Grèves: et si le télétravail devenait normal chez les TO?

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A l'instar de chez Misterfly (ci-dessus), les TO ont dû composer avec les difficultés de transport de leurs employés pendant les grèves.

Avec plus de 45 jours de grève dans les transports franciliens, l’organisation du travail a été chamboulée dans les entreprises. Les tour-opérateurs, nombreux à Paris et en région parisienne, ont dû s’adapter. Une phase moins difficile pour ceux qui avaient déjà organisé le télétravail au sein de leurs entreprises. L’occasion de lancer la réflexion ?

 

Temps de trajet et absences des collaborateurs, évolution des mentalités et exigences des candidats, en termes de télétravail, les TO ont appris à s’organiser, même s’il n’existe pas d’accord de branche. Ceux qui ont signé un accord ou élaboré une charte sur le télétravail sont rares.

Dans l’étude Seto réalisée en 2018 par le cabinet Aon-Hewitt auprès de 25 membres du syndicat (dont 17 sociétés de plus de 100 collaborateurs), seuls 5 TO avaient un accord collectif. On y retrouve les plus grosses entreprises (TUI, Thomas Cook en son temps, Kuoni…) qui ont négocié avec leurs représentants du personnel. « Nous avons un accord en vigueur depuis 2015 qui encadre le télétravail régulier » indique Charles de Vivie, DRH de Travelab/ Kuoni. Une démarche liée au déménagement de l’entreprise à Saint-Ouen (93) qui a rallongé les temps de trajet de plusieurs salariés.

 

Un simple échange d’e-mails

Toutefois, la plupart des entreprises profitent de la souplesse des ordonnances Macron de 2017 pour octroyer un télétravail à leurs salariés du siège, soit ponctuellement, soit comme base de collaboration. Les patrons qui pratiquent le télétravail « pour certains postes » et en fonction des « contraintes des services » s’en félicitent.

« Les chiffres de productivité sont bons » confirme Hélion de Villeneuve, DG d’Austral Lagons qui compte habituellement près de 20% de personnes en  télétravail.  Même satisfaction chez TUI France où 28% des salariés sont en télétravail 1 à 2 jours par semaine.

Chez Kuoni où 80% des postes sont éligibles au télétravail, 30% des collaborateurs du siège, soit 50 personnes, le pratiquent à raison de 2 jours en home office et 3 jours dans l’entreprise. Chez Asia, « cela représente 15% des équipes sur un total de 130 salariés dont 90 au siège » précise Julien Beaufreton, DAF du TO.

 

 

Une pratique assumée ou pas

Le sujet reste cependant tabou dans plusieurs entreprises, comme s’il s’agissait d’un passe-droit qui risque de « faire polémique ». Des TO n’ont pas donné suite à nos demandes, d’autres semblent y avoir recours sans le vouloir. « On a quelques contrats » reconnaissent certains discrètement.

Tandis que chez Misterfly, par exemple, où les Gilets jaunes ont rendu les locaux de l’entreprise –derrière les Champs-Elysées- inaccessibles, le télétravail a été rapidement et largement mis en place l’an dernier.

Ainsi les 5 et 6 décembre, avec seulement 25 personnes présentes sur un total de 192 au siège, la plateforme est restée « 100% opérationnelle » y compris sur « le service clients » !

 

Le télétravail pour qui ?

Tous les postes ne sont pas facilement ouverts au télétravail. Chez des TO spécialistes comme Asia ou Austral Lagons, le télétravail est accordé à des collaborateurs « seniors », c’est-à-dire qui ont de l’ancienneté. « Ils connaissent tous nos process sur le bout des doigts » explique Hélion de Villeneuve qui a ainsi pu conserver des « experts de ses destinations » qui partaient en province suivre leur conjoint muté.

Chez Asia aussi, ce sont des collaborateurs « avec 5 à 7 ans d’ancienneté qui ont choisi de s’installer en province ou à l’étranger ». « On les considère parfaitement autonomes, sur des fonctions support ou ventes, pour les appels sortants uniquement » précise Guillaume Linton, président d’Asia. « Il est plus compliqué de le faire pour des équipes du call center pour lesquelles les appels entrants sont traités au siège » argumente-t-il.

Chez Kappa Club aussi, on estime « le présentiel nécessaire pour les appels téléphoniques ». L’entreprise qui s’est dotée d’une charte de RSE n’y a pas inclus le télétravail. « Il est plutôt utilisé en dépannage, ponctuellement, pour un problème de garde d’enfant, par exemple. »

 

Des freins à la mise en place

Le télétravail a un coût. Si les collaborateurs peuvent utiliser leur ordinateur personnel ou portable de bureau, d’autres doivent être équipés, «avec les licences de logiciels nécessaires » souligne le DRH de Kuoni. « Il y a aussi la bande passante et l’hébergement des provinciaux lors de leurs semaines de travail au siège à Paris », indique Hélion de Villeneuve.

« C’est surtout une question de frein psychologique », analyse Charles de Vivie qui rappelle qu’au début, chez Kuoni, seuls « 20% des postes étaient considérés éligibles au télétravail ». D’abord, il faut l’accord des chefs de service qui doivent apprendre à « faire confiance », rappelle le DRH d’autant que « la confiance n’exclut pas le contrôle et puis un télétravail reste réversible». Ensuite, tous les salariés ne souhaitent pas travailler chez eux (manque de place, d’équipement, de tranquillité, d’interaction avec les collègues…).

Pour TUI, l’avantage du télétravail, c’est « l’agilité dans l’organisation du travail » et « la possibilité de faire face à des situations exceptionnelles » avec pour le salarié  « une amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle ».

 

Faire face aux grèves et autres aléas…

Durant la grève des transports, « On a accordé quelques aménagements temporaires pour faciliter la continuité de l’activité » nous explique-t-on chez Asia. La direction des ressources humaines a « largement encouragé et favorisé le télétravail pour les collaborateurs du siège » signale TUI France.

« Cela nous a permis de passer le cap, surtout pour les amplitudes horaires, explique Hélion de Villeneuve. Globalement, tout le monde est venu travailler mais en retard le matin et en partant tôt le soir. Ceux qui étaient en télétravail ont pu assurer les ouvertures et fermetures. »

Malgré les problèmes de transport. « Certains se sont levés à 4h du matin, ont marché 10km par jour » détaille Charles de Vivie qui note « un courage et une abnégation qui forcent l’admiration ».  Quelle que soit la situation, « grève, journée neige, problèmes techniques à la SNCF, le télétravail servira toujours » considère le DRH.

 

Un argument de recrutement ?

Charles de Vivie en est persuadé, « le télétravail est positif pour l’entreprise, son climat social ». Chez Kuoni, installé sur la fameuse ligne 13 du métro hyper saturée, le télétravail est aussi un argument RH. « Nous avons évité des départs et favorisé des recrutements notamment à la résa. »

Autre paramètre, l’enjeu du recrutement. Tous les patrons de TO que nous avons interrogés en conviennent: pour les Millenials, le télétravail est « une évidence, la technologie existe ». « L’important est de conserver la culture d’entreprise malgré la distance » estime Hélion de Villeneuve.

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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Vos réactions (2)

  1. Chez Tropicalement Vôtre, ces grèves ont été l’occasion de mettre à plat les procédures et outils de télétravail, et d’étendre cette pratique à (presque) toute l’entreprise.
    Auparavant, seuls quelques postes étaient éligibles, notamment pour les collaborateurs dotés d’un ordinateur portable et dont la présence en agence n’était pas indispensable.
    Cela a été rendu possible par les nouvelles technologies, notamment la possibilité pour nos commerciales (conseillères voyages) d’appeler les clients et prestataires depuis chez elles comme si elles étaient en agence.
    L’an dernier, l’une de nos commerciales a même pu s’expatrier tout en continuant à travailler pour Tropicalement Vôtre. Pourquoi se priver d’un bon élément qui a décidé d’aller vivre ailleurs ? 😉
    Désormais, les outils, logiciels, licences et paramétrages requis pour travailler à distance sont détaillés dans un document disponible à tout les collaborateurs.
    Contrainte : il a été nécessaire de changer certains équipements personnels de collaborateurs, pour qu’ils ne soient pas pénalisés par des matériels inadaptés ou obsolètes.
    Bref, « à quelque chose, malheur est bon », comme dit le dicton, et ces grèves nous ont fait évoluer !

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