Emploi : Pourquoi est-il si difficile de recruter en agence ?

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Les offres d’emploi en agences de voyages ont rarement été aussi nombreuses. La moitié d’entre elles concernent des postes de conseiller voyage. Pour autant, les employeurs reçoivent trop peu de CV et peinent à recruter.

 

Le constat est partagé par la majorité des professionnels. Les candidats à l’embauche manquent et depuis plusieurs mois les agences de voyages ne parviennent plus à compléter leurs équipes. Pour Bernard Boisson, directeur général de Voyages E. Leclerc, « le réservoir de profils qualifiés est de plus en plus faible. Qu’il s’agisse des postes de conseiller voyage ou de chef de comptoir, les recrutements sont de plus en plus compliqués ». Même constat pour Emmanuel Foiry, président de Kuoni Voyages, qui déplore une situation devenue particulièrement tendue: « Le métier de commerce en off-line souffre énormément. On peut parler d’une pénurie en agences de voyages, on n’arrive pas à avoir assez de vendeuses et de vendeurs, de gens qualifiés ».

 

Ces difficultés de recrutement touchent l’ensemble des métiers du secteur. « Les tensions sont présentes aussi sur les postes de tour operating, les profils de production, les billettistes, les emplois aériens ou le voyage d’affaire, précise Charles de Vivie, président de la commission des affaires sociales des Entreprises du Voyage (ex-Snav). Mais les emplois de conseiller voyage sont particulièrement touchés. Chaque année, les agences recrutent près de cinq mille personnes, tout postes confondus. Depuis 2017, et notamment depuis l’élection présidentielle, nous sommes face à une accélération des recrutements. Les besoins augmentent du fait des renouvellements de postes, mais aussi des ouvertures de points de vente. » Certaines entreprises recherchent une vingtaine de collaborateurs supplémentaires en permanence.

 

Si la situation désarçonne les entreprises du secteur, habituées à recevoir un nombre important de CV pour chaque annonce publiée, elle profite aux cabinets spécialisés dans le recrutement. « Les délais de recrutement se sont allongés, notamment en régions. Il y a deux ans, la situation était complétement différente, avec une pléthore de candidats et peu d’offres », explique Sophie-Caroline Dubois, manager division Hôtellerie et Tourisme pour le cabinet de recrutement Michael Page. « Les postes juniors sont toujours plus faciles à pourvoir. Ceux à forte valeur ajoutée, notamment dans le voyage haut-de-gamme, posent davantage de problèmes. Les exigences des employeurs sont également de plus en plus précises sur des compétences très spécifiques, ce qui a tendance à rallonger les délais de recrutement. »

 

Les profils recherchés par les employeurs ont évolué, avec davantage d’exigence sur les connaissances techniques, les destinations, les capacités commerciales, la maîtrise des langues étrangères, la bonne expression orale et écrite. Et les employeurs peinent parfois à retrouver ces qualités chez les candidats. Pour Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage, l’inadéquation entre la formation et les besoins explique ces difficultés de recrutement : « Lorsqu’un jeune intègre une école de tourisme, il veut être chef de production dans un TO. Or nous avons besoin de billettistes et de commerciaux. Actuellement, nous réfléchissons avec nos partenaires à la refonte des programmes, essentiellement du BTS, pour que les étudiants soient mieux formés aux besoins du marché. »

 

Face à cette pénurie de candidats, certains mettent en cause le manque d’attractivité du secteur. Bernard Boisson regrette que seul le tiers des diplômés reste dans le métier. Les étudiants ont également tendance depuis plusieurs années à bouder les formations. « Les métiers en agences souffrent d’une image surannée. Le off-line attire moins que le on-line considéré par les étudiants comme un secteur d’avenir », explique Charles de Vivie. « On prédisait la mort des agences de voyages il y a cinq ou dix ans, mais elles continuent à attirer de plus en plus de clients. Les entreprises doivent prendre cette problématique à bras-le-corps pour rajeunir leur image. »

 

Un autre aspect peut expliquer cette perte d’attractivité, celui des salaires, réputés peu élevés. « Pendant des années, les agences ont bénéficié d’une main-d’œuvre motivée et peu chère. Aujourd’hui, à 1500 euros brut par mois, notamment en région parisienne, on ne peut plus attirer les candidats », ajoute Charles de Vivie. « A 1800 euros, l’intérêt est plus grand. Les candidats ont bien compris qu’ils pouvaient faire jouer la concurrence sur les salaires. Pour autant, les marges restent faibles en agences et limitent de fait la capacité d’augmenter significativement les rémunérations. Les employeurs peuvent faire jouer d’autres arguments : les conditions de travail au sens large, les tickets restaurant, l’intéressement, la participation, les éductours. Je suis convaincu que nous sommes dans une période de transition. » Pour Sophie-Caroline Dubois, de Michael Page, une à deux années seront nécessaires pour que l’offre et la demande de candidats se réajustent.

