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Destination

La Colombie, le pays aux mille visages : biodiversité, renaissance et art de vivre

La Colombie, le pays aux mille visages : biodiversité, renaissance et art de vivre

La Colombie, le pays aux mille visages : biodiversité, renaissance et art de vivre

Crédit photo Violaine Cherrier

La Colombie a fait sa mue. Désormais très loin des clichés qui, il y a quelques années encore, en faisaient l’une des destinations les plus dangereuses au monde, le pays s’impose aujourd’hui comme une destination tendance. À juste titre

Avec plus de 7 millions de visiteurs non-résidents accueillis en 2024, la Colombie attire de plus en plus de touristes. Il faut dire que le pays ne manque pas d’atouts. Bordé par l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes, entre la montagne et la campagne, des villes historiques aux villages pittoresques… le pays ne manque pas d’atouts. Le pays offre une multitude d’expériences capables de satisfaire tous les profils de voyageurs. Avec un parti pris très fort : le tourisme durable et responsable.

C'est pour accélérer cette mue que l'Ambassade de France en Colombie, ProColombia – l'agence nationale de promotion du tourisme – et la Fondation Compás Urbano ont organisé ce printemps un voyage de presse dans le cadre du projet TRECC (Tourisme Responsable, Communautaire et Culturel), une initiative de coopération binationale conçue pour mettre en lumière un tourisme différent, loin des grands circuits et des complexes balnéaires. Un tourisme qui va chercher les gens là où ils vivent, là où ils créent, là où ils ont reconstruit.

Un territoire, trois Colombies

Deux fois la France. C'est la superficie de la Colombie – 1,14 million de km² – et c'est déjà une première clé de lecture pour comprendre pourquoi le pays défie toute tentative de résumé. Comme le rappelle l'ambassadeur de France à Bogotá, ce pays, c'est en réalité « trois ou quatre Colombies » superposées.

Il y a d'abord la Colombie caraïbe et pacifique : les côtes, les mangroves, les cités coloniales de Carthagène et Santa Marta – cette dernière étant la plus ancienne ville fondée en Amérique du Sud, dont on a célébré le 500e anniversaire l'an dernier –, les îles de San Andrés et Providencia, la musique cumbia et le vallenato qui s'échappent des fenêtres à toute heure du jour. Une Colombie profondément marquée par la culture africaine, par les odeurs du sel et des épices, par la chaleur humaine d'un peuple forgé au carrefour des mondes.

Il y a ensuite la Colombie andine : l'axe Bogotá – Medellín – Cali, les massifs montagneux et leurs vallées vertigineuses, les villes coloniales perchées dans les nuages, les haciendas caféières, les marchés débordant de fruits inconnus. C'est ici que bat le cœur économique et culturel du pays, ici que se trouve l'Axe du café – classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 2011 – et ses paysages de collines ondulées striées de caféiers à perte de vue.

Il y a enfin la Colombie amazonienne, qui couvre plus d'un tiers du territoire national. Une immensité verte, habitée par plus de 65 langues et 80 ethnies amérindiennes, peuplée de jaguars, de tapirs, de dauphins roses et de forêts primaires que nul sentier balisé ne traverse. Une Colombie encore largement méconnue des voyageurs et, pour cette raison même, d'une richesse absolument stupéfiante.

À cette géographie tripartite, il faut ajouter la mer – la Colombie est l'un des rares pays du monde à disposer d'une façade sur l'Atlantique et sur le Pacifique –, et la multiplicité des étages climatiques qui en découle : ici, en quelques heures de route à peine, on passe des terres brûlantes de la côte aux páramos enneigés à 5 000 mètres d'altitude, en traversant des forêts tropicales humides, des savanes, des déserts arides. En Colombie, le dépaysement n'est jamais loin.

Champion du monde de biodiversité

Qu'on l'aborde par les chiffres ou par l'expérience sensible, la biodiversité colombienne est proprement vertigineuse. La Colombie est classée deuxième pays le plus « mégadivers » de la planète et abrite 10 % de la flore et de la faune mondiales. Elle est aussi, et c'est son record le plus spectaculaire, le premier pays du monde en nombre d'espèces d'oiseaux : environ 2 000 espèces différentes, soit 20 % de l'avifaune mondiale, dont 84 sont endémiques. Le condor des Andes et le colibri – qui peut peser moins de deux grammes – cohabitent dans le même pays, à quelques centaines de kilomètres l'un de l'autre. Pour les passionnés d'ornithologie, la Colombie est tout simplement le paradis sur Terre.

