Terrorisme & tourisme: et si on se donnait les moyens de la reconquête?

La sécurité comme impératif touristique. Les événements de ce vendredi 3 février -attentat au Louvre et candidature de Paris aux JO 2024- sont venus rappeler les enjeux pour le tourisme français. Et donner plus d’urgence à adopter avec ampleur des propositions contenues dans le rapport « La destination France après les attentats » . L’occasion peut-être aussi d’interpeller les politiques en cette période électorale sur leurs ambitions pour un secteur qui représente près 7,3% du PIB.

 

 

Cent millions de touristes accueillis en France en 2020! L’objectif annoncé en juin 2014 par Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, semblait déjà ambitieux en soi. Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher, Bataclan, Promenade des Anglais, Saint-Etienne du Rouvray … et le Louvre vendredi dernier, la succession des actes terroristes en France depuis janvier 2015 jette une ombre quasi permanente sur l’attractivité du pays.

 

Les premières mesures

On le sait, pour l’observer dans d’autres destinations, le terrorisme pénalise le tourisme, et ce durablement. La sécurité est donc une priorité. Sur les 42,7 millions d’euros pour la relance du tourisme annoncés par Manuel Valls, le 7 novembre dernier, à l’issue d’un comité interministériel, 15 millions d’euros -l’enveloppe principale- ont été affectés au volet sécurité  (vidéo-surveillance, commissariats mobiles…). Un volet « sécurité » qui inclut la prévention des agressions et des vols contre les touristes et pas uniquement le terrorisme.

 

D’où le renforcement prévu aussi de la sécurité dans les musées et autres sites culturels. L’attaque de vendredi contre un soldat au Louvre est une illustration de la pertinence de cette mesure.

 

Les montants, y compris ceux affectés au soutien économique du secteur et à la promotion touristique de la France, ont été jugés à l’époque « insuffisants ». Et chaque nouvel attentat semble repousser plus haut encore le niveau de moyens nécessaires. Mais le budget de la France n’est pas extensible. Alors quelles solutions?

 

« Il n’y a pas que l’Etat »

Pour Jean-Paul Huchon, auteur du rapport « La destination France après les attentats » remis au Premier ministre en septembre 2016, « la responsabilité en matière de sécurité est collective ».  L’ancien président de la Région Ile-de-France l’a expliqué aux étudiants en droit du tourisme de la Sorbonne en novembre: « le secteur privé doit apporter sa contribution ». A titre d’exemple, les grands magasins l’ont fait en recrutant du personnel de sécurité.

 

Il s’agit de rassurer les touristes, de leur donner une image de sécurité renforcée, ce que a contrario l’état d’urgence ne fait pas. Pour de nombreuses clientèles, le terme même d' »état d’urgence » est inquiétant  et plusieurs professionnels du tourisme appellent à le lever. « Sur le plan marketing, il représente plus un inconvénient qu’un atout ou un argument positif. » Jean-Paul Huchon plaide pour la création d’une cellule de crise permanente au sein de laquelle on trouverait des représentants du ministère, des collectivités et des professionnels du tourisme.

 

A quand un organisme public-privé?

En termes économiques, le tourisme pèse pour 7,3% du PIB en 2015. C’est « une activité prioritaire même si personne ne la voit comme une industrie » déplore Jean-Paul Huchon. Sur le volet promotionnel de la destination France, « nos moyens ne sont pas à la hauteur » constate l’homme politique. « Ils n’ont rien à voir avec ceux de l’Espagne ou du Royaume-Uni ».

 

Et de citer le budget de 100 M£ de la campagne Visit Britain où par ailleurs le « dispositif de sécurité hyper renforcé (a permis) un rattrapage de la fréquentation en quelques mois après les attentats » de 2005. A Madrid, autre capitale meurtrie par des attentats en 2004, la promotion touristique bénéficie de « moyens massifs, six à dix fois supérieurs à Paris ».

 

En Espagne, acteurs publics et privés travaillent ensemble pour le tourisme de la capitale espagnole. La Communauté de Valence a prévu le mois dernier d’en faire autant à travers le vote d’une loi ad hoc. Hors d’Europe, la province canadienne du Québec aussi s’est engagée dans un partenariat public-privé.  Alors pourquoi pas la France?

 

Impliquer les collectivités territoriales

Au vu des enjeux économiques en termes d’emplois et de revenus générés par le tourisme, les collectivités territoriales peuvent aussi apporter leur écot, voire donner plus. « Nous avons pensé à intéresser les régions à travers un nouveau contrat de plan Etat/ Régions » explique Jean-Paul Huchon. L’idée serait de créer un crédit d’impôt tourisme, comme pour la recherche.

 

Paris a voté son premier « schéma de développement touristique » jusqu’en 2022 et a débloqué 2M€ pour cofinancer un plan de relance du tourisme avec l’Etat et la Région. Pour l’Ile-de-France, sa présidente, Valérie Pécresse, a présenté un « grand plan de redressement du tourisme » en fin d’année. On l’aura compris, il s’agit pour les collectivités de s’engager au-delà des opérations ponctuelles menées avec Atout France.

 

En 2015, la France a accueilli 84,5 millions de touristes (contre 83,8 M en 2014) qui ont généré 41,4 milliards d’euros de recettes (contre 43,2 Md€ en 2014). Une baisse qui place la France au 4e rang mondial derrière l’Espagne (env. 53 Md€), la Chine et les Etats-Unis.  Pour 2016, en attendant les statistiques nationales, les résultats partiels dans la première région touristique française qu’est l’Ile-de-France affichaient une baisse de 8% des arrivées (sur janv.-oct.). Depuis décembre 2016 les chiffres d’ADP et de l’office de tourisme parisien font état d’une reprise des arrivées touristiques.  Durable?

Publié par Myriam Abergel

Journaliste – Le Quotidien du Tourisme

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