Formation : « Le BTS Tourisme est globalement inadapté »

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Laurie Larchez et Marie Allantaz, respectivement directrice développements & partenariats et directrice générale de l'Escaet.

Le secteur des agences de voyages, on le sait, peine à recruter. Le nombre de conseillers en voyages diminue. Ou alors, c’est le métier qui attire moins. Nous avons demandé à Marie Allantaz, directrice générale de l’Escaet*, et Laurie Larchez, directrice partenariats et développements de cette école spécialisée tourisme, leur éclairage.

 

Les deux responsables de l’école de tourisme aixoise évoquent sans détour les filières –les BTS, les certificats, les bachelors.  Comme le patron de Kuoni qui cherche des formules de recrutement innovantes, elles constatent une réelle désaffection pour le travail en boutique. Si l’on veut réduire la pénurie de candidats, le métier d’agent de voyages ne pourra pas se passer d’une double revalorisation pour attirer notamment les jeunes diplômés…

 

À quoi sert le BTS tourisme ?

Il faut d’abord dire que c’est une chance pour notre secteur d’avoir une formation dédiée principalement à un métier, celui d’agent de voyages. Dès le post-bac, nous avons dans la filière ce diplôme qui répond à un besoin en termes de niveaux de recrutement. Le problème, c’est le contenu ! Il est globalement inadapté au métier d’agent de voyages et aux autres métiers.

 

Pourquoi cette situation ?

Initiative pas inintéressante, l’idée de la dernière version du référentiel du BTS Tourisme en 2012 était de ne pas former seulement des agents de voyages. D’où les deux enseignements optionnels et uniquement en deuxième année : tourismatique (GDS) et numérique (création de site Web). Or l’un comme l’autre ne peuvent pas être une option ! Pour les GDS, par exemple, il faut encore bien connaître les bases afin de les utiliser. Le précédent BTS ne correspondait plus à l’évolution du métier, car pas assez axé sur la vente. Aujourd’hui, tout le monde cherche des vendeurs mais le BTS Tourisme ne forme pas à la vente !

 

Quelles formations vont alors être privilégiées ?

Les recruteurs vont se tourner vers des profils BTS MUC (management des unités commerciales), BTS NRC (négociation et relation client) ou des DUT Technique de Commercialisation. Il existe aussi les formations avec titre de « conseiller voyage » dispensées par l’Infa, par exemple, qui sont très appliquées donc bien adaptées au métier d’agent de voyages.

 

Entre affaires et loisirs, qu’est-ce qui fait choisir les agents de voyages ?

Le poste de billettiste est plus technique mais ça peut être surtout une question de tempérament. En outre, les plateaux ont souvent une stratégie de formation interne. Davantage que les agences loisirs où il est peut-être plus difficile d’apprendre sur le tas. En loisirs, il faut pouvoir vendre le monde entier et dans différentes formules : package, circuit… et à la carte. Les agents de voyages sont de plus en plus producteurs.

 

À l’Escaet, vous proposez un Bachelor spécialisé Travel…

Effectivement, en formation initiale nous formons à partir de Bac + 3. Nos élèves sont issus à 50 % d’un BTS tourisme. Ils ont décidé de continuer pour se former et pour… fuir les agences de voyages. Nous récupérons beaucoup d’étudiants ayant vécu une expérience qui les a dissuadés. La jeune génération est sensible. En Bachelor, ils vont acquérir des compétences en vente, des techniques avec des outils complémentaires et du digital qui permettent de mieux répondre aux besoins des agences. Mais beaucoup ne veulent pas y aller : ils ont été déçus lors du stage qu’ils ont effectué pendant leur BTS ou y ont reçu le conseil de choisir un autre métier. Une petite proportion – environ 5 % – va néanmoins retourner en agences forte de ce nouveau socle pour vendre du voyage. Nos autres étudiants viennent attirés par le tourisme après une filière généraliste de vente ou une prépa ou la fac.

 

Où font-ils leurs stages ?

Pour le Bachelor, ce sont des stages de 4 mois, ou de 6 mois pour ceux qui envisagent une insertion professionnelle. Ils vont choisir des fonctions de management, les achats, la vente… Ceux qui poursuivent jusqu’à Bac +5 vont se diriger vers des métiers analytiques comme le yield. Les stages se font rarement en agences, parfois dans les sièges des réseaux.

 

Comment expliquer la pénurie de profils sur le marché ?

Il faut travailler plus en profondeur sur l’image de l’agent de voyages pour attirer d’autres profils y compris venant d’autres parcours. On pourrait développer des passerelles, et on doit valoriser l’image du métier qui est dégradée aussi bien en loisirs qu’en plateaux d’affaires. Ce travail de revalorisation est énorme en termes d’image comme de salaire. Il existe d’autres métiers où le salaire n’est pas mirobolant qui attirent. [Sur la revalorisation salariale, des négociations sont en cours entre les Entreprises du Voyage et les syndicats, NDLR] Une initiative comme la Travel Agents’ Cup est intéressante car c’est la reconnaissance d’un savoir-faire par ses pairs, mais il manque la reconnaissance du grand public. Il faudrait que tous les acteurs s’y mettent ensemble pour faire de la communication.
*Escaet, Ecole supérieure de commerce en management du tourisme.

 

Propos recueillis par Myriam Abergel

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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