Mais l'avifaune n'est que la surface. Le pays compte également 479 espèces de mammifères, 571 de reptiles, 763 d'amphibiens et plus de 2000 espèces de poissons marins. Côté flore, on recense environ 130000 espèces de plantes, dont la moitié serait endémique, avec plus de 3 500 espèces d'orchidées – dont l'une, la cattleya, est devenue la fleur nationale. L'ours à lunettes (Tremarctos ornatus), seul ours d'Amérique du Sud, erre dans les forêts de montagne. Le dauphin rose de l'Amazonie nage dans les fleuves. Des fourmis grosses comme un pouce – les célèbres hormigas culonas – sont grillées et croquées comme des snacks sur les marchés de Santander.

Le gouvernement colombien protège cette biodiversité exceptionnelle au sein de plus de 42 parcs nationaux, réserves et zones protégées, pour une superficie totale de 9 millions d'hectares, soit près de 9 % du territoire. Et pourtant, ce patrimoine naturel reste aujourd'hui encore sous-exploité touristiquement, ce qui, paradoxalement, en fait l'une des opportunités les plus excitantes pour les professionnels du voyage en quête de destinations authentiques et préservées.

Le café, l'âme d'une nation

Difficile de parler de Colombie sans parler de café. Et pourtant, même ici, il faut déjouer les clichés. Juan Valdez – ce personnage de fiction au poncho et au mulet chargé de sacs en cuir, imaginé dans les années 1950 par une agence de publicité new-yorkaise pour incarner le café colombien sur les marchés américains – n'existe pas, comme le rappellent avec malice les guides de la région. Mais le café, lui, est bien réel et omniprésent : dans les tasses servies dès l'aube sur les terrasses des haciendas, dans les mains calleuses des cafeteros qui récoltent les cerises rouges à la main sur des pentes à 30 %, dans les narines de tout voyageur qui foule pour la première fois les terres de l'Axe du café.

La Colombie est le 4e producteur mondial de café. Mais ce qui la distingue de ses concurrents brésiliens ou vietnamiens, c'est la qualité : le café arabica colombien, cultivé en altitude entre 1 200 et 2 000 mètres, avec une récolte manuelle sélective et des processus de fermentation et de séchage soignés, est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs du monde. Les haciendas de la région – comme l'Hacienda Venecia, centenaire et toujours en activité – ouvrent aujourd'hui leurs portes aux touristes pour des immersions complètes : de la plantation à la torréfaction, en passant par le dépulpage, la fermentation et le séchage sur des séchoirs en bois. De nombreuses fincas se tournent désormais vers la production biologique, la permaculture ou l'agroforesterie, faisant du café un outil concret de préservation de l'environnement et un levier de tourisme responsable.

Mais la Colombie ne se limite pas au café. Le cacao y connaît une renaissance remarquable. Ce sont 65 000 familles colombiennes qui vivent du cacao, dont le pays exporte 60 000 tonnes par an, reconnu sur le marché international pour sa qualité et ses arômes exceptionnels. Depuis les accords de paix de 2016, le cacao a même été promu comme culture de substitution à la coca dans les régions anciennement sous l'emprise des guérillas. Des chocolatiers artisanaux créent désormais des tablettes haut de gamme qui mettent en valeur les terroirs colombiens par des associations audacieuses : chocolat au sel de Guajira, aux fourmis culonas, à la panela ou au borojó. Une révolution en marche, comparable à celle que le café a traversée il y a trente ans.

Une gastronomie encore à découvrir

La gastronomie colombienne reste le secret le mieux gardé du pays. Elle n'a pas (encore) la renommée de la cuisine péruvienne ou mexicaine sur les tables gastronomiques mondiales, mais elle possède une richesse et une diversité que peu de pays peuvent lui envier. Elle est le fruit de trois héritages – amérindien, africain et espagnol – mêlés pendant cinq siècles, et elle diffère radicalement d'une région à l'autre.

Sur la côte Caraïbe, le riz aux noix de coco et les poissons grillés au feu de bois parfument les ruelles de Carthagène. Dans la région andine, la bandeja paisa – ce plat monumental qui réunit haricots rouges, chicharrón, riz, œuf au plat, chorizo, avocat et arepas – est la fierté absolue des cuisines paisa. Plus humble mais tout aussi délicieux, le changua bogotanais, soupe de lait et d'œuf poché servie au petit-déjeuner, ou le sancocho, bouillon de poule aux tubercules qui réchauffe les âmes par les nuits de montagne.

Et puis il y a les fruits – une profusion incroyable de fruits tropicaux dont une grande partie est inconnue en Europe : le lulo à la pulpe acide, la granadilla transparente comme du cristal, le borojo aux vertus prétendument aphrodisiaques venu de la côte Pacifique, la pitahaya jaune au goût de kiwi-poire, la gulupa, le maracuyá, la curuba. Découvrir les marchés colombiens, c'est s'aventurer dans un monde de saveurs pour lesquelles nous n'avons tout simplement pas de mots.

La gastronomie colombienne est désormais reconnue comme un levier de changement social et économique dans les régions sorties du conflit armé, portée par une nouvelle génération de chefs qui revendiquent les terroirs locaux et les techniques ancestrales. Les restaurants de Medellín, Bogotá et Carthagène figurent désormais dans les classements mondiaux, et une scène culinaire indépendante et créative s'y développe à toute vitesse.

La renaissance d'un pays

La transformation de la Colombie en trente ans est l'une des histoires les plus fascinantes de ce début de siècle. Elle se lit d'abord dans les chiffres de la violence, qui ont été divisés par dix depuis le pic des années 1990. Elle se lit ensuite dans ceux du tourisme : après un record de 6,7 millions de visiteurs internationaux en 2024, la fréquentation a poursuivi sa progression en 2025, avec environ 7 millions de voyageurs étrangers attendus. Les dépenses du tourisme récepteur ont atteint 14,6 milliards de dollars en 2025, contre 13,5 milliards l'année précédente, et le secteur représente désormais 2,4 % de la valeur ajoutée brute du pays.

La France, en particulier, s'est prise de passion pour la destination. Avec près de 90 000 visiteurs français en 2024, la Colombie confirme la France comme son premier marché européen non-hispanophone, avec une croissance de 91 % depuis 2015. Ce chiffre ne devrait cesser de croître : Air France est en discussion pour ouvrir de nouvelles dessertes, dont un Paris – Carthagène ou un Paris – Medellín, en sus de l'actuelle liaison Bogotá – Paris également opérée par Avianca.

Mais la Colombie tire aujourd'hui des leçons des erreurs de ses voisins. ProColombia l'affirme clairement : l'enjeu n'est plus d'attirer plus de touristes, mais de meilleurs touristes – plus curieux, plus respectueux, plus durables. L'exemple du Costa Rica, cité en modèle d'écotourisme pendant vingt ans et aujourd'hui victime de son propre succès, sert de contre-exemple. La Colombie a même adopté une loi nationale sur le tourisme soutenable, l'une des rares au monde dans ce domaine. Et c'est précisément pour explorer les contours de ce tourisme alternatif que le projet TRECC a été conçu.

Le projet TRECC, ou la coopération franco–colombienne en action

C'est une idée en apparence simple, mais rare dans le monde de la coopération diplomatique : utiliser le tourisme comme vecteur de développement. L'Ambassade de France en Colombie a voulu montrer que la France, première destination touristique mondiale, avait un savoir-faire à partager et que la Colombie avait un potentiel à révéler.

Le projet TRECC – Tourisme Responsable, Communautaire et Culturel – est porté par l'Ambassade de France à Bogotá, l'Institut Français de Colombie et la Fondation Compás Urbano, une organisation medellínaise créée il y a dix ans avec un objectif ambitieux : démocratiser l'accès à l'art et à la culture en partant de la conviction que « ce qui ne se connaît pas ne s'aime pas, et ce qui ne s'aime pas, on n'en prend pas soin ». Compás Urbano est d'abord connu dans sa ville comme le grand agenda culturel de Medellín, référençant les offres de plus de 120 organisations culturelles. Mais c'est par le tourisme communautaire et culturel – son second pilier – qu'elle contribue au projet TRECC, en développant des itinéraires qui génèrent des retombées économiques directes pour les acteurs de terrain et alimentent un fonds commun au service des communautés visitées.

Financé à parité par les deux pays – 100 000 euros côté français, autant côté colombien, pour un total de 200 000 euros –, TRECC repose sur trois piliers :

  • La formation des acteurs locaux du tourisme ;
  • La mise en réseau des professionnels français et colombiens ;
  • Et la promotion internationale du modèle.

Le voyage de presse organisé ce printemps en est l'une des expressions les plus concrètes. L'objectif : que ces rencontres produisent des partenariats durables, des investissements, des packages vendus en France et, au bout du compte, que le tourisme profite vraiment aux habitants des territoires traversés.

Pendant huit jours, notre groupe a sillonné trois départements – Risaralda, Caldas et Antioquia – sous la conduite de Franck, guide français au sein de l’agence Aventure Colombia établi en Colombie depuis 18 ans, dont la connaissance intime du territoire a été un précieux compagnon tout au long du voyage.

ProColombia, de son côté, est bien décidée à capitaliser sur l'élan. Son vice-président Tourisme, Luis Alejandro Davila, en est convaincu : « Ce qui nous rend uniques, ce n'est pas les paysages, ni les hôtels. Ce sont les gens. Leur joie de vivre, leur générosité, leur sourire naturel – ça, aucun budget marketing ne peut l'acheter. »

La Colombie en pratique

La Colombie coche toutes les cases d'une destination idéale à développer.

Accessibilité

Air France et Avianca assurent une liaison directe Paris – Bogotá (environ 11h de vol, sans escale). Des discussions sont en cours pour l'ouverture de nouvelles dessertes vers Medellín et Carthagène. Aucun visa requis pour les ressortissants français pour des séjours jusqu'à 90 jours.

Diversité des clientèles

La Colombie s'adresse à des profils très différents : les jeunes adultes séduits par Medellín et sa scène culturelle effervescente ; les familles et les amoureux de la nature attirés par l'Axe du café et ses haciendas ; les passionnés de birding venus traquer les 2 000 espèces d'oiseaux ; les amateurs de gastronomie ; les voyageurs engagés sensibles au tourisme communautaire… Peu de destinations offrent une telle amplitude.

Des hébergements de qualité croissante

Le groupe français Accor est déjà présent à Carthagène avec son Sofitel Santa Clara, régulièrement primé parmi les meilleurs hôtels d'Amérique du Sud. Masaya, groupe fondé par trois Français à Medellín en 2012, propose des hôtels-boutiques ancrés dans la réalité culturelle locale, aujourd'hui présents dans plusieurs villes du pays. Dans la région caféière, des adresses comme le Sazagua Hotel Boutique à Pereira ou les Termales del Otoño près de Manizales offrent des expériences haut de gamme intimement liées aux territoires.

Un tourisme communautaire structuré

La Colombie dispose désormais d'acteurs professionnels capables de proposer des expériences communautaires de qualité, avec des guides formés, des itinéraires construits et des garanties de retombées locales. C'est précisément ce que le projet TRECC cherche à développer et à faire connaître.

Un point de vigilance 

Les conseils aux voyageurs du Quai d'Orsay restent prudents dans certaines zones. Les grandes villes et les régions touristiques comme l'Axe du café, Medellín, Bogotá et la côte caraïbe sont praticables dans des conditions de sécurité optimales, à condition de respecter les précautions d'usage. Pour les agents de voyage, la clé consiste à orienter les clients vers des circuits encadrés et des guides professionnels, et à éviter les zones en rouge sur la carte du ministère des Affaires étrangères.

Trois régions, un voyage

Dans nos articles à venir, nous vous proposerons le détail des trois grandes étapes de ce voyage : Risaralda (Pereira et sa forêt andine), Caldas (Manizales, capitale du café et de la gastronomie), et Antioquia (Jericó, le village colonial, puis Medellín et sa renaissance spectaculaire). Autant d'invitations à remettre la Colombie là où elle mérite d'être : au premier rang des destinations à vendre, à visiter, à raconter.

Voyage organisé dans le cadre du projet TRECC (Tourisme Responsable, Communautaire et Culturel), une initiative de coopération binationale de l'Ambassade de France en Colombie, l'Institut Français de Colombie et la Fondation Compás Urbano, avec le soutien de ProColombia.

Contacts utiles :

Crédits photos : ©Violaine Cherrier

Amérique du Sud Tourisme durable Office de tourisme

Auteur

  • Violaine Cherrier
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