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Forum du Seto : Fabrice Dariot démonte les illusions perdues autour de l’intelligence artificielle

Lors du dernier forum du Seto, Fabrice Dariot a proposé une réflexion aussi pédagogique que piquante sur l’intelligence artificielle (IA)

Entre philosophie antique, cochons d’élevage et crêpes bretonnes, l’orateur a livré une définition accessible… et volontiers ironique.

L’intelligence : une affaire d’intuition… pas encore de machines

D’entrée, Fabrice Dariot rappelle que la notion d’intelligence divise depuis Platon et la Grèce antique. Aujourd’hui, une idée revient souvent : l’intelligence serait avant tout une capacité intuitive.

Pour illustrer son propos, il ose une comparaison inattendue :
« Prenez un cochon d’élevage, un enfant de trois ans et une IA actuelle… le cochon est très intelligent, l’enfant est débrouillard, et l’IA n’est pas forcément au-dessus — surtout en matière d’intuition. »

Autrement dit, malgré ses performances impressionnantes, l’IA reste loin de reproduire cette compréhension spontanée du monde qui caractérise les êtres vivants.

Des systèmes experts… aux limites bien réelles

L’intervenant rappelle que les premières IA modernes s’inscrivent dans la continuité des “systèmes experts” des années 2000 : des programmes capables d’appliquer des règles complexes, mais enfermés dans leur cadre.

Exemple emblématique : la voiture autonome. À l’époque, les ingénieurs ont tenté de modéliser intégralement la conduite — code de la route, environnement, comportements. Résultat ? « La voiture s’arrêtait devant… l’ombre d’un rocher. »

Une situation presque comique, mais révélatrice. L’IA ne distingue pas spontanément le réel de sa représentation — un clin d’œil direct à l’allégorie de la caverne de Platon.

Le deep learning : apprendre… comme un enfant (mais en plus ennuyeux)

Face à ces limites, une nouvelle approche s’impose : le deep learning (apprentissage profond).
Le principe ? Faire apprendre à la machine par répétition massive.

« On lui montre des milliers, des millions de rochers, sous toutes leurs formes. C’est très barbant… mais efficace. »

À la différence d’un humain, l’IA ne comprend pas vraiment : elle calcule des probabilités. Elle doute en permanence — mais de manière mathématique. Elle estime, par exemple, la probabilité qu’un objet soit un obstacle réel ou une simple ombre. « Elle fonctionne avec des seuils : au-dessus d’un certain niveau de confiance, elle agit. Sinon, elle s’arrête. »

Pour autant, l’IA pourrait révolutionner le transport routier et aérien, voire faire disparaître certains métiers liés à la conduite.

 

Une intelligence… entièrement héritée de l’humain

Autre point clé du discours : l’IA n’invente pas. Elle apprend exclusivement à partir de données humaines.

« Tout ce qu’elle sait vient de nous : des livres, des techniques, des gestes. Même faire une crêpe ! »

Dariot s’amuse de ces robots capables de cuisiner :
« Aucun robot ne sait faire des crêpes tout seul. Ce sont des humains — souvent bretons — qui lui ont appris, geste par geste. »

Derrière cette image légère se cache une réalité plus sérieuse : l’apprentissage des IA repose sur un travail humain massif, parfois mal rémunéré, voire précaire dans certains pays.

Une révolution rapide… mais encore limitée

Depuis 2022, l’IA connaît une accélération spectaculaire. Une “frénésie”, selon Dariot. Pourtant, il appelle à relativiser :

  • L’IA est performante, mais spécialisée
  • Elle calcule, mais ne comprend pas réellement
  • Elle reproduit, mais n’invente pas

« Elle copie notre héritage à une vitesse vertigineuse… avec une dextérité qui nous dépasse largement, mais elle ne fait pour l’instant que copier. »

Pour la médecine, l’IA apporte une aide considérable. Un dermatologue ne peut pas tout reconnaître, comme par exemple le bouton d’Orient extrêmement rare. L’IA, si, car elle mémorise des milliers de fichiers et sera capable de déclarer identifier à 99.80 % ce dernier.

L’expert s’attarde également sur un point souvent négligé : le droit. « Le plus grand frein de l’IA, c’est le droit », affirme-t-il. Qui assume la responsabilité quand un robot commet une erreur en médecine ou en conduite ? Et surtout, peut-on encore « être maître de sa robotique » comme on l’est de sa voiture ? Pour Dariot, la question est cruciale : « L’IA probabilise, elle ne garantit rien à 100 %. Pour un petit incident, pas grave… mais pour un grave, qui répond ? »

Entre fascination et lucidité

Avec pédagogie, Fabrice Dariot invite à dépasser les fantasmes. L’IA n’est ni un génie autonome ni une simple machine incontrôlée : elle est un outil puissant, profondément dépendant de l’intelligence humaine.

Fabrice Dariot de conclure : « Si l’IA impressionne aujourd’hui, c’est peut-être moins par ce qu’elle est… que par le reflet qu’elle nous renvoie de nous-mêmes. »

 

 

Auteur

  • Rémi Bain Thouverez
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