Pas un congrès, pas une convention de la profession sans que le Docteur Edouard Obadia, dit ‘’Doudou’’, soit présent nuit et jour
« Je vous parle d’un temps où les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans le secteur du tourisme ne peuvent pas connaître… »
La rubrique de Michel Messager
« Partout où l'on aime la médecine, on aime aussi l'humanité. » Hippocrate
De San Francisco à Pékin, de Johannesburg à Vienne, d’Amman au Caire ou se levant précipitamment de table pour aller porter assistance à un congressiste… qui ne l’a pas croisé dans les couloirs d’un hôtel avec sa trousse de secours !
Avec la ‘’famille du tourisme’’, à laquelle il appartient depuis 1982, il a connu au moins les trois quarts des destinations du globe, mais aussi des centaines d’hôpitaux aux quatre coins du monde. Il a sauvé et soigné des centaines de vies de nos clients, mais aussi de professionnels, parfois, voire souvent, dans des conditions extrêmes et des situations difficiles, voire hors norme.
Le Doc m’a toujours impressionné par son calme, sa discrétion, son altruisme, son sens de l’analyse, mais aussi sa sincérité, son humanisme et sa capacité décisionnelle face à l’adversité.
Toutes ces qualités, on les retrouve bien entendu dans l’exercice de son métier, mais aussi dans ses amitiés (et des amis il en a beaucoup) et dans ses passions, celle de l’aviation comme du monde sous-marin.
Médecin réanimateur, diplômé de parasitologie et de médecine tropicale, spécialiste en médecine hyperbare (connue aussi sous le nom de médecine de plongée sous-marine) et en médecine des catastrophes, également spécialiste en médecine aéronautique, Edouard Obadia ne pouvait que rencontrer celui que l’on appelait à l’époque dans la profession le ‘’petit prince’’, Michel Visbecq, alors principal assureur du secteur touristique avec sa société TMS Assistance.
Cette rencontre, du style ‘’mon copain le fils du boulanger, connaissait le marchand de farine dont la femme avait pour ami…’’ eut lieu en 1982. En fait, ayant travaillé à Elvia Assistance comme Michel Visbecq, il a rencontré également à l’époque Cécile qui allait devenir sa femme et travaillait chez Africatours (le spécialiste de l’Afrique), dont le Président, Bernard Didelot assurait le ‘’handling’’ du fameux Paris Dakar.
C’est dans cet environnement qu’il rencontre également Philippe Demonchy, le mythique Président et créateur du Réseau Selectour, qui lui présente ‘’son assureur préféré’’ comme il aimait à le dire : Michel Visbecq.
Le destin avait frappé à la porte de celui qui allait devenir le ‘’Doc du Tourisme’’, nous étions en 1982.
Le contact passe immédiatement entre les deux hommes et Michel Visbecq lui confie le développement de son plateau médical d’assistance. Une nouvelle aventure, et quelle aventure ! commence pour Edouard.
Ainsi, il participera en tant que Médecin Assisteur aux plus grands congrès du Syndicat National des Agents de Voyages, Pékin, Cuba, Amman, Louxor, San Francisco … s’occupant sur le plan médical avec une petite équipe, des 1000, voire plus de congressistes. Les ‘’tourista ‘’, insolations, gastros et autres foulures, sont pendant ces grands rassemblements professionnels son lot quotidien, que ce soit sur la Place Tian'anmen, à côté du temple de Karnak ou à l’ombre du Golden Gate…
Il sera aussi le médecin des congrès de réseaux comme Sélectour, Afat, Tourcom, Cediv Travel, Relais et Châteaux, moments au cours desquels il fera de belles rencontres ; Nicolas Sarkozy, Enrico Macias, Edouard Philippe, François Hollande, Loïk Le Floch-Prigent, Luc Ferry, Jean-Louis Borloo… mais secret médical oblige nous n’en saurons pas plus...
Il fut aussi le premier médecin de Top Résa et noua une belle histoire d’amitié avec son créateur, Jean François Alexandre. C’est d’ailleurs là que j’ai connu Edouard Obadia, lors du second Top Résa qui se tenait à Deauville. À ce propos laissez-moi vous raconter….
Dans les allées du salon, on ne parlait que de ça : le docteur de TMS Assistance et sa fameuse fourchette ! Lors d’un cocktail sur la plage de Deauville, un des participants se trouve mal. Edouard, toujours présent où il faut être, constate que l’agent de voyages est en train de s’étouffer avec une crise cardiaque qui se pointe. Pas le temps de retourner à l’antenne médicale située quelque cinq cents mètres plus loin. Il faut agir vite, très vite ! Edouard se saisit alors d’une fourchette et d’un couteau qui traînaient sur le buffet. Il tente d’enlever le morceau de viande de brochette enclavé au fond de la gorge, y réussit que partiellement, mais suffisamment pour que le massage cardiaque débuté puisse faire repartir le cœur du congressiste. Les secours pompiers arrivent rapidement et ils transportent le patient et notre médecin en réanimation à Lisieux.
Voilà comment a été sauvé un des dirigeants du réseau Via Voyages et comment Edouard s’est fait une petite réputation auprès de la Profession.
Chapeau bas l’artiste.
