TUI France : pourquoi les salariés s’attendent à un plan social

Production

Le départ de Pascal de Izaguirre n’a pas arrêté la menace d’une possible rupture conventionnelle collective. Les mesures de transfert de certaines activités au Maroc ont commencé dès l’automne. Les syndicats sont prêts à discuter « directement avec l’actionnaire ».

 

La reprise en main de TUI France par la Western Region du groupe TUI n’est pas vraiment une surprise. Depuis un an, le double poste de PDG de Pascal de Izaguirre (TUI et Corsair) semblait sur la sellette. La nomination d’Elie Bruyninckx, CEO de TUI Western Region, comme président-directeur général de TUI France signe « l’accélération de l’intégration ». C’est d’ailleurs Wim van Besien, directeur financier de Western Region, qui, pour raisons médicales, assure l’intérim de la présidence.

 

« On les connaît de vue. Ils viennent aux comités de direction du mardi à Levallois. Ils connaissent bien la filiale française » commente Lazare Razkallah, secrétaire du CSE de TUI France. Lors de la fusion avec Transat France, on se souvient que tous deux étaient entrés au conseil d’administration.

 

Repenser le modèle économique

Les deux responsables de la Western Region de TUI (Belgique, Pays-Bas, France) ont depuis plusieurs années une épine dans leurs comptes: la France. Sans que les chiffres ne soient communiqués (on entend parler de 30 à 50 M€), TUI France est désigné à chaque publication de résultats du groupe comme un pôle déficitaire.

 

Il y a un an, en janvier 2018, le groupe TUI a resserré les liens entre sa filiale française et sa division économique régionale, avec la création d’un Management Committee (Manco). Visiblement pas avec le succès escompté. « Le moment est venu de passer à une nouvelle étape » selon un communiqué de TUI France du 23 janvier 2019.

 

La réduction des coûts a commencé

« Repenser le modèle économique et l’organisation de TUI France (…) pour plus d’efficacité et de synergies », le message est clair. Les temps sont à une nouvelle réduction des coûts. Lors de son passage à Paris, en octobre dernier, Friedrich Joussen avait annoncé des temps difficiles.

 

Chez TUI France, « une partie des activités de services comme le set-up, les opérations ou le SAV ont déjà été transférées à Casablanca au Maroc depuis octobre. Le Smic local est deux fois moindre qu’en France » explique une salariée. « Les CDD ne sont pas reconduits, la DSI est presque entièrement externalisée » ajoute Lazare Razkallah.

 

Dans ce contexte anxiogène, les rumeurs courent. « Des listes de candidats potentiels au départ seraient en cours pour préparer un prochain plan social » s’inquiète une salariée. « Il y a des collègues qui cherchent un emploi ailleurs. »

Des discussions plus faciles ?

 

« La situation est anxiogène dans le sens où les collaborateurs du groupe s’attendent à des changements mais ne savent pas quand et comment » explique le délégué syndical. Pour cet ancien de Nouvelles Frontières, qui a déjà connu 7 plans sociaux dans l’entreprise (avec de 50 à 550 postes supprimés à chaque fois), le groupe pourrait encore réduire la masse salariale. Les représentants du personnel ont demandé une rencontre avec la nouvelle direction. Et attendent une date.

 

« L’avantage est que désormais nous aurons l’actionnaire en direct » estime Lazare Razkallah qui dit « attendre de pied ferme » ses nouveaux interlocuteurs. « Ces derniers mois, TUI France et Pascal de Izaguirre avaient l’air de n’avoir plus de marge d’autonomie. Nos questions faisaient la navette entre Paris et Bruxelles ou Hanovre. »

 

Concrètement, TUI France sera désormais pilotée comme la Belgique et les Pays-Bas. « Le nouveau PDG va répartir son temps entre les bureaux des différents marchés en fonction des exigences du calendrier » nous dit-on chez TUI.

 

Des craintes pour la production spécialiste

La stratégie du groupe TUI telle que déployée en Belgique et aux Pays-Bas vise à imposer une seule marque. Les salariés des marques spécialistes craignent donc pour leur production (NF, Passion des îles, Routes d’ailleurs) atypique pour le groupe.

 

« On s’attend à une proposition de rupture collective conventionnelle«  redoute cette salariée déçue. Le Projet One n’a pas apporté la position de numéro un annoncée, note Lazare Razkallah qui tempête contre les 800.000 sièges TUIfly mis au départ de France l’été dernier. « Ils nous ont été facturés par le groupe et plombent nos comptes mais pas ceux des autres unités de la Western Region! » énonce, amer, le secrétaire du CSE.

Publié par Myriam Abergel

Journaliste - Le Quotidien du TourismeMe contacter

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