l’axe transatlantique, où Skyteam détient près du tiers de l’offre en sièges. On se souvient qu’à pareille requête de la part d’American et British Airways, il avait été demandé des contreparties (lâchage de slots à Heathrow) que les deux compagnies n’avaient pas accepté. Par ailleurs, d’ici à la fin de l’année, Air France va également solliciter le Departement of Transport américain (DoT), pour pouvoir voler en code-share tant sur les vols de Continental reliant Paris à Houston et Newark, que sur ceux de Northwest entre Paris et Detroit, et surtout, dans les deux cas, sur les vols en continuation de ces trois hubs US. C’est à ce moment-là qu’Air France pourra bénéficier de la meilleure couverture du territoire américain qu’apporte l’entrée de Northwest et de Continental. A peine passée à neuf membres, Skyteam travaille à l’adhésion d’Aeroflot et de China Southern, qui sera effective « dans 9 à 18 mois », selon Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France. Parallèlement, la mise en place d’un deuxième de cercle de compagnies associées à l’alliance qui utiliseraient la marque Skyteam sans devoir assumer le coût d’une adhésion, devrait être effective dans six mois. Souvent citées, Air Europa, Malev, Middle East Airlines, la RAM, Tunisair, Air Mauritius, mais aussi les partenaires de KLM, Malaysia Airlines ou Kenya Airways, élargiraient le réseau de Skyteam.
Skyteam talonne Star Alliance et distance Oneworld
En intégrant KLM, Northwest et Continental, Skyteam possède 22,4 % du trafic mondial, selon des chiffres de l’association internationale du transport aérien (Iata) fournis par Star Alliance. Alors que jusque-là elle ne détenait que 12,5 % de parts de marché, Skyteam passe devant Oneworld (18,3 %) et talonne Star Alliance (25,4 %). Avec les arrivées prévues d’Aeroflot et de China Southern dans Skyteam, tandis que Tap Air Portugal et South African Airways entreront dans Star, l’écart entre les deux alliances va encore se resserrer : 26,7 % pour Star Alliance, contre 24,6 % pour Skyteam. En attendant, cette dernière prend le large sur les vols transatlantiques, avec 33 % de la capacité offerte sur cet axe, devant Star et Oneworld, toutes les deux à 25 %. En revanche, sur les liaisons Europe-Asie-Pacifique, Star Alliance continue de faire la course en tête avec 30 % de la capacité offerte, devant Skyteam et Oneworld qui sont au coude à coude (respectivement 18 % et 17 %). Idem sur les liaisons transpacifiques où Star, toujours selon les chiffres qu’elle a fournis, possède une part de marché de 34 %, contre 23 % pour Skyteam et 11 % pour Oneworld. Outre les axes intercontinentaux, Skyteam prend le leadership en Amérique du Nord avec 30 % du marché, tandis que les avis divergent concernent l’Europe. Si Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France, indique que Skyteam est leader sans donner de chiffres, Star Alliance revendique elle aussi la première marche du podium avec 20 % du marché, devant Oneworld (17 %) et Skyteam (15 %).
Les alliances aériennes travaillent à réduire leurs coûts
Alors que les alliances ont énormément travaillé sur les recettes, elles cherchent désormais à permettre à chacun de ses membres de réduire ses coûts. Dans ce domaine, « aucune alliance n’a réussi une performance particulière car il n’y a pas de lien capitalistique entre les différents membres », explique Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France. Pour autant, ce dernier veut aller plus loin dans trois domaines. Si la convergence des systèmes informatiques de tous les partenaires apporterait une meilleure approche clientèle dans les comptoirs d’aéroports ou les points de vente, le PDG d’Air France entend dégager des synergies sur les flottes d’avions. Pas tant pour les achats d’appareils que sur la mise en place de standards communs comme pour les équipements des cockpits. Enfin, il espère simplifier les forces commerciales. Par ailleurs, la généralisation de l’e-ticket inteline entre tous les membres (effectif en 2005) dégagera à coup sûr de grosses économies. La flambée du pétrole pousse par ailleurs Star Alliance à étudier la possibilité d’acheter du carburant en commun. Une approche qui laisse sceptique Jean-Cyril Spinetta qui se dit « peu convaincu ». Ce dernier a en effet du mal à imaginer des sociétés comme Total, Shell ou Exxon se laisser impressionner par des groupements aériens pour disposer de rabais sur la quantité. En revanche, il croit plus aux échanges d’expertise concernant les couvertures de carburant.

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