Devant les adhérents du Seto, Fabrice Dariot a choisi de remonter aux origines de l’intelligence artificielle. Une plongée historique, certes, mais ponctuée d’humour et d’images parlantes, fidèle à son style direct
« L’IA, c’est pas un truc qui date d’hier, hein… c’est un vieux machin », lance d’emblée Fabrice Dariot, sourire en coin. Et pour cause : l’histoire commence bien avant les chatbots modernes.
Des neurones… aux premiers 0 et 1
Retour dans les années 1940. Un mathématicien britannique, Alan Turing, se pose une question simple, presque naïve : ‘’une machine pourrait-elle penser comme un cerveau humain’’ ?
« À l’époque, on découvre les neurones. On se dit : chaque neurone a des milliers de connexions… pourquoi une machine ne ferait pas pareil ? », explique Fabrice Dariot.
Le raisonnement est posé. Le cerveau devient un modèle. Et pour le mathématicien, tout cela peut se traduire en langage binaire : « Du 0, du 1… ça, les maths, elles savent faire. »
Mais le contexte est compliqué : « C’est la guerre, c’est embryonnaire… mais l’idée est là. »
Guerre froide et fantasmes de robots
Très vite, la géopolitique s’en mêle. « Quand l’Union soviétique a la bombe nucléaire, les Américains se disent : comment on prend de l’avance ? »
L’intelligence artificielle devient alors un enjeu stratégique. « On imagine déjà une guerre technologique… voire des robots. Bon, à l’époque, c’est très basique, mais l’idée est lancée. »
En parallèle, la science-fiction s’emballe. « C’est la grande époque d’Asimov. On avait tous 15 ans, on connaissait les trois lois de la robotique par cœur », plaisante-t-il.
Et il les rappelle, presque comme une évidence oubliée :
- « Un robot ne doit jamais attaquer un humain. »
- « Il doit obéir. »
- « Et il doit se protéger… sauf si ça contredit les deux premières. »
Avant d’ajouter, malicieusement : « Quand on regarde certains débats aujourd’hui… on s’en est un peu éloignés. »
Le “grand hiver” de l’IA
Malgré ces débuts prometteurs, l’intelligence artificielle cale. « Dans les années 80, on en faisait déjà… mais ça n’avançait plus. »
Pourquoi ? Parce que le monde réel résiste aux équations.
Fabrice Dariot résume avec une formule : « Le compliqué, ça se résout. Le complexe… ça ne se résout pas. »
Pendant des siècles, la science a cru que tout pouvait être expliqué par des équations. « Même cause, même effet. Ça marche… jusqu’au moment où ça ne marche plus. »
Et là surgit le mur de la complexité :
« Trop de paramètres, trop de cas possibles… c’est ce qu’on appelle l’explosion combinatoire. Les modèles explosent. »
Résultat : des décennies de stagnation. « On appelle ça l’hiver de l’IA. Et il a duré longtemps. »
2022 : le réveil pour le grand public
Puis, soudain, tout s’accélère. « On passe de l’hiver… au printemps en 2022. »
Pourquoi maintenant ? Parce que, selon Fabrice Dariot, tout s’aligne enfin :
- La donnée : « Avant, la big data, les billet de train étaient en papier… aujourd’hui, tout est numérisé. »
- La puissance de calcul : « Avant, les ordinateurs prenaient une salle entière… maintenant, tout est miniaturiser avec des puissances de calcul monstrueuses »
- L’énergie et les modèles : « C’est très énergivore, mais ça fonctionne. »
Et surtout, une stratégie : rendre l’IA accessible au grand public.
« Les éditeurs vous offrent des chats gratuitement. Pourquoi ? Pour vous habituer, pour vous évangéliser. »
Mais il tempère immédiatement :
« Quand vous demandez une recette de tarte aux pommes, ça ne leur rapporte rien. Pire, à chaque fois que vous les interrogez, vous les ruiner. Ce qui rapporte, c’est l’IA destinée aux entreprises dans une plus grande verticalité. »
Derrière le gadget, un enjeu économique
Pour Fabrice Dariot, les chatbots grand public ne sont qu’une vitrine.
« Le vrai business, c’est de vendre des solutions sur mesure, entraînées sur vos propres données. »
Et chaque acteur développe sa propre “personnalité” technologique :
« Les résultats varient selon les modèles, leur culture, leur savoir. Aucun ne répond exactement pareil. »
L’IA, machine à résoudre la complexité ?
Alors, au fond, à quoi sert l’intelligence artificielle ?
Réponse de Fabrice Dariot :
« Ça ne résout pas le compliqué… ça attaque le complexe. »
Autrement dit, là où les équations classiques échouent, l’IA propose une autre approche : apprendre à partir des données, plutôt que tout modéliser. « le maître mot apprendre, apprendre encore et s’entraîner constamment à partir des données que vous leur demander d’ingurgiter. Le chatbot ne crée rien, il apprend »
Une vieille idée… devenue réalité
Conclusion, presque amusée : « C’est un sujet qui a plus de 60 ans… et qui débarque chez tout le monde d’un coup. »
Une révolution ? Peut-être.
Mais pour Fabrice Dariot, c’est surtout le résultat d’une longue maturation : « Dans l’histoire, il faut juste que tous les facteurs soient réunis au même moment… et là, ça décolle. »
Et visiblement, pour l’intelligence artificielle, ce moment, c’était maintenant.
