Frais GDS Air France : Vives inquiétudes au congrès de Manor

Le patron du commercial France d'Air France KLM est descendu dans l’arène

Les 24e journées des dirigeants de Manor, le congrès annuel du réseau de distribution volontaire présidé par Jean Korcia, se sont déroulées à Milan du 17 au 19 novembre. Cette année, un thème s’est invité en dernière minute et a pris une large place dans l’agenda.

 

Ce thème c’est évidemment celui de la surcharge de 11 euros par segment qu’Air France doit mettre en place à compter du 1er avril 2018 sur tous les bookings effectués à travers les GDS. Il est vrai que le sujet suscite de nombreuses inquiétudes. François-Xavier Izenic, animateur des débats, qualifiant même 2018 « d’année zéro » pour des agences construites autour de la technologie GDS.

Quatre solutions de booking  pour les agences à compter du 1er avril

Air France vient d’annoncer qu’à compter du 1er avril tout allait une nouvelle fois changer en termes de distribution. Les agences devront soit passer par son site de ventes directes (agent booking tool), soit, notamment en cas de gros volumes, en se branchant directement sur son inventaire (API), qui sera prêt à être testé à compter du 1er janvier, soit passer par un agrégateur de contenu, soit continuer à utiliser le canal historique de distribution en intégrant une surcharge de 22 euros par A/R.

 

Une décision qui a vraiment du mal à passer en agences. Une réalité que Zoran Jelkic, directeur général marché France d’Air France KLM, a pu concrètement toucher du doigt à Milan, lorsqu’il a passé près de 3 heures sur le grill face à une salle pleine de patrons d’agences Manor résolument opposés au projet de sa compagnie.

 

Sur la forme, les agences dénoncent la décision unilatérale d’Air France

Sur la forme d’abord, la distribution blessée par le fait de ne pas avoir été consultée par la compagnie, en amont de la prise de décision, estime qu’il s’agit d’une attitude peu digne d’un partenaire. Ce à quoi le patron du marché France d’AF KLM répond que pour des raisons qui la lient contractuellement aux GDS, AF ne pouvait pas commencer à aborder le sujet avant.

 

Sur le fond, beaucoup d’inquiétudes liées aux incertitudes

Mais il y a surtout le fond et la perspective de ne jamais pouvoir réaliser les investissements et les développements technologiques pour être prêt dans 4 mois. Comme l’a dit en séance Fabrice Dario, le patron de BDV, « bouleverser à ce point une économie digitale et traditionnelle, en si peu de temps, c’est impossible ».

 

Et Jean- Pierre Mas, président des Entreprises du Voyages d’ajouter : « Air France doit comprendre que notre position n’est pas rétrograde, le modèle économique qui lie compagnies, GDS et agences est certainement à bout de souffle, mais le problème, c’est que vos solutions vont nous ramener brutalement 30 ans en arrière ». C’est-à-dire à une époque où les agences ne disposaient pas d’un outil leur permettant de comparer l’ensemble de l’offre.

 

Et les craintes ne s’arrêtent pas là. Quid, à ce stade, de tout ce qui concerne le message comptable et le back office, si importants pour la facturation et les statistiques, les modifications de PNR ou encore les accords interlines. La liste n’est pas exhaustive. Il y a néanmoins peu de chance que le message lancé par le président des EDV, à savoir « nous demandons un report de cette mesure de manière à ce que nous puissions nous adapter à un produit qui n’est pas encore prêt » soit entendu.

 

Des solutions peu satisfaisantes

Reste que même si le site B2B NDC d’Air France permettait aux agences de travailler sans avoir le moindre problème, on imagine mal ces dernière utiliser un système différent par compagnies, ne serait-ce qu’à cause de la perte de productivité que cela impliquerait. Finalement, seules deux solutions réalistes s’offrent aux distributeurs. Et aucune des deux n’est complètement satisfaisante.

 

La première solution consiste à passer par un agrégateur de contenu NDC ou autre, mission que les GDS sont tout indiqués pour remplir. Georges Rudas, président d’Amadeus France, explique que « la prochaine étape consistera pour Amadeus à prendre la mesure de l’API d’Air France afin d’intégrer les fonctions disponibles qu’elle contient ». Mais dans ce cas-là, quid du modèle économique? Bref qui paie quoi et combien pour utiliser le service ? Et dans quelle mesure la baisse du volume de booking réalisé en GDS va-t-elle impacter les commissions touchées par les agences ?

 

L’autre solution, c’est de continuer à utiliser les GDS. Et là, le problème est double. D’abord il va falloir payer la surcharge. Une pilule que les clients, notamment affaires, risquent d’avaler de travers, si toutefois ils l’avalent (22 euros d’augmentation sur de gros volumes affaires, cela donne tout de suite des montant qui sont loin d’être anodins). Ensuite, à ce stade l’incertitude règne sur le contenu qu’Air France proposera dans les GDS.

 

En effet, on comprend que le contrat qui lie Air France aux GDS prend fin le 31 mars prochain. Et on sait que la compagnie veut que les prochains accords ne soient pas de « full content ». L’idée pour Air France étant de récupérer une forme de contrôle sur ce qu’elle distribue et à qui elle le distribue. Néanmoins ce n’est pas parce que la compagnie ne signe pas un accord de « full content » qu’elle ne peut pas mettre l’ensemble de son offre en GDS.

 

Pour Air France, le congrès de Manor aura été sportif, celui des Entreprises du Voyage, qui commence le 22 novembre, s’annonce épique.

Publié par Mathieu Garcia

Journaliste – Rubrique Transport – Le Quotidien du Tourisme

Me contacter

Vos réactions

Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *