Retour sur l’arnaque du Fyre Festival, il y a deux ans

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Prévu pour les week-ends du 28 avril et du 5 mai 2017, le Fyre Festival a fait vivre l’enfer à des milliers de jeunes Américains ayant déboursé jusqu’à 280 000 dollars pour l’événement.

 

« Il était tellement charismatique et positif que l’on n’osait pas le contester ». Telle est la phrase que tous les collaborateurs de Billy McFarland prononcent en évoquant l’organisateur du Fyre Festival dans le dernier documentaire consacré à cette affaire. Intitulé « Fyre, the greatest party that never happened » [Fyre, la plus grande fête n’ayant jamais eu lieu], cette production Netflix revient sur l’une des plus grandes arnaques touristiques ayant eu lieu ces dernières années.

 

Chronique d’un désastre prévisible

 

Tout commence à l’automne 2016, époque des premières publicités à propos de deux week-ends de festival qui promet d’être le plus grand jamais organisé. Une arrivée en jet privé au départ de Miami, une île isolée des Bahamas ayant appartenu à Pablo Escobar, des villas et des tentes « 5 étoiles », et un line-up incroyable composé des plus grands noms du hip-hop et de l’électro : Blink 182, Migos, Major Lazer, Disclosure, Tyga ou encore Desiigner. Destiné à un public de jeunes très aisés et se rêvant influenceurs, les concerts se couplaient à une « expérience » unique et complète, comprenant de la méditation et des cours de yoga le matin, ou bien des massages, du kayak et du beach-volley l’après-midi.

 

Pour crédibiliser le tout, l’équipe menée par Billy McFarland, introduit aux soirées hype de New-York depuis quelques années, rémunère plusieurs des plus grandes influenceuses mondiales pour parler à leurs fans du Fyre Festival. Ainsi, Bella Hadid, Emily Ratajkowski, Hailey Baldwin ou encore Kendall Jenner (qui a avoué avoir été payée 250 000 dollars pour ce post) ont partagé le petit carré orange sur Instagram, sans savoir ce qui allait se passer. Une vidéo paradisiaque, ne donnant pas plus de détails sur ces week-ends, est aussi promue par l’équipe. Le fait que cette seule et unique vidéo soit mise en valeur pendant des mois aurait d’ailleurs dû alerter les festivaliers sur une éventuelle fraude.

 

 

Malgré plusieurs signes inquiétants, les billets se vendent par milliers. Environ 5000 jeunes Américains dépensent entre 450 et 12 000 dollars pour le week-end, les prix pouvant même grimper jusqu’à 280 000 dollars pour ceux ayant réservé une villa et certains services premium. Le documentaire retranscrit bien l’angoisse grimpant chez les festivaliers, mais aussi chez l’équipe de Billy McFarland. Quand les questions des jeunes sur le week-end restent sans réponse et que leurs commentaires sont effacés par l’organisation, l’inquiétude des organisateurs, qui sentent de plus en plus que le festival sera un désastre, est évacuée par l’optimisme et le leadership d’un McFarland qui « ne veut pas de problèmes, seulement des solutions ».

 

Tout le monde, y compris les artistes représentés par leurs agents, devaient être payés une fois le festival terminé. Des centaines d’ouvriers bahaméens, ayant construit toutes les infrastructures des semaines durant, étaient prêts à recevoir leur juste salaire. Néanmoins, les craintes de l’équipe se vérifient juste avant le premier week-end : ils ont participé à monter une gigantesque catastrophe.

 

Doux rêve, amère réalité

 

Le jet privé ? Remplacé par un vol en charter. L’île isolée ? Un montage photo et un territoire n’ayant jamais appartenu à Pablo Escobar. Les tentes cinq étoiles ? Des tentes de la FEMA, destinées aux réfugiés, avec de la boue au sol et sur la literie. Les artistes ? Remplacés par un DJ passant la musique à fond pour taire les plaintes des premiers arrivés sur cette friche, hébétés et colériques. Ces derniers vivent des scènes apocalyptiques sur place : face à la désillusion, des vols et des pillages ont lieu, certains emportant plusieurs oreillers ou matelas. Les consignes où ranger ses biens sont toutes au même endroit, pas encore déballées et encore enveloppées de film plastique. Les bagages des festivaliers arrivent de nuit, balancées d’un camion, leurs propriétaires se marchant les uns sur les autres pour les récupérer. Alors que le marketing du festival sur Internet et les réseaux sociaux promettait un traiteur et plusieurs sortes de cuisine, les jeunes, affamés et déshydratés, sont accueillis avec des « sandwichs » composés d’une tranche de fromage et de quelques feuilles de salade.

 

 

Avec des pannes d’électricité pour rythmer ce cauchemar, il n’a pas fallu plus d’une nuit aux festivaliers pour vouloir repartir. Mais, coincés dans un petit aéroport sans vols retour pour Miami, sans eau et sans nourriture, leur détresse est à son paroxysme. Du côté des organisateurs, c’est la panique. L’un des plus proches collaborateurs de McFarland explique dans le documentaire qu’il était à bout, fondant en larmes après que son patron lui ait demandé de faire une fellation à un douanier pour que ce dernier leur laisse des bidons d’eau potable… Les Bahaméens, n’ayant pas reçu leur salaire, se rendent dans les maisons de l’équipe en les menaçant. Quant à Billy McFarland, il s’est envolé, et personne ne sait où il se trouve.

 

Depuis, l’homme a été retrouvé et condamné, en octobre 2018, à six ans de prison ferme et 26 millions de dollars de remboursement pour fraude et escroquerie. Certains ouvriers bahaméens n’ont jamais rien touché, tout comme certains festivaliers, qui attendent toujours d’être remboursés. L’affaire du Fyre Festival, décrit comme le « nouveau Coachella », a été un véritable désastre touristique qui n’a pu être réalisé qu’avec la volonté malsaine d’un seul homme, mais aussi avec un marketing digital maîtrisé. Ce cas extrême met en exergue la tendance qu’ont les organisateurs et entrepreneurs à privilégier la communication à la création d’une solution viable et utile. Le fait, pour les professionnels du tourisme, de vouloir proposer une expérience toujours plus originale, est aussi remise en question par le Fyre Festival, qui aura attiré 5000 personnes avec deux photos et une vidéo. Mais aussi et surtout avec une promesse, celle que ces milliers de jeunes, faisant partie des 1% les plus riches de la population, pourraient remplir leur compte d’images uniques pour se démarquer, pour vivre, pendant un week-end, la vie des 0,1% les plus riches.

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