Sri Lanka : quand les touristes seront-ils de retour?

Destination
Haut lieu religieux et touristique du Sri Lanka, le temple de la Dent de Bouddha à Kandy a fermé deux jours après les attentats.

Après un record de 2,3 millions de touristes en 2018, le Sri Lanka auréolé de l’appellation « destination 2019 Lonely Planet » engrangeait de nouveaux scores depuis janvier. Les attentats du 21 avril ont tout arrêté. A la suite des recommandations d’éviter la destination « jusqu’à nouvel ordre », les arrivées touristiques ont marqué le pas en avril avec une baisse de 7,5% par rapport à l’an dernier. Dans cette destination réputée sûre jusque-là, les Français (plus de 106.000 en 2018) y vont beaucoup par eux-mêmes, à près de 80% selon l’office de tourisme. Les tour-opérateurs en contact immédiat et permanent avec leurs clients et réceptifs ont pu démontrer leur valeur ajoutée. Partagés entre optimisme et réalisme, ces professionnels sont les premiers à guetter le retour de la destination.

 

Les touristes seront-ils de retour à l’hiver 2019-2020 au Sri Lanka? Après le terrible drame du dimanche de Pâques où plusieurs attentats suicide ont causé la mort de 258 personnes dont une quarantaine de touristes étrangers et blessé près de 400 autres, la destination est en stand-by sur le plan touristique. En France, les tour-opérateurs sur la destination font le dos rond.

La fin du mois d’avril marque le terme de la haute saison. Les vacances de Pâques sont la dernière période un peu « chargée ». Sur les 400 clients qu’ont recensés les membres du Seto au Sri Lanka au moment des attentats « une dizaine a demandé à rentrer de manière anticipée » indique Guillaume Linton, président d’Asia. « Nos clients n’ont pas souhaité être rapatriés », témoigne Jean-Hervé Cristol. L’ancien directeur commercial de Fram désormais à la tête d’une petite structure hôtelière dans le sud-ouest du Sri Lanka explique avoir organisé des sorties alentour sans problème. « Les clients ont été rassurés de ne pas aller en ville et ont profité de la fin de leur séjour. »  

 

Stand-by de saison et attentisme

Mai et juin, plus humides, sont des mois habituellement calmes pour les TO français.  « Il y a très peu de départs clients.»  En revanche, les grosses opérations de type éductour ont été annulées. « Nous avons reçu beaucoup de questions d’agents de voyages inquiets » explique-t-on chez Climats du Monde qui a décidé de reporter ses « Lotus d’Or » prévus fin mai… au Vietnam.

 

« Entre les inquiétudes exprimées par les vendeurs et le fait que leurs clients ne seraient pas disposés à partir au Sri Lanka avant un an, nous avons préféré reporter notre éductour » indique également Patrice Arezina, directeur commercial de Visiteurs. La perte est d’autant plus grande pour son TO qu’il avait été retenu par Leclerc pour une opération nationale Voyages au Sri Lanka. Principe de précaution et prudence commerciale, le réseau intégré a donc lui aussi annulé. 

 

Quai d’Orsay et tour-opérateurs alignés

Au lendemain des attentats, les avis défavorables de voyage se sont succédé en provenance du Royaume-Uni et d’Allemagne, des Etats-Unis et d’Inde, d’Israël et des Pays-Bas, d’Australie… TUI a rapatrié ses clients anglais et allemands, les touristes néerlandais sont rentrés en masse. Pour la France, le 28 avril, le ministère des Affaires étrangères déconseille « jusqu’à nouvel ordre » la destination  et le Seto lui emboîte le pas : « annulations sans frais jusqu’au 16 mai ». 

Pourquoi les TO ont-ils, eux, fixé une (première) échéance? « Il s’agit d’un cadre pour le remboursement sans frais des clients avec, pour les TO, la coopération des compagnies aériennes » explique Guillaume Linton.  Le 13 mai, le Seto a prolongé le délai des annulations au 6 juin.

 

« Nous avons un devoir vis-à-vis de nos clients, rappelle le patron d’Asia. Nous devons être convaincus qu’ils ne risquent rien, même si le risque zéro n’existe pas, reconnaît-il. Fixer une date raisonnable et réaliste permet de réévaluer la situation en fonction des informations recueillies sur place et auprès du Quai d’Orsay. » 

 

Sécurisation et communication

Professionnels du tourisme et clients attendent donc d’y voir plus clair sur la façon dont les choses se déroulent sur place, dont la sécurité se renforce. Le Sri Lanka vient de commémorer les dix ans de la fin de la guerre civile qui a opposé Cinghalais et Tamouls. Mais les violences actuelles contre les musulmans et leurs commerces, en représailles après les attentats de Pâques, alimentent les tensions inter-communautaires. Couvre-feu et blocage des réseaux sociaux qui ont accompagné les recherches des policiers et de l’armée sont réactivés ponctuellement.

