Les voyages scolaires, grands perdants de l’ordonnance sur l’avoir

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L'ordonnance permettant l'émission d'un avoir par les agences de voyages et les tour-opérateurs est difficilement applicable par les spécialistes du voyage scolaire. ©Adobe Stock

Spécialiste des séjours scolaires, ATV Voyages pousse un coup de gueule contre l’ordonnance sur l’avoir du 25 mars dernier, qui met en péril son activité.

 

Interrogé il y a quelques semaines, le gérant d’Assurinco, Stéphan Chaubet – qui compte parmi ses clients de nombreux opérateurs de séjours scolaires – l’assurait : « Pour un opérateur de voyages scolaires, cette ordonnance n’est pas d’une grande aide, car sa mise en application est très difficile ». C’est ce que constate aujourd’hui les spécialistes du secteur, à l’instar de l’entreprise ATV Voyages, qui pousse un « cri de colère » pour dénoncer les effets du texte de loi du 25 mars 2020.

 

L’ordonnance, qui permet aux agences de voyages et aux TO de proposer un avoir d’une validité de 18 mois aux clients dont le voyage a été annulé, est « totalement aberrante » pour des entreprises du voyage scolaire, déjà très touchées avant l’annonce du confinement. Le 1er mars dernier, le ministère de l’Éducation Nationale diffusait en effet un courrier exigeant l’annulation de tous les voyages scolaires, quelle qu’en soit la destination. Avec cette mesure, ce sont 95 % des voyages de groupes organisés par l’entreprise qui ont été annulés.

 

Et l’entrée en vigueur du texte n’a pas arrangé les choses. « Comment a-t-on pu valider une ordonnance qui soit commune aux voyages scolaires, aux voyages groupes et aux voyages individuels alors même que leurs modes de fonctionnement sont totalement différents ! Comment pouvons-nous accepter cette mesure qui nous défavorise et nous entraîne encore plus vite vers le bas ! », alarme l’agence dans un communiqué.

Des frais « compris et acceptés » par les clients

Les particularités des agences spécialisées dans les voyages scolaires rendent en effet compliquée l’utilisation de cet avoir. « Notre activité est marquée par une très forte saisonnalité, la quasi-totalité de nos groupes partent de mars à juin et une seule fois par an. Nos prix de vente sont fixés en fonction des tarifs de nos prestataires. En cas d’annulation, nous appliquons des frais selon un barème noté dans nos contrats », explique ATV Voyages.

 

Or, l’ordonnance prévoit aussi la suppression des frais d’annulation. « Alors que, avant la mise en place de l’ordonnance, ces frais avaient été compris et acceptés par nos clients en les justifiant par notre travail sur leur voyage depuis des mois. A titre d’exemple, le prix moyen d’un voyage est d’environ 400 € par élève, les établissements scolaires et les familles comprenaient tout à fait la pénalité de 40 € par personne (en respectant le contrat de vente) ».

 

ATV Voyages, qui fait part d’une « saison 2020 sans marge et une saison 2021 très incertaine avec peu de marge », lance un appel à l’aide en direction du gouvernement et demande un réajustement de l’ordonnance permettant aux spécialistes des séjours scolaires de pouvoir appliquer les frais de pénalités du barème, soit 40 € par personne.

Publié par Brice Lahaye
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Vos réactions

  1. Bravo à ATV VOYAGES pour cet article et merci d’avoir osé dire ce que tout le monde pense tout bas !
    Les voyagistes scolaires sont bien évidemment « punis » d’autant plus, et nous en avons fait l’expérience, certains chefs d’établissement scolaire n’hésitent pas à nous mettre « sous le nez » les textes réglementaires en s’en référant aux instructions de leur rectorat et de leur ministère de tutelle !
    Cette ordonnance est non seulement un non-sens pour les voyagistes scolaires mais également pour tous les autres voyagistes (clientèle individuelle et groupes) et les engagements à l’étranger ou avec les compagnies (qui comptent des frais) sont parfois très importants et irrécupérables !
    Nous sommes un petit voyagiste généraliste et pour nous, l’ordonnance du 25 mars 2020 est mi-figue, mi-raisin, elle protège avant tout le consommateur (ce qui est très bien) mais celle-ci a été rédigée par des bureaucrates qui ne sont pas des chefs d’entreprise. Et d’ailleurs, nous constatons que la plupart des TO contournent les termes de cette ordonnance en prenant des réserves du type » le prix pourra être revu à la hausse … (tiens donc !) ou à la baisse (mon œil !) » … ou du type » le prix sera ajusté en fonction des tarifs en vigueur aux nouvelles dates … »
    En tant que chef d’entreprise, nous sommes tout-à-fait en phase avec vos commentaires, nous devons pérenniser nos outils de travail et même si nous avons intérêt à conserver nos clients, nous ne souhaitons pas non plus être obligés de négocier à mort avec les prestataires aériens ou terrestres pour obtenir les mêmes conditions de prix. Nous n’avons jamais fonctionné avec cette politique qui consiste à « étrangler » les prestataires, nous avons toujours contribué à les faire vivre décemment pour conserver cette valeur dont tout le monde a besoin. A priori les bureaucrates cités plus haut n’ont jamais entendu parler du terme « inflation » et de la notion de « l’offre et de la demande » … Nous craignons que beaucoup de prestataires (compagnies et réceptifs) ne puissent pas garantir les mêmes tarifs. Beaucoup de faillites (ce que nous ne souhaitons absolument pas) risquent de se produire d’ici le départ tant en ce qui concerne les compagnies, que les hôtels ou les autres prestataires et la demande risque d’être plus forte que l’offre l’année prochaine … Ce qui pourrait avoir un impact sur les prix. L’inflation n’est pas aussi un vain mot et elle est galopante sur la terre entière ! Cette crise associée à la planche à billets (d’un seul coup, l’argent est devenu magique avec E.Macron !) va aussi générer un appauvrissement de la France déjà très largement endettée et une décroissance incroyable !!!
    Nos charges continuent de tomber et le chiffre d’affaires a été réduit à néant sur plusieurs mois. Même si le gouvernement aide un peu, cela ne compense pas tout. Dans la plupart des cas, il faut donc que les clients fassent preuve d’un peu de « solidarité » avec les agences et de « reconnaissance » pour tout le travail que cette ordonnance occasionne sans s’en référer systématiquement aux médiateurs du tourisme dont les dossiers risquent de s’accumuler !
    D’autre part, concernant les assurances annulation, nous comprenons qu’elles ne soient pas remboursables mais E.Macron a demandé aux assureurs de faire des efforts et de mettre la main à la poche. Or, nous n’avons encore rien vu de concret à ce sujet jusqu’à présent. Selon la politique de l’ordonnance, les assureurs devraient revoir leur position en acceptant le report dans le temps de l’assurance annulation. Dans la plupart des cas, cette assurance a été payée et dans la mesure où très peu de sinistres avant départ ont été déclarés (d’autant plus que les compagnies excluent les annulations pour cause d’épidémies), elle devrait être reconduite de manière systématique selon la nouvelle date de départ. Les assureurs devraient être solidaires des TO et des agences de voyages et jouer le jeu !
    Bon courage à toute la profession et battons-nous pour que des aménagements à cette ordonnance soient mis en place !
    Françoise Bukhari – MOUVANCE VOYAGES
    https://www.mouvancevoyages.com

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