Patrice Caradec, président du Seto, donne la parole à Achraf Fayda le directeur de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT), qui défend une stratégie de développement ambitieuse à l’horizon 2030 qu’il juge non seulement réaliste, mais déjà en marche
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, l’inflation et les hésitations des voyageurs européens, le Maroc affiche une confiance assumée
D’emblée, le ton est posé : « Le Maroc reste une destination majeure pour l’été prochain, avec déjà 85 % de performance par rapport à une année précédente qui était pourtant exceptionnelle », affirme-t-il. Un signal fort, alors même que de nombreuses destinations accusent un ralentissement.
Une vision lucide face à la crise
Achraf Fayda ne minimise pas les défis actuels. Il décrit une situation « très douloureuse économiquement », tout en soulignant que les effets les plus marqués restent à venir, notamment en lien avec les coûts énergétiques. « Nous regardons cette situation avec beaucoup d’intérêt et de préoccupation… mais nous restons réalistes », explique-t-il.
Selon lui, la baisse des départs européens, estimée entre 10 et 15 %, traduit une inquiétude globale : « Les gens se demandent si c’est le bon moment pour voyager ». Pourtant, il insiste sur un point clé : toutes les destinations ne sont pas affectées de la même manière. Le Maroc bénéficie d’une image de stabilité relative, qui le place dans une position favorable.
La force d’un modèle touristique différenciant
Pour le directeur de l’ONMT, la résilience marocaine repose sur des fondamentaux solides : diversité des paysages, richesse culturelle et équilibre entre tourisme international et domestique.
« Nous avons un modèle différent, avec une forte contribution du tourisme interne, ce qui nous permet de mieux amortir les chocs », souligne-t-il. Il insiste également sur la capacité du pays à créer des expériences mémorables : « Ce qui fait la force d’une destination, c’est sa capacité à créer l’envie de voyager, à offrir des moments uniques ».
Dans cette logique, le Maroc mise sur l’émotion et l’expérience. « Les vacances ne sont pas un besoin vital, mais elles deviennent une priorité pour les ménages dès lors qu’elles apportent du sens, du ressourcement », analyse-t-il.
Une stratégie offensive tournée vers la France
Marché historique et stratégique, la France reste au cœur des priorités marocaines. « Notre point de départ, c’est cette proximité avec le marché français, et nous voulons la renforcer », explique Achraf Fayda.
Cela passe par des partenariats renforcés, mais aussi par un échange de savoir-faire : « Notre partenariat avec la France, c’est aussi dans le partage d’expériences et l’accélération des compétences ».
Dans un contexte où certains voyageurs hésitent à s’éloigner, le Maroc se positionne comme une alternative crédible : « Nous voulons être une solution pour des voyages reportés, une destination accessible, rassurante et compétitive ».
Innover pour surprendre : la stratégie du “redécouvrir”
L’un des piliers de la stratégie 2030 repose sur la diversification de l’offre. Achraf Fayda évoque un « catalogue 10 × 10 » destiné à faire émerger de nouvelles destinations au sein du pays.
« Il faut faire redécouvrir le Maroc à ceux qui pensent déjà le connaître », affirme-t-il. Une ambition qui passe par la mise en avant de régions moins explorées : « Il existe encore des territoires extraordinaires qui méritent d’être proposés aux voyageurs ».
Cette approche vise à renouveler l’attractivité du pays tout en répartissant mieux les flux touristiques.
Compétitivité et optimisme mesuré
Malgré les risques liés à l’inflation et à l’augmentation des coûts de transport, Achraf Fayda se veut rassurant : « Nous restons sur un système de vente relativement court, ce qui limite l’impact sur les prix ». Il ajoute : « Je pense que le Maroc va rester compétitif, indépendamment du contexte ».
Plus qu’un discours économique, son message se veut aussi presque philosophique : « La seule réponse à un bruit négatif, c’est de créer son propre bruit positif ».
Continuer à voyager, malgré tout
Au-delà des chiffres et des stratégies, le directeur de l’ONMT défend une vision du tourisme comme nécessité sociale. « Nous espérons que cette crise ne poussera pas les gens à arrêter de profiter de la vie », confie-t-il. « Voyager, c’est se retrouver, se ressourcer, être plus productif ensuite ».
En conclusion, Achraf Fayda résume l’état d’esprit marocain : « Nous sommes réalistes, mais déterminés. Nous mettons toute notre énergie pour maintenir l’activité et offrir une destination toujours plus pertinente ».
Une conviction claire : malgré les turbulences, le Maroc entend bien transformer les incertitudes actuelles en opportunités durables.