En parallèle, les autorités sri-lankaises font le pari de la communication sur l’enquête après les révélations d’un défaut dans la transmission d’informations sensibles sur fond de rivalité entre le président et le chef du gouvernement. Les arrestations ont été décrites ; l’interdiction du port du voile islamique décidée et appliquée; des forces armées déployées pour protéger les écoles comme les sites touristiques et les lieux accueillant du public ; des portiques disposés à l’entrée des grands hôtels… 

 

D’autres projets de loi visent à encadrer les medersas et l’enseignement coranique,  ainsi qu’à renforcer le CTA (la loi anti-terroriste du pays). Le Sri Lanka a même été évoqué comme pays qui pourrait adopter GoTravel, le logiciel lancé par l’ONU le 8 mai pour aider les Etats à pister les déplacements de terroristes potentiels. 

 

Soutien à la filière tourisme

Présent sur l’Arabian Travel Market à Dubaï, le Sri Lanka a réaffirmé par une déclaration officielle son engagement à sécuriser le pays et les conditions de voyage des touristes. Comme signal positif envoyé au secteur, les opérations de promotion du Sri Lanka à l’international comme la participation à des salons sont maintenues. Dans le pays, le gouvernement a annoncé un moratoire sur les emprunts (capital et intérêts)  des opérateurs touristiques locaux et une TVA réduite de 15% à 5%.

Le soutien à la filière tourisme qui représente 4,79% du PIB du Sri Lanka est un enjeu prioritaire. A plus de 4,3 Md$, les recettes touristiques ont progressé de 11,6% l’an dernier. Le ministre des Finances a très vite évoqué la possibilité d’une perte de 1,5 milliard de dollars de revenus touristiques si la baisse de fréquentation touristique atteignait 30%. Sachant que les prévisions pour 2019 étaient, avant les attentats, de 5 Md$ de revenus touristiques… 

 

Un été incertain

Pour cet été, les demandes d’annulation de voyages commencent à arriver. Certains TO à l’instar de Kuoni ont préféré prendre les devants. « Nous proposons à nos clients de partir ailleurs, explique Catriona Dempster, directrice de marché. Les vacances d’été sont une période cruciale pour les Français, alors plutôt que d’attendre que les prix grimpent, nous les reprotégeons sur nos autres destinations. Même si pour la Scandinavie, par exemple, la durée de séjour est réduite, ils gardent la qualité Kuoni. »

Chez Asia où « on a toujours des clients qui partent », on  ne « sur-anticipe pas la réaction des clients. Les 4 départs de circuits de mi-mai à août sont maintenus. Les sites impactés ne sont pas touristiques », rappelle Guillaume Linton. « Nos clients ne restent jamais à Colombo » confirme Hélion de Villeneuve, DG d’Austral Lagons. 

 

Le Sri Lanka en brochure l’hiver prochain!

Tous conservent leur programmation Sri Lanka pour l’hiver 2019-2020. « C’est notre responsabilité vis-à-vis de la destination » estime Guillaume Linton, même si  le Sri Lanka n’est « que » la 14e destination d’Asia sur un total de 32. « Nous donnons de la visibilité avec la brochure et apportons notre soutien à nos partenaires locaux même en cas de difficulté» affirme Catriona Dempster rappelant que Kuoni qui propose circuits et voyages à la carte au Sri Lanka a, dans le même esprit, « toujours maintenu l’Egypte »

Chez Austral-Lagons, on intègre « actuellement » le Sri Lanka dans les tarifs et la production 2019-20. La destination ne compte pourtant pas dans ses majeures. Programmé « uniquement en sur mesure et beaucoup en combiné avec les Maldives », le Sri Lanka représente « autour de 2 M€ de chiffre d’affaires » pour le TO. « Nous espérons de tout cœur pour nos amis sri-lankais que la saison va repartir bientôt » déclare Hélion de Villeneuve.

 

Un retour échelonné

Optimistes, les TO travaillant en sur-mesure tablent sur une reprise du Sri Lanka début 2020. L’attrait culturel reste fort auprès de cette clientèle qui y verra aussi l’opportunité d’accéder à des sites moins fréquentés, sachant que « les familles avec jeunes enfants mettront un peu plus de temps à revenir » indique Guillaume Linton. Les spécialistes des groupes et circuits, plus fatalistes, ne parient sur « rien avant un an ». « Sauf peut-être pour les groupes constitués dans lesquels les personnes se connaissent avant de partir et relativisent en discutant », estime Bruno Berrebi, patron de Time Tours/ la Française des Circuits. « La destination est belle et pas très chère. Les voyageurs individuels, surfeurs, sac à dos, trekkeurs, seront les premiers », pronostique Jean-Hervé Cristol.

 

L’absence de morts français au Sri Lanka et l’expérience des attentats de 2015 en France réduiront-ils le phénomène de peur ? « Les Sri Lankais ont une résilience sans égale » a commenté John Amaratunga, ministre du tourisme. « On espère une résilience des clients » conclut Jean-Hervé Cristol 

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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