Transmission d’entreprise : les clés de Daniel Bourgeat pour préparer l’avenir des agences de voyages
Un sujet encore trop sous-estimé
Invité au congrès des agences de voyages Selectour, Daniel Bourgeat a choisi d’aborder un thème souvent relégué au second plan, mais devenu crucial pour le secteur : la transmission d’entreprise.
Il commence par établit immédiatement un lien fort avec l’auditoire : « votre métier est d’une complexité rare », rappelle-t-il, citant l’empilement des normes comptables, la fiscalité spécifique (dont la TVA sur marge), les règles pesant sur les intermédiaires du voyage ou encore les contraintes de caution financière.
Pour qualifier positivement ces dirigeants naviguant dans un contexte géopolitique, économique et climatique chahuté, il convoque Aristote :
« Il n’y a point de génie sans un grain de folie. »
Une manière d’honorer des chefs d’entreprise qui, malgré les tempêtes, continuent d’avancer.
Un marché saturé : un repreneur pour sept cédants
Le diagnostic posé par Daniel Bourgeat est sans appel : la France fait face à une vague massive de transmissions d’entreprises.
- 500 000 entreprises étaient théoriquement à transmettre en 2020,
- Seules 200 000 l’ont été,
- Jusqu’à 700 000 pourraient changer de mains durant la décennie.
L’âge médian de transmission se situe à 61 ans, et 25 % des dirigeants ont plus de 55 ans.
Dans ce contexte, le marché se « tend » dangereusement : 1 repreneur pour 7 cédants.
La grande majorité des transmissions concerne des TPE :
- 57 % des entreprises transmises comptent 1 à 2 salariés,
- 87 % en comptent moins de 10.
Les modes de transmission restent diversifiés :
- 40 % à des tiers,
- 20 % aux salariés,
- 30 % par donation,
- le reste via d’autres modalités.
Évaluer son entreprise : un impératif patrimonial, pas seulement un préalable à la vente
Daniel Bourgeat insiste sur l'urgence d’un réflexe encore peu ancré : faire évaluer son entreprise régulièrement, même sans intention immédiate de céder.
Car pour de nombreux dirigeants : le patrimoine professionnel représente 50 à 80 % du patrimoine personnel.
L’évaluation repose sur quatre piliers :
L’EBE (ou EBITDA)
Ce que l’entreprise gagne « après avoir payé tout le monde sauf la banque ». La rentabilité reste la base de toute valorisation : « Une entreprise qui ne dégage pas de revenus, c’est une entreprise qui ne vaut rien. »
Le capital humain
Pour Daniel Bourgeat, c’est même le critère le plus structurant :
« La vraie valeur d'une entreprise, c'est l'addition des femmes et des hommes qui la composent. »
La technologie
Propriété ou simple usage des outils ? Sont-ils pérennes ? Modernes ? Adaptés ?
La trésorerie
En tenant compte des retraitements indispensables dans le secteur du voyage, notamment concernant les acomptes clients.
L’évaluation est également nécessaire en cas de donation ou dans le cadre du pacte Dutreil, qui permet un abattement de 75 % sur la valeur transmise, mais implique des engagements précis et parfois difficiles à assumer dans la sphère familiale.
Multiples de valorisation : un marché en repli
Traditionnellement, le secteur retenait un multiple de 4,5 appliqués à l’EBE. Un niveau considéré comme « finançable ». Mais aujourd’hui :
- Les banques sont plus prudentes,
- Demandent plus de garanties,
- Financent 80 % au lieu de 100 %,
- Sollicitent des apports, cautions, parfois un crédit vendeur.
Conséquence : Les multiples se replient, avec une fourchette observée allant de 3 à 9, selon la qualité de l’entreprise. Daniel Bourgeat met en garde contre les raccourcis : « il faut retraiter l’EBE, comprendre les impacts sectoriels, anticiper les corrections auxquelles procédera l’acquéreur. »
Quelle stratégie de transmission ? Une équation humaine autant que financière
Le dirigeant détaille les trois grands scénarios possibles :
Transmission aux salariés
- Avantages : connaissance fine de l’entreprise, continuité.
- Inconvénients : discussions parfois sensibles sur le prix.
- Atout : transactions souvent rapides.
Vente à un tiers
Une dynamique marquée par une tension naturelle : « Le cédant veut vendre le passé ; l’acheteur veut acheter l’avenir. » Processus plus long, souvent plus technique.
Donation aux enfants
Avec les avantages fiscaux du pacte Dutreil.
Mais les conditions sont lourdes : conservation des titres et prise de direction par un enfant, ce qui peut créer des déséquilibres familiaux.
Dans tous les cas, plusieurs points doivent être anticipés :
- Contrats,
- Personnel clé,
- Immobilier,
- Assurances,
- Garantie d’actif et de passif, parfois aussi décisive que le prix lui-même.
Les motivations des transmissions sont majoritairement liées à :
- 60 % départs à la retraite,
- 12 % d’opportunités,
- 15 % de mutations géographiques,
- 8 % santé.
Se préparer deux ans à l’avance : la Due Diligence comme guide stratégique
Pour Daniel Bourgeat, la clé est claire : « il faut deux ans pour préparer une transmission sérieuse. »
Il préconise une Due Diligence “inversée”, réalisée avant d’aller chercher un acquéreur.
Objectif :
- Identifier les points faibles,
- Corriger les irritants,
- Valoriser les atouts de l’entreprise.
Dans certains cas, cette préparation améliore tellement la rentabilité que… le dirigeant repousse sa vente.
Enseignements clés pour le secteur du tourisme
- Un défi structurel majeur : 700 000 entreprises à transmettre et trop peu de repreneurs.
- Une évaluation annuelle indispensable : voir l’entreprise comme un actif.
- Les 4 piliers de la valorisation : rentabilité, capital humain, technologie, trésorerie.
- Le pacte Dutreil : avantage fiscal fort, mais contraint exigeantes.
- Préparer la transmission 2 ans avant : indispensable pour prétendre à un prix juste.
- La garantie d’actif et de passif : aussi cruciale que le prix.
A retenir : « Le cédant vend le passé, l’acheteur achète l’avenir. »
