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Destination

Canada : une destination résiliente qui doit réinventer sa valeur ajoutée, selon Patrice Caradec

Lors de la conférence de presse organisée par Air Transat, le président du SETO a livré une analyse sans détour de l’évolution du marché canadien dans la distribution touristique française

Si la destination démontre une remarquable résilience dans un contexte difficile pour le tour-operating, elle fait également face à de nouveaux défis structurels qui obligent les professionnels à repenser leur approche.

Alors que le marché des voyages organisés connaît un recul d’environ 7 % sur la saison estivale, le Canada continue de faire figure d’exception. « Le Canada résiste », souligne Patrice Caradec. Les premières estimations à fin mai laissent apparaître une évolution comprise entre -0,2 % et +0,5 %, un résultat particulièrement solide au regard de la conjoncture.

Cette stabilité contraste fortement avec la situation des États-Unis, en recul d’environ 35 % après avoir déjà enregistré une baisse similaire en 2025. « Il y avait clairement des parts de marché à prendre », observe-t-il. Pourtant, malgré ce contexte favorable, le Canada n’a pas enregistré la progression espérée.

 

Un marché qui échappe progressivement aux tour-opérateurs

Pour Patrice Caradec, l’explication est avant tout structurelle. Les tour-opérateurs ne représentent plus aujourd’hui le poids qu’ils avaient autrefois sur la destination. Là où ils constituaient il y a quinze ou vingt ans le principal canal de commercialisation du Canada, leur part de marché s’est progressivement érodée au profit des réservations directes.

« Nous sommes passés d’un marché où le tour-operating faisait partir la majorité des clients vers le Canada à un marché où les voyageurs organisent eux-mêmes leur séjour », explique-t-il.

Ancien dirigeant de Vacances Transat pendant deux décennies, Patrice Caradec rappelle le rôle historique joué par les professionnels français dans la promotion du Québec. Les circuits accompagnés et les voyages organisés ont largement contribué à faire découvrir la destination à plusieurs générations de voyageurs.

Mais ce succès a eu un effet inattendu : les liens créés entre visiteurs français et prestataires locaux ont favorisé le développement des réservations directes. « Nous avons amené les clients là-bas, créé des habitudes de voyage, et aujourd’hui beaucoup d’hôteliers ou de réceptifs traitent directement avec eux », constate-t-il.

 

Une pression croissante sur les capacités d’accueil

Autre facteur de tension : la forte demande domestique québécoise. Avec la baisse des déplacements vers les États-Unis, de nombreux Québécois choisissent désormais de passer leurs vacances dans leur propre province.

Cette clientèle locale, souvent prête à dépenser davantage, occupe une part importante des capacités hôtelières, notamment dans les établissements de loisirs situés dans les régions nature prisées par les visiteurs français.

La Mauricie illustre parfaitement cette situation. « Les meilleurs établissements sont très occupés, particulièrement les week-ends. Les hôteliers privilégient naturellement la clientèle locale lorsqu’elle est prête à payer davantage », explique Patrice Caradec.

Cette évolution rend plus complexe la commercialisation des forfaits par les tour-opérateurs, qui peinent à sécuriser des allotements et des tarifs compétitifs.

 

Le Canada n’est plus un long-courrier bon marché

L’autre transformation majeure concerne le coût global de la destination. Si l’accessibilité aérienne reste bonne grâce à des capacités importantes et à des tarifs relativement attractifs, les prestations terrestres ont fortement augmenté.

« Il y a quinze ans, le Canada était considéré comme un long-courrier abordable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », affirme Patrice Caradec.

Hébergement, restauration et activités affichent désormais des prix nettement supérieurs à ceux observés il y a quelques années. Les voyageurs français découvrent également sur place les spécificités nord-américaines : taxes non incluses dans les prix affichés et pourboires qui viennent alourdir la facture finale.

Dans un contexte où le budget vacances des Français reste contraint, cette hausse des coûts pèse sur la compétitivité de la destination.

 

L’hiver canadien, un potentiel encore sous-exploité

Pour autant, Patrice Caradec demeure convaincu que le Canada dispose d’atouts considérables, en particulier sur la saison hivernale.

Selon lui, la destination doit davantage miser sur l’expérience que sur le simple produit touristique. Les grands espaces, la motoneige, les activités nordiques, l’immersion culturelle et l’accueil québécois constituent une proposition de valeur unique.

« Le Canada a tous les atouts pour séduire une clientèle en quête d’expériences authentiques », estime-t-il.

Cependant, la destination souffre de la comparaison avec la Laponie, devenue ces dernières années le phénomène du tourisme hivernal. Plus proche, plus facile d’accès et parfaitement adaptée aux modèles traditionnels du tour-operating, la destination nordique a su capter une grande partie de la demande.

Aujourd’hui, les volumes réalisés par les tour-opérateurs en Laponie seraient jusqu’à quinze fois supérieurs à ceux enregistrés sur le Québec en hiver.

 

Une programmation Air Transat qui accompagne l’évolution du marché

Dans ce contexte, la programmation canadienne d’Air Transat conserve toute sa pertinence. La compagnie continue de soutenir une desserte importante vers le Canada, offrant aux professionnels du tourisme les outils nécessaires pour construire des produits différenciants.

Pour Patrice Caradec, l’avenir du Canada ne réside plus dans les modèles de tourisme de masse qui ont fait son succès par le passé. La croissance passera davantage par des offres expérientielles, à forte valeur ajoutée, capables de justifier le niveau de prix de la destination et de répondre aux nouvelles attentes des voyageurs.

« Le Canada reste une destination rêvée des Français. Mais il faut désormais la vendre pour ce qu’elle est devenue : une expérience unique, et non plus un simple voyage long-courrier accessible. »

 

 

 

 

Canada

Auteur

  • Rémi Bain Thouverez
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