Nicolas de Dianous lors du congrès des Entreprises du Voyage (EdV), a lancé un message clair aux dirigeants d’agences et de voyagistes : l’intelligence artificielle doit désormais être encadrée par une véritable gouvernance interne
Objectif premier : commencer par la rédaction d’une charte IA adaptée à chaque entreprise.
Face aux professionnels du tourisme réunis pour l’événement, il a insisté sur un point essentiel : il n’existe pas de « modèle prêt à l’emploi » applicable à toutes les structures.
« Une charte sérieuse doit être adaptée à chaque entreprise. Entre une TPE et un grand groupe, les usages, les risques et les besoins ne sont pas les mêmes », a-t-il expliqué. « L’objectif des EDV n’est pas de fournir une charte toute faite qui donnerait une fausse impression de sécurité juridique, mais un guide pour aider chaque dirigeant à construire sa propre démarche. »
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Un club IA pour partager les bonnes pratiques
Cette initiative est née d’une réflexion menée avec Valérie Guillaume et la commission digitale des EDV. L’idée : créer un « Club IA » réunissant une douzaine de dirigeants du tourisme déjà engagés dans le déploiement de l’intelligence artificielle.
« Nous voulions créer une navette entre les entrepreneurs qui découvrent encore l’IA et ceux qui la déploient déjà de manière remarquable dans leur entreprise », a détaillé Nicolas de Dianous.
Le groupe rassemble des patrons de TPE, PME et grands groupes du voyage, mais volontairement aucun fournisseur de solutions technologiques. L’objectif affiché est le partage d’expériences concrètes : cas d’usage, difficultés rencontrées, documents internes, méthodes de déploiement et retours terrain.
Le club, lancé en avril, doit également alimenter une série de webinaires dédiés à l’IA dans les prochains mois.
« Les usages existent déjà, souvent sans cadre »
Pour Nicolas de Dianous, l’urgence est réelle. Selon lui, l’IA est déjà massivement utilisée dans les entreprises du voyage, parfois sans validation de la direction ni encadrement juridique.
« Les salariés n’ont pas attendu l’accord de leur patron pour utiliser ChatGPT, Claude ou d’autres outils gratuits », a-t-il souligné. « Aujourd’hui, beaucoup d’usages sont totalement chaotiques : partage de données sensibles, CV transmis dans des IA publiques, documents marketing non contrôlés… »
Une situation qu’il juge risquée à plusieurs niveaux : protection des données, conformité juridique, discrimination RH, fiabilité des contenus ou encore responsabilité commerciale.
Il a notamment évoqué les dérives possibles de l’IA générative dans la production de contenus touristiques : « Une IA peut embellir une destination, ajouter des éléments inexistants ou produire des visuels trompeurs. Si un client estime avoir été induit en erreur, la responsabilité juridique de l’entreprise peut être engagée. »
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Une charte comme outil stratégique de gouvernance
Au-delà de la conformité réglementaire, Nicolas de Dianous voit dans la charte IA une opportunité stratégique pour les dirigeants.
« Ce travail permet de réaliser un véritable état des lieux des usages numériques dans l’entreprise », a-t-il expliqué. « C’est une plongée très profonde dans les pratiques des équipes, leurs outils, leurs besoins et leurs méthodes de travail. »
Le futur guide des EDV doit ainsi aider les entreprises à :
- cartographier les usages existants ;
- identifier les outils autorisés ou interdits ;
- définir les règles de contrôle humain ;
- assurer la traçabilité des contenus générés ;
- intégrer les enjeux éthiques, RH et RSE ;
- sécuriser juridiquement les pratiques.
Nicolas de Dianous a également insisté sur le rôle central de la direction générale dans cette démarche.
« Une charte IA n’est pas un sujet réservé à la DSI ou aux RH. C’est un sujet de direction générale », a-t-il affirmé. « Ce sont les dirigeants qui portent juridiquement la responsabilité du déploiement de l’IA dans leur entreprise. »
Pas de charte “copier-coller”
L’intervenant a rappelé que les EDV travaillent avec des juristes spécialisés en droit numérique afin de sécuriser le futur guide. Celui-ci ne prendra toutefois pas la forme d’un modèle standardisé.
« Changer simplement le nom de l’entreprise sur une charte copiée-collée serait une erreur », a-t-il prévenu. « Une charte mal rédigée peut devenir un vrai risque juridique. »
Le document actuellement en préparation devrait être mis à disposition des adhérents avant l’été. Son ambition : fournir une méthode et des repères, tout en laissant chaque entreprise construire un cadre correspondant à sa réalité opérationnelle.
Enfin, Nicolas de Dianous a rappelé que l’intelligence artificielle devait être considérée comme un levier de performance et non comme une menace.
« L’IA bien utilisée peut améliorer la satisfaction client, renforcer la compétitivité et protéger l’entreprise », a-t-il conclu. « Mais elle doit être organisée, pilotée et encadrée. »
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