Ce que l’on sait peut-être un peu moins, c’est le côté sportif et ‘’Africain’’ du Doc.
En effet, celui-ci a suivi et assisté le Rallye des Pharaons auto moto en Égypte, le Rallye de Tunisie, le Rallye de l’Atlas au Maroc, le Marathon des sables (course à pied de près de mille participants dans le Sud Marocain…) et dans le cadre de TMS assistance, il a été de nombreuses fois chef d’expédition de la Transafricaine (déserts du sud Algérien, du Niger, du Mali, de Mauritanie…) assurant également la prévention et l’assistance sanitaire dans le cadre du Paris-Dakar pour toute l’équipe d’Africatours.
Je vous laisse imaginer le travail et la tension… de la simple insolation à ‘’l’oasis de Djanet’’, à la déshydratation sérieuse dans le ‘’Ksour de Ouadane ou de Chinguetti’’, du mal de gorge (la nuit il fait froid dans le désert), à l’épuisement des équipiers d’Africatours, responsables de toute l’intendance des repas sur les rallyes de Paris jusqu’à Dakar pendant de nombreuses années...
Son souvenir le plus marquant de cette ‘’période Africaine’’ : « une entraide incroyable entre toutes les personnes présentes sur tous ces rallyes. Les directeurs ou les champions, les amateurs et les professionnels, les gens du show bizz, les personnalités médiatiques… ils sont tous logés à la même enseigne. Ils forment un groupe homogène, amoureux du désert et de cette aventure Africaine. Une véritable relation d’humanité se crée entre les participants, vedettes ou amateurs, organisateurs ou journalistes et l’ensemble de la caravane vit ces moments intenses « hors du monde, dans un groupe homogène et soudé ».
Pas étonnant qu’avec de telles expériences, le Docteur Obadia ait créé en 1988 le Diplôme d’Université de Transport aérien et rapatriements sanitaires à l’Université de santé Sorbonne Université-Paris 6. À ce titre, il a formé au cours de sa carrière plusieurs milliers de médecins et infirmiers aux techniques des rapatriements sanitaires médicalisés. Il a d’ailleurs publié le seul ouvrage médical scientifique dans le monde, relatif aux techniques des rapatriements sanitaires par transport aérien médicalisé à usage civil et militaire. Cet ouvrage scientifique détaille les techniques médicales et la réglementation des transports aériens, sanitaires des malades ou blessés.
Nul doute pour la Profession : quand elle se déplace, elle est dans de bonnes mains.
Quand on demande au docteur Edouard Obadia, quelle est son intervention la plus difficile et qui l’a le plus marqué ? Il se rappelle le sauvetage du coéquipier du champion automobile Jacky ICKX dont le véhicule en feu a été repéré d’hélicoptère dans le désert égyptien au cours d’un Rallye des Pharaons. Toute l’équipe médicale de TMS Assistance qu’il dirigeait a vécu un stress immense pendant de nombreuses heures jusqu’à ce que le blessé soit rapatrié en vie, mais gravement brûlé en avion sanitaire spécial vers un hôpital spécialisé pour grands brûlés à Bruxelles.
Sa plus grande fierté dans les interventions qu’il a réalisées : le réconfort et l’écoute que l’on apporte à chaque personne que l’on rapatrie pour un motif sanitaire de l’autre bout du monde. La durée du voyage entre le médecin et son patient crée un rapport tout à fait singulier, bien plus important que le seul traitement médical technique qu’on apporte à son patient.
Sa plus grande angoisse : le manque d’humanité et de bienveillance dans le monde d’aujourd’hui. Il ne peut imaginer que ses petits-enfants risquent de connaître la guerre qui lui semblait inimaginable en Europe pendant toute sa jeunesse...
Enfin, sachez que si demain vous avez la chance de séjourner dans un hôtel Relais et Châteaux (le plus souvent en dehors des villes), le docteur Obadia a mis en place avec Relais et Châteaux une formation aux gestes d’urgences pour le personnel de ces établissements hôteliers. Le personnel, du maître de maison au Chef en cuisine, n’a évidemment pas de connaissance particulière dans le domaine de la santé, alors il les forme aux gestes d’urgence indispensables à connaître pour bien réagir dans bon nombre de situations critiques en attendant l’arrivée des secours qu’ils ont sollicités. Encore une excellente et pragmatique idée du ‘’bon’’ docteur Obadia.
Aujourd’hui entre deux plateaux de télévision, notamment pendant la période du Covid où l’on a pu constater une fois de plus sa maîtrise et surtout la mesure de ses propos rassurants, notamment sur BFMTV ou LCI, il continue à exercer son métier tout en donnant plus de temps à ses trois autres passions : ses petits-enfants, l’aviation et la plongée sous-marine.
En faisant son portrait et en discutant avec lui, je ne peux que penser à cette citation de Jules Barbey d’Aurevilly, poète et romancier du XVIIIème : « Dans une société qui devient de plus en plus matérialiste, le confesseur, c'est le médecin. »
Alors : Edouard Obadia : doc ou confesseur du tourisme ? Souvent les deux mon Général.
NB : Si vous voulez en savoir plus sur son ouvrage médical ‘’ Le rapatriement sanitaire par transport aérien médicalisé, à usage civil et militaire’’, celui-ci est édité chez Elsevier Masson.
