Faillites dans l’aérien: il suffirait de 10 centimes…

Distribution
Nicolas Brumelot, cofondateur et président de Misterfly.

Après la liquidation d’Aigle Azur lundi 16 septembre, le dépôt de bilan de XL Airways laisse sur le carreau d’autres dizaines de milliers de passagers. Les compagnies aériennes liquidées n’ont pas de caisse de garantie pour dédommager leurs clients. Nicolas Brumelot, cofondateur de l’agence Misterfly, demande à Iata deux mesures : transparence sur les comptes et création d’une garantie.

 

Des clients « trahis » selon Laurent Magnin, PDG de XL Airways, des clients « lésés » selon Nicolas Brumelot, co-fondateur de Misterfly. Quel que soit le terme, la situation est identique: lorsqu’une compagnie aérienne fait défaut, comme Aigle Azur ou XL Airways, ses passagers doivent repayer leurs billets et ne sont pas remboursés.

 

Pour les agences de voyages qui les revendent, il faut arriver à trouver des solutions sur d’autres compagnies. Ces solutions ont un coût, financier pour les clients mais aussi pour les distributeurs qui passent du temps à les trouver (pour un vol sec) et doivent même les payer de leur poche dans le cadre d’un forfait. Et ce, toujours sans « aucune information sur la santé financière des transporteurs aériens revendus » s’insurge Nicolas Brumelot.

 

Transparence financière

« On découvre au hasard d’une procédure en liquidation que des compagnies aériennes peuvent voler sans que leurs comptes soient certifiés! » tempête le patron de Misterfly. Aigle Azur aurait ainsi « une dette d’au moins 148 millions d’euros ! La présidente du tribunal de commerce d’Evry l’a annoncé le 16 septembre » lors de la liquidation de la compagnie spécialiste des vols sur l’Algérie.

 

Nicolas Brumelot voudrait qu’Iata ait la même exigence vis-à-vis de ses membres (290 compagnies aériennes) qu’envers les agences de voyages. L’association des transporteurs aériens a en effet renforcé ses contrôles sur les agences (paiement du BSP à 15 jours, New Gen ISS) pour les agréer comme revendeurs. Elle préserve ainsi ses membres contre les défaillances d’agences de voyages. A l’inverse, les compagnies sont payées par les clients en direct ou via une agence sans garantie que la prestation soit correctement exécutée. Pour le patron de Misterfly, il faudrait une transparence sur les finances.

 

« Iata et la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC), qui délivre aux compagnies leur Certificat de transport aérien, devraient se sentir concernées par la santé financière des transporteurs. »

 

Création indolore d’une caisse de garantie

Les professionnels du voyage réclament donc une caisse de garantie de l’aérien. Les fonds serviraient à couvrir les remboursements ou l’achat de nouveaux billets. Comment financer cette caisse? Certains évoquent un compte séquestre. La proposition est « un peu radicale » pour Nicolas Brumelot qui privilégie « une méthode indolore ».

 

Le patron de Misterfly suggère d' »ajouter 10 centimes d’euro au prix de tous les billets d’avion ». La démonstration est simple: avec « 4,3 milliards de passagers dans le monde en 2018 (chiffres OACI), on constitue en un an un fonds de garantie de 400 millions d’euros« . Selon le patron de l’agence qui a testé l’Arrondi solidaire, « les gens sont prêts à payer quelques centimes de plus ».

 

Qu’est-ce qui coince ?

« Iata a les solutions » clame Nicolas Brumelot.  Certes mais Iata considère avoir déjà fait un effort de protection du consommateur avec l’accord de novembre 2014 sur les « tarifs de sauvetage ». Pour aider les passagers à revenir chez eux après la défaillance d’une compagnie, les membres de Iata opérant vers, depuis ou à l’intérieur de l’Europe ont accepté de délivrer des billets à tarifs spéciaux dits « rescue fares ». C’est la règle dans le cas d’Aigle Azur, et qui va à nouveau s’appliquer pour XL Airways après le 23 septembre.

 

Obtenir la mise en place d’un fonds de garantie ne sera pas aisé d’abord parce que les compagnies aériennes ont toujours dit qu’elles n’en voulaient pas. L’argument étant que les compagnies vertueuses seraient pénalisées par celles qui se verraient ainsi offrir un blanc-seing pour une gestion plus hasardeuse. Ensuite, sur le plan technique, les décisions au sein de Iata sont prises à l’unanimité… « L’évolution ne pourra arriver que sous la pression des consommateurs » estime Nicolas Brumelot.

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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Vos réactions

  1. Ben voyons…
    Une taxe de plus !
    Vous n’avez rien de mieux ? Entre les taxes carbone, Chirac etc…. Vous êtes comme les politiques : rajoutons une taxe !

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