 

Au-delà de la refonte des formations et du rajeunissement de l’image du travail en agences, les organisations professionnelles envisagent de nouvelles pistes pour compléter leurs équipes. Les Entreprises du Voyages ont développé des partenariats avec des entreprises et des organismes de formation, pour aider au repositionnement des formations et des entreprises, et avec le Seto pour valoriser le métier. Désormais, certains groupes, comme Kuoni, commencent à penser à une nouvelle approche des recrutements. Ils envisagent de miser un peu plus sur les qualités et le comportement général des candidats, plutôt que sur la formation initiale, quitte ensuite à former les salariés en interne. Un parti-pris déjà expérimenté et adopté depuis de nombreuses années par d’autres entreprises du secteur touristique, comme Accor ou Club Med.

Attirer les candidats avec des événements

La tendance se confirme. Les entreprises misent de plus en plus sur des journées de recrutement pour attirer et séduire les candidats, embaucher et constituer un vivier de profils prometteurs. La méthode est déjà bien en place dans des groupes comme Disneyland Paris, Club Med ou la SNCF. Chaque année, Disneyland Paris organise plusieurs événements de recrutement dans des villes européennes afin de pourvoir près de 8000 postes en CDI et des contrats saisonniers. Le Club Med recrute mille GO et GE pour ses villages. Le matin, les candidats assistent à une présentation de l’entreprise et de son fonctionnement, l’après-midi est consacré aux entretiens de recrutement en tête à tête. D’autres acteurs du secteur ont adopté ce type d’événement. Le 20 janvier dernier, le zoo de Beauval a ainsi organisé son propre forum de l’emploi pour former ses équipes saisonnières. Croisieurope recevait les candidats présélectionnés lors de sa journée de l’emploi le 1er mars à Paris, Lyon et Strasbourg pour des emplois de commissaire de bord, chef de cuisine, serveurs, animateur de croisière ou matelot. La compagnie aérienne Vueling a, elle aussi, proposé une journée portes ouvertes fin janvier, dans un hôtel Hilton à Paris, pour recruter du personnel navigant pour ses bases de Paris-Orly et Roissy-Charles-de-Gaulle. Les agences de voyages emboîtent le pas. Kuoni s’est laissé séduire par cette formule plus conviviale qui permet de faire découvrir l’entreprise et les équipes, dans l’agence rénovée du boulevard Malesherbes à Paris. Quatre à cinq postes sont à pourvoir dans les agences du réseau en région parisienne. Une belle occasion également de valoriser son image employeur.

Publié par Caroline Kervennic
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Vos réactions (5)

  1. Pour ma part j’ai tenter à plusieurs reprises de me diriger vers le tourisme mais sans succès !! sans aucunes possibilités de formations même via pôle emploi !! malgré le fait que je possède 27 ans d’expérience dans le transport aérien dont 10 ans en compagnie aérienne , que je connaisse très bien ma géographie , que je parle anglais et que je sois passionnée de voyages ayant moi même beaucoup voyagé alors que faut il faire ??

  2. C’est un juste retour des choses.
    On a longtemps préféré embaucher des BTS MUC ou prendre des alternants plutôt que des diplômés en tourisme.
    On ne peut pas leur demander de revenir dans ce secteur avec de grandes exigences, des salaires aussi bas et peu de perspectives d’évolution.
    Il faut voir les annonces: maîtrise PARFAITE d’Amadeus, bilingue voire trilingue, horaires parfois décalés, 3 à 5 ans d’expérience minimum dans le tourisme, … Tout ça pour être vendeur au SMIC (ou presque)!

    1. Tout à fait d’accord, des salaires trop bas, peu ou pas de possibilité de formations (incluant e-learning, formations en présentiel/distance et éductours), des exigences toujours plus larges…
      On m’a reproché récemment d’avoir trop d’expérience (10 ans!), et/ou trop chère (pourtant venant d’un petit TO de 25 personnes), il arrive un stade où il faudrait aussi se donner les moyens d’attirer et d’embaucher du personnel qualifié quand il se présente…

  3. L entreprise veut les gens avec beaucoup expériences. Si nous n’avons pas l occasions de travailler dedans ou on peut avoir ces expériences demandées…. paradoxales

  4. Sans être rancunière, il s’agit d’un juste retour de baton.
    A 40 ans, après 15 ans d’activité gestion/vente (en assurance), une reconversion au métier de Conseiller voyage validée par un Titre Professionnel de 1 an avec 5 mois de stage en agence, un diplome validé, des lettres de motivation personnalisées à chaque agence contactée, une formation au e-tourisme pour créer des newsletters/blog/site internet/page facebook. 1 an de recherche avant de me résigner et retrouver un emploi en 1 semaine dans mon ancien secteur.
    Leurs reproches : pas assez d’expérience en agence, pas maitrise parfaite d’Amadeus en 8 mois, pas assez de voyages longs courriers !! c’est quand même cher les longs courriers en famille, trop à l’écoute et pas assez vendeuse, ils ne donnent pas la chance d’entrer dans le métier.
    Mes reproches : ne répondent pas au candidatures (c’est irrespectueux pour les candidats qui font l’effort de se renseigner sur leur agence), ne sont pas toujours honnetes (les frais selon les clients m’a laissé cette image du commerce désué qui gruge les nouveaux clients, « les outils du e-tourisme ? mais ça sert à rien, nos clients ne vont pas sur internet !! » (ils sont naifs à ce point!).
    Je suis contente d’avoir essayé mais c’est un métier de commerce et pas seulement de passion des voyages.

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