Liquidation d’ XL Airways, la lettre d’adieu de Laurent Magnin, PDG

Transport
Laurent magnin

Vendredi 4 octobre, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé la liquidation sans poursuite d’activité de XL Airways. Quelques heures après cette décision, Laurent Magnin, président de la compagnie aérienne, adressait un communiqué intitulé « l’Adieu aux Larmes ».

 

Le patron de XL Airways déplore le gâchis social (570 personnes au chômage) et évoque « des introspections » .

« En ce jour funeste et 7 jours après notre soeur française Aigle Azur, la compagnie XL AIRWAYS est liquidée. Le mot liquidé nous, les 600 de XL Airways nous le revendiquons.
C’est dans une infinie tristesse que nous disparaissons. Des clients abandonnés et 570 personnes sans travail. Il y aura beaucoup de choses à dire sur cette série noire sans précédent pour l’aviation civile française. Des raisons, il y en a toujours plusieurs. A nous d’y voir clair dans nos introspections et dans ce qui est extérieur, pour apporter une contribution à ce désastre. »

 

 

Un jour noir pour l’aérien français

Pour autant, Laurent Magnin reprend son cheval de bataille: la défense du pavillon français. Il estime les plans de reprise d’Aigle Azur et de XL Airways « humiliants ». Il rappelle la fragilité économique des compagnies françaises: « que ceux qui vivent et survivent ne se trompent pas« .  Tous sont en danger faute d’appui politique et économique selon le patron de la compagnie qui annonce « d’autres catastrophes ».

« Depuis des années j’alerte sur la fragilité inouïe de notre pavillon face à une concurrence ne disposant pas des mêmes armes et que nous subissons. Les résultats de nos compagnies françaises ne sont pas à la hauteur et ne nous protègent pas.
Ce qui vient de se passer est une humiliation. La médiocrité des plans de reprise pour les deux compagnies restera comme un jour noir. Et que ceux qui vivent et survivent ne se trompent pas. Si rien n’est fait dans les prises de conscience politique, économique et publique, d’autres catastrophes se produiront.
A une ou deux exceptions près, les résultats de nos compagnies, à commencer par la plus grande, ne peuvent en aucun cas nous faire fanfaronner. Seuls l’humilité et le travail nous referont prendre des parts de marché. Nous en perdons depuis 20 ans, tous ! Cet échec est collectif, même si chacun et je le sais, à commencer par moi, doit mesurer les choses faites ou non en termes de stratégie et de moyens. »

 

« Il appartient à notre corporation [Iata] d’apporter des réponses »

Xl Airways était largement programmée par les tour-opérateurs et vendue en agences de voyages. La compagnie avait une politique très dynamique de formation et d’incentives auprès des professionnels du tourisme. Ses prix très concurrentiels avaient de quoi convaincre. Le président d’XL a un mot pour tous ses clients, professionnels et particuliers. Il rappelle qu’il n’y a pas de « réponses » puisque Iata ne prévoit pas de solution en cas de faillite d’un de ses membres [hormis les « rescue fares » en Europe, NDLR].

« Dans notre disparition il y a un élément majeur, et le nier serait dramatique. Nos clients directs, nos amis agents de voyages, distributeurs et tour-opérateurs subissent de plein fouet nos faillites. Sur 100% des faillites de l’aérien, les clients perdent leurs billets et se trouvent bloqués à destination dans le cadre de l’arrêt brutal des opérations. Il appartient à notre corporation d’apporter des réponses. Les grandes compagnies sont réticentes, sûres de ne jamais disparaitre. Elles oublient, pour les trois plus grandes en Europe, qu’en 70 ans les Etats les ont sauvées dix fois chacune. Sinon elles seraient tombées. Les Américains, toujours plus malins, ont inventé le merveilleux chapter 11 pour renaitre comme des Phoenix. J’ai soixante ans et j’ai vu tout ça. »

 

« L’aérien français et ses échecs doit se reprendre en main »

Laurent Magnin qui reconnaît l’appui du secrétaire d’Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, appelle à un changement des règles, à une prise de conscience d’une nouvelle demande pour le point à point.

« La rage qui m’habite malgré la défaite reste intacte. Nous n’avons sans doute pas répondu avec assez d’intelligence à cette concurrence, dont une partie a déjà disparu ou frôle la faillite. Quelle injustice pour la compagnie qui avait le plus beau et le plus étonnant réseau de l’aérien privé français ! Quelle injustice pour mes XL avec qui nous avons pris tant de risques en étant pourtant si prudents. Quelle injustice pour une des compagnies dont la maitrise des coûts était réelle et qui était si souvent… la moins chère.
L’aérien français et ses échecs doit se reprendre en main. Des acteurs solides, capitalisés, des syndicats au coeur de la stratégie de reconquête sans être obsédés par le corporatisme. Un Etat dont les ministres et les élus comprennent enfin comment les taxes ou l’absence de simplification, le coût de la sûreté, les charges, nous tuent. Un secrétaire d’Etat aux Transports comme Jean-Baptiste Djebbari qui ne pense pas qu’au train et au routier. Il nous faut cela pour l’avenir, des interlocuteurs joignables à chaque instant pour avancer sur l’aérien, qui lui bouge très vite.

Le premier pays touristique du monde doit se reprendre en main et se faire craindre de ses concurrents aériens. Les hubs du Golfe vont redescendre, les gens veulent des vols directs. La bataille n’est pas low-cost, elle est en point à point, même écologiquement. »

 

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières infos par E-mail.
Réagir à l'article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *