Overtourisme : le problème de la géolocalisation sur Instagram

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Avec le lancement de son action sur Instagram pour réguler le tourisme de masse, l’ONG WWF invite à repenser la place donnée à la géolocalisation dans notre utilisation des réseaux sociaux. 

 

Le réseau social de partage de photos se présentait dès ses débuts comme un tremplin pour certaines destinations encore en mal de touristes. Pour le secteur des voyages le potentiel est énorme : le réseau social racheté par Facebook compte 1 milliard d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde et 14 millions d’utilisateurs actifs mensuels français, soit 21% de la population. Les terres préservées il y a encore à peine cinq ans, récoltent désormais des “K”* à la pelle sur Instagram. Si ces millions de références donnent un coup de projecteur intéressant sur une région, un site, ils attestent surtout du passage de millions de touristes inspirés par les mêmes envies de voyages, grâce à un outil notamment : la géolocalisation. C’est avec la 3e version de son application en 2012 que le réseau social a introduit cet outil désormais communément utilisé. Outil qui n’est pourtant pas sans lien avec le tourisme de masse.

 

Une menace pour la biodiversité

 

Plusieurs sites en sont désormais l’archétype :  la rue Crémieux à Paris attire les visiteurs du monde entier pour l’aspect photogénique et coloré de son décor. En Californie, les collines du désert d’Anza-Borrego n’ont plus rien de désertiques aux tous premiers jours du printemps quand le phénomène de “super bloom” (“super floraison) fait jaillir des champs entiers de pavot et des touristes des quatre coins de la planète. Sur Instagram, plus de 14 000 hashtag mentionnent le “walker canyon”. Tous les clichés donnent à voir de jeunes hommes et femmes prenant la pose parmi les parterres de fleurs, tentant malgré ce mimétisme d’être naturels et originaux. 

Cette année particulièrement, les pluies abondantes survenues pendant l’hiver ont accentué la floraison. Si bien que face à un tel mouvement de foule, les autorités locales ont pris la décision de fermer l’accès du site naturel au public le temps d’un week-end. 

 

Une nouvelle manière de s’informer

 

Alerté par l’impact d’Instagram sur l’environnement, l’ONG WWF a lancé une opération “I protect Nature” sur Instagram au début du mois de juillet. L’objectif étant de protéger les sites naturels en limitant leur prise d’assaut par les touristes. Cette mesure est née d’un constat : la géolocalisation sur Instagram permet de partager des paysages idylliques éloignés des sentiers battus et qui le deviennent progressivement. En d’autres termes, elle met en péril la biodiversité. L’idée est de réintroduire un tourisme “sauvage” dans ces sites naturels qui ne sont pas destinés à accueillir un grand nombre de visiteurs. Si ces derniers sont une menace pour l’environnement par leur simple présence (les bateaux nuisent à la flore locale, de nouveaux cheminements sont ouverts à force de piétinements…), ils peuvent adopter sciemment des comportements anti-écologiques (ils laissent derrière eux des bouteilles et emballages plastiques par exemple). Le principe est simple : au lieu d’indiquer le lieu où il se trouve, l’instagrammeur peut désormais inscrire à la place la mention “I Protect Nature”. Il s’agit en quelques sortes d’une localisation fictive qui correspond au siège du WWF France près de Paris. 

 

Cette initiative est l’une des premières dans son genre à limiter l’accès à la géolocalisation, outil de notre quotidien qui existe depuis 2006 et qui a connu un boom avec l’arrivée des smartphones. La géolocalisation constitue en effet une nouvelle manière de s’informer. A la course à l’instagrammeur le plus baroudeur, l’information géolocalisée confère une légitimité géographique. Elle atteste du “j’y étais” qui fait la différence. Pour l’heure, plus d’une centaine de mentions « I Protect Nature » ont déjà fait leur apparition, masquant dans le même temps la réelle destination. S’il ne risque pas d’opérer de grands changements sur le tourisme de masse, ce mouvement éco-responsable impulsé par WWF aura tout de même l’intérêt d’encourager une nouvelle manière de s’informer. 

 

 

 

« K » est une abréviation provenant du préfixe kilo, qui représente 1000.

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