Vols charter : pourquoi légiférer ?

Transport

Volonté que le client TO connaisse la compagnie lors de l’achat du forfait.
Projet d’auditer les compagnies étrangères charter, utilisées par les TO.
Le Ceto favorable à ces mesures qui modifieraient la façon de travailler.
On ne connaît toujours pas les causes de l’accident du Boeing de Flash Airlines en Egypte mais la pression médiatique a poussé le ministre des Transports Gilles de Robien à proposer de compléter la loi de 92 en imposant que « le client qui passe par un tour-opérateur sache au moment de l’achat avec quelle compagnie il va voyager ». Le ministre a parallèlement suggéré que des « audits approfondis » soient effectués sur les compagnies étrangères utilisées par les voyagistes français. « Cela me paraît particulièrement souhaitable en cas d’affrètement de compagnies non européennes », a-t-il précisé. Indiquer le nom du transporteur dans les brochures, « c’est réalisable dans la majorité des cas mais va demander des modifications importantes dans le processus d’organisation du voyage à forfaits », explique René-Marc Chikli, président du Ceto, en rappelant qu' »une grande partie des TO le fait déjà ». Selon le DG d’un TO, « lorsque l’on sort une brochure, on peut donner le nom de la compagnie à 80 % car le plan de transport est quasiment finalisé ». Problème : comment réagira le client lorsqu’il verra les noms des compagnies charter qui lui sont inconnues, qu’elles soient françaises ou étrangères ? Ce déficit de notoriété des transporteurs charter – qui ne remet pas en cause leur fiabilité –, ne va-t-il pas refuser les produits les incluant ? La question se pose vu la cabale qui touche aujourd’hui le charter. « Évidemment, cela peut arriver, sauf si le client recherche ensuite des informations sur la compagnie sur Internet, par exemple », explique Patrice Caradec, DG de VATF. Quant au projet de faire des audits sur les compagnies étrangères utilisées par les TO, René-Marc Chikli se dit favorable « si l’on crée des normes, des labels de sécurité (…) pour montrer que les charters sont aussi bien entretenues que les compagnies régulières ». Et d’ajouter fort justement : « Jusqu’ici nous partions du principe que les autorités de contrôle avaient fait leur travail puisque l’avion était autorisé à voler. »
Davantage de transparence peut poser plus de problème qu’en résoudre
Le projet de Gilles de Robien, ministre des Transports, d’une loi imposant que le client passant par un TO sache au moment de l’achat avec quelle compagnie il voyagera risque de poser certains problèmes. Déjà, si l’on pousse la logique jusqu’au bout, cela posera la question des contrats passés avec des compagnies régulières où le client voyage en fait sur un transporteur partenaire grâce à la magie du code-share. « Je ne compte pas les réclamations des clients qui se plaignent de ne pas avoir volé avec la compagnie prévue », indique le patron d’un TO. Par ailleurs, que se passera-t-il quand une compagnie, charter comme régulière, aura un problème technique sur un avion et sera obligée de sous-affréter dans l’urgence un autre transporteur ? « De plus, sur certains axes à fort flux de trafic où il y a plusieurs vols programmés le même jour sur plusieurs compagnies, comment garantir au client le nom du transporteur ? », s’interroge un professionnel. Quant au projet d’auditer les transporteurs étrangers utilisés par les TO, outre le fait qu’il faudrait le faire également pour des compagnies régulières, il pourrait entraîner des réactions de panique injustifiées s’ils étaient rendus publics, selon Raymond Benjamin, secrétaire exécutif de la Conférence européenne de l’aviation civile (CEAC). « Vous allez créer une situation d’incertitude qui serait une catastrophe, parce que vous allez mettre entre les mains du grand public, aussi respectable soit-il, une information dont il n’est pas capable d’apprécier la pertinence », estime-t-il.

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