Malgré les tensions internationales et les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique, les aéroports parisiens affichent, à ce stade, une résistance relative
Invitée à faire le point au congrès des EDV, Justine Coutard, directrice générale déléguée du Groupe ADP, livre une analyse nuancée de la situation.
Un impact « modéré » sur le trafic
Premier constat : les perturbations restent contenues.
« En termes d’annulations de vols et de passagers impactés, cela représente environ un jour et demi sur un mois normal », explique Justine Coutard. Un niveau comparable, selon elle, à celui d’un mouvement social ou d’aléas habituels intégrés dans les prévisions annuelles.
Toutefois, certains segments sont plus sensibles. Les liaisons avec le Moyen-Orient, notamment, pèsent davantage sur les revenus : « Cette clientèle est hautement contributive, en particulier pour nos activités commerciales », souligne-t-elle.
L’effet indirect sur les compagnies aériennes
Si les plateformes parisiennes encaissent relativement bien le choc, elles subissent en revanche les répercussions des difficultés rencontrées par leurs clients, les compagnies aériennes. Hausse du prix du kérosène, modification des routes aériennes : autant de facteurs qui affectent indirectement leur activité.
« Nous sommes en bout de chaîne », rappelle la dirigeante. « Les compagnies subissent ces impacts de plein fouet, et nous en ressentons les effets avec un décalage. »
Pas de tension sur le kérosène à Paris
Contrairement à certaines craintes, aucune rupture d’approvisionnement n’est constatée en Île-de-France.
« Nous n’avons observé aucun changement notable », affirme Justine Coutard.
Les aéroports parisiens disposent en effet d’atouts logistiques : un réseau d’oléoducs relié au Havre et des raffineries majoritairement alimentées par l’Amérique du Nord, réduisant leur dépendance au détroit d’Ormuz.
La situation est toutefois plus contrastée ailleurs dans le monde, notamment en Asie, où les tensions peuvent être plus fortes.
Pas de révision des prévisions financières
Malgré le contexte incertain, le Groupe ADP maintient ses objectifs pour 2025.
« Nous n’avons pas modifié nos guidances financières », indique la dirigeante, estimant que les éléments actuels ne justifient pas une révision.
Une prudence assumée, dans un environnement où les incertitudes restent nombreuses, notamment à l’approche de la saison estivale.
Une reprise du trafic plus lente qu’avant Covid
Sur le long terme, la crise sanitaire continue de produire ses effets. Le retour au niveau de trafic de 2019 n’est attendu qu’en 2026 pour Aéroport Paris-Charles-de-Gaulle.
La croissance du trafic aérien s’annonce désormais plus modérée : environ 1,6 % par an, contre plus de 2,5 % avant la pandémie.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
- la baisse durable des voyages d’affaires,
- le développement du télétravail et de la visioconférence,
- et la concurrence accrue du train sur les trajets courts.
À l’inverse, le trafic loisirs reste particulièrement dynamique, notamment sur les destinations européennes et méditerranéennes.
Des projets massifs pour transformer les aéroports
En parallèle, ADP prépare l’avenir avec un vaste programme d’investissement de 8,4 milliards d’euros entre 2027 et 2034. Objectif : moderniser et adapter les infrastructures de Aéroport de Paris-Orly et de Aéroport Paris-Charles-de-Gaulle.
Après l’abandon du projet de terminal 4, jugé trop massif, le groupe privilégie désormais une approche progressive et plus sobre, axée sur l’optimisation des installations existantes.
Décarbonation et innovation au cœur de la stratégie
Autre priorité : la transition écologique. ADP mise à la fois sur :
- Les carburants d’aviation durable (SAF),
- Et les technologies émergentes possibles comme l’hydrogène.
Des espaces dédiés ont déjà été réservés pour accueillir ces futures infrastructures, preuve d’une anticipation à long terme.
CDG Express : un rattrapage attendu
Parmi les projets structurants, la mise en service du CDG Express est prévue le 28 mars 2027. Cette liaison directe entre Paris et l’aéroport permettra de relier la capitale en 20 minutes.
« C’est avant tout un rattrapage », reconnaît Justine Coutard, soulignant le retard historique de Paris par rapport à d’autres grands hubs internationaux.
Entre vigilance et pédagogie
Face aux inquiétudes médiatiques, la dirigeante appelle à la mesure :
« Il ne faut pas céder à la psychose », insiste-t-elle, rappelant que les perturbations restent limitées.
Un message clair à l’approche de l’été : ne pas décourager les voyageurs.
« Nous voulons rassurer nos passagers pour qu’ils puissent envisager des vacances normales. »
Malgré un contexte géopolitique tendu, les aéroports parisiens tiennent le cap. Entre gestion des aléas à court terme et investissements massifs pour l’avenir, le Groupe ADP joue une partition d’équilibriste, entre prudence et ambition.
