Sur la scène du Forum du Seto, Fabrice Dariot a livré une intervention aussi pédagogique que piquante sur un sujet devenu incontournable : l’intelligence artificielle dans le tourisme
Entre traits d’humour et constats lucides, il a surtout voulu répondre à une question simple : à quoi sert vraiment l’IA pour les professionnels du secteur ?
Un allié naturel du support client
Premier terrain de jeu évident : le support client.
« Avant, pendant, après le voyage… le service client est une machine à répétition », rappelle Fabrice Dariot. Pendant longtemps, ces répétitions s’appelaient des FAQ. Aujourd’hui, elles deviennent le terrain idéal pour l’IA.
Avec près de 80 % des demandes qui tournent autour des mêmes questions, les outils d’IA permettent d’assurer :
- Des réponses instantanées,
- Une disponibilité continue,
- Et surtout un taux de satisfaction en nette hausse.
Mais l’apport ne s’arrête pas là. L’IA permet aussi de pousser la personnalisation à un niveau inédit.
« Vive l’amalgame » : la personnalisation version IA
Avec son ton volontairement provocateur, Fabrice Dariot lance :
« Dans le monde moderne, on dit : ‘’pas d’amalgame’’. Avec l’IA, au contraire : vive l’amalgame. »
Derrière la formule, une réalité technique : l’IA fonctionne par reconnaissance de profils, ou personas. Comme un enfant apprend à distinguer un doberman d’un teckel en comparant, les algorithmes construisent des archétypes de voyageurs pour proposer des offres pertinentes.
Deux niveaux coexistent :
- Une personnalisation probabiliste basée sur des profils types,
- Et une personnalisation fine, nourrie par les données utilisateurs.
Mais attention : ce second niveau ouvre immédiatement la question du cadre légal.
« Entre cookies, historiques et déclaratif… on finit par avoir une fiche très complète du client. Et là, bonjour le RGPD et la CNIL », glisse-t-il.
Le “super PNR” : simplifier la complexité historique
Autre chantier majeur : le PNR (Passenger Name Record), ce dossier informatique central du voyage… et souvent source de casse-tête.
« Ça fait 30 ans que tout le monde se noie dedans », ironise-t-il.
L’IA permet aujourd’hui de créer un “super PNR”, capable de :
- Agréger des données complexes (vols, transferts, hôtels),
- Gérer les innombrables exceptions propres à chaque prestataire,
- Automatiser des actions comme la requalification en cas d’incident.
Un progrès décisif dans une industrie encore marquée par des systèmes peu interopérables.
Anticiper les crises… presque toutes les huit semaines
Dans un secteur où les crises sont fréquentes — climatiques, géopolitiques ou sanitaires — l’IA devient aussi un outil stratégique.
Elle permet de :
- Détecter les événements à risque,
- Alerter les voyageurs concernés,
- Proposer des solutions rapidement (remboursements, alternatives).
« Les clients veulent une réponse, mais surtout une résolution », insiste Fabrice Dariot.
La data, nouveau pétrole du tourisme
Mais derrière toutes ces promesses se cache un enjeu clé : la donnée.
« Votre pétrole, ce sont vos datas. Et tout le monde veut vous les prendre. »
Entre systèmes anciens, formats hétérogènes et données enfermées dans des logiciels, le secteur souffre encore d’un manque de structuration.
Son conseil est clair :
Reprendre le contrôle de ses données
Les centraliser dans un environnement maîtrisé.
Les exploiter comme un actif stratégique
Du SEO au GIO : la nouvelle bataille de la visibilité
Enfin, Fabrice Dariot alerte sur une تحول majeure : le passage du SEO (référencement classique) au GIO (Generative Information Optimization).
Avant :
Plusieurs pages de résultats sur Google avec des centaines de liens visibles.
Aujourd’hui :
2 à 3 réponses générées par des IA avec un risque réel de disparition pour certains acteurs.
Même des leaders mondiaux peuvent ne plus apparaître !
Renommée et autorité : les nouvelles clés pour exister
Alors, pourquoi certains ressortent toujours dans les Chatbot de l’IA ?
Deux critères majeurs émergent :
1. La renommée
Les modèles d’IA, « conservateurs et un peu feignants » selon Dariot, privilégient les marques déjà reconnues.
Si tout le monde en dit du bien, elles remontent naturellement.
2. L’autorité
Être crédible, cité, présent dans l’écosystème médiatique et éditorial.
En clair : quand vous parlez, on vous croit.
Les IA s’appuient sur une cartographie implicite de sites d’autorité, considérés comme fiables. S’y connecter devient stratégique.
Pour les acteurs plus modestes ?
S’adosser à des partenaires crédibles, produire du contenu de qualité et multiplier les signaux de confiance.
Une conclusion sans détour
Fabrice Dariot termine avec un message simple, presque militant :
- Protégez vos données
- Structurez-les
- Construisez votre autorité
- Et adaptez-vous à ce nouveau monde dominé par l’IA
Avec une pointe d’ironie, mais beaucoup de lucidité, il résume :
« Rien ne sera gratuit, mais ceux qui sauront jouer avec ces règles auront une longueur d’avance. »
Dans un secteur en pleine mutation, l’intelligence artificielle n’est plus un sujet d’expérimentation. Elle est devenue un levier stratégique central — à condition de savoir l’apprivoiser.
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