Thomas Cook: règlement, reprise et entente, la suspicion s’installe…

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La chute du groupe Thomas Cook n’en finit pas d’avoir des répercussions en France. Certes la filiale française, Thomas Cook France, a très vite communiqué sur sa non-insolvabilité « immédiate ». Mais du côté des fournisseurs tour-opérateurs, on guette la trace d’un versement bancaire depuis le 23 septembre. « Et toi, tu as été payé? » s’interrogent-ils.

 

Il faut dire que c’est la recette du mois d’août –soit le plus grand nombre de départs de l’année– qui est « coincée » chez Thomas Cook. Le réseau fonctionne administrativement avec deux centrales de paiement, l’une pour ses agences intégrées et l’autre, Tess, pour les agences franchisées. Mais tous les fonds sont versés* chez Thomas Cook.

 

Depuis la nuit du 23 au 24 septembre, quelques tour-opérateurs ont eu la chance de toucher leur argent provenant apparemment de la centrale des intégrées. Pour autant difficile de comprendre le critère d’attribution. Parmi les « partenaires Preferred », c’est-à-dire ceux qui « offrent » au réseau les plus fortes commissions, tous n’ont pas été réglés. Et d’autres qui ne seraient pas « Preferred » ont reçu de l’argent…

 

Pendant qu’en France on attend, au Royaume-Uni, la ministre de l’Industrie lance une enquête. Les membres du conseil d’administration de Thomas Cook auraient-ils par « leurs actes causé du tort aux créditeurs ou aux fonds de pension »?  En France on se pose aussi des questions. La différence de traitement des TO créanciers de Thomas Cook fait parler à demi-mots. Les doutes portent sur la réalité des fonds pour tous avec, en filigrane, l’avenir potentiel de l’entreprise.

 

Mardi, Thomas Cook a annoncé une déclaration de cessation des paiements (DCP) à venir après la réunion de son CEE du 26 septembre. Le message est clair: septembre ne sera pas payé!  Or TC France a mentionné l’existence de « repreneurs sérieux ». Personne ne doute que l’entreprise puisse intéresser!  Le rachat de Fram avait suscité bien des convoitises en 2015, la marque Jet tours pourrait offrir l’occasion d’une revanche. Quant aux 180 points de vente intégrés, quitte à se les partager comme, à l’époque,  l’affaire Munin/ Boiloris l’avait illustré, c’est la possibilité d’étendre encore son propre réseau pour ceux qui sont lancés dans la course au maillage.

 

L’inconnue reste la date du dépôt de bilan de TC France. D’autant que depuis la faillite de la maison mère, la période écoulée n’a pas encore permis de régler tous les TO pour lesquels les agences Thomas Cook ont encaissé les paiements des clients. Y aurait-il un lien entre les versements et la reprise de TC France? Certains seraient-ils « favorisés » dans une sorte de pari sur l’avenir? La suspicion s’installe.

 

Si les repreneurs venaient à faire partie des créanciers favorisés, le doute sur une éventuelle entente et la date réelle de cessation des paiements pourrait donner à certains fournisseurs l’envie de contester la procédure devant un tribunal. Car un créancier (hôtelier, tour-opérateur) pourrait attaquer en arguant que la cessation de paiement en réalité a commencé avant la déclaration. Les paiements privilégiés pendant la période dite suspecte doivent en effet pouvoir être justifiés. Mais entre une perte ponctuelle –certes lourde– et la possibilité de nouveaux gains dans le cadre d’une reprise, chacun fera –si ce n’est déjà fait– son calcul du moindre mal…

 

* »Toutes les opérations financières sont faites par Thomas Cook sur les comptes bancaires de Thomas Cook. L’argent ne circule pas dans nos comptes ni pour les prélèvements aux agences franchisées ni pour les virements aux fournisseurs », nous a assuré Boris Reibenberg, patron de Tess.